Le mot "résignation" n'appartient pas au vocabulaire libéral.
16 juin 2010 par Richard Miller Télécharger l'article en PDF

Ainsi donc, nous connaissons la défaite. En nombre de voix et de sièges. Résultat quantitatif qui traduit une déception plus grande et plus profonde encore, d’ordre qualitatif.
C’est, en effet, tout ce contre quoi le projet libéral se dresse qui, ce 13 juin, a remporté la victoire : nationalisme flamingant, socialisme conservateur, populisme, communautarisme, recouvrement des enjeux politiques par l’image « people »…
Au lendemain de ce triste résultat, une première explication a été évoquée : le MR n’aurait pas été assez clairement identifié à droite. Mais en quoi, peut-on objectivement se demander, les résultats de dimanche, traduisent-ils une opposition gauche-droite ? Il est impossible de pouvoir affirmer, avec sérieux, que les dizaines de milliers d’électeurs qui ont rallié la liste 5, l’ont fait en adhérant, corps et biens, au projet, au programme et aux statuts du Parti Socialiste - lesquels, s’ils sont porteurs d’idéaux, sont également porteurs des risques inhérents au socialisme quand celui-ci envahit tous les secteurs de la vie économique, sociale, culturelle et personnelle. Autrement dit, en quoi, par exemple, le vote pour Michel Daerden , incarne-t-il une seule des valeurs de la gauche ?
Inversement si l’on demande quels seraient les « vrais » principes de droite qui devraient être mis en avant, la réponse déserte elle aussi très vite l’axe gauche-droite, pour identifier la droite à des thèmes exclusivement conservateurs ou réactionnaires. Je ne dénie à personne le droit d’adhérer à ces thèmes, mais il faut avoir conscience alors que l’on n’a plus affaire au projet libéral d’une société libre, ouverte et progressiste.
Que l’on analyse ce scrutin sous quelque angle que ce soit, on ne trouve jamais la simplicité du seul clivage gauche-droite ; le vote a concerné l’institutionnel, les Francophones, les appartenances communautaires, les signes religieux… Et même si des groupes ont voté – ce que je respecte - avec une conscience de classe, notamment les syndicalistes inquiets pour la situation de l’économie et de l’emploi, cette conscience de classe est non seulement de moins en moins répandue, mais aussi de plus en plus ambiguë. En quoi le « monde du travail » se reconnaît-il dans les zones de non-emploi qui votent « socialiste » depuis toujours ? En quoi se retrouve-t-il dans la multiplication des quartiers de Bruxelles, de Liège ou Charleroi, en voie d’échapper à la protection de la loi ?

Il ne s’agit pas de vouloir minimiser les mauvais résultats de dimanche, mais de préparer demain. La réflexion qui avait été entamée au sein du MR dans le cadre du « Printemps des Réformes », devra nécessairement, sous une forme ou l’autre, être reprise, poursuivie, débattue et votée. Tant sur le plan des idées que des statuts.

Certes cela se fera avec un regard davantage aiguisé par les blessures reçues, mais aussi sans perdre de vue les objectifs à atteindre : une société faite d’individus libres et responsables, de cultures qui se respectent, de lois qui protègent vraiment, ainsi que d’un mieux-être partagé.
Le clivage gauche-droite est insuffisant pour rendre compte d’un tel projet – il l’a d’ailleurs toujours été . Le danger qui guette la démocratie est d’une autre nature : c’est l’aplatissement même des valeurs et comportement citoyens, leur perte de sens et de vigueur, leur disparition au profit de l’assistanat, du repli communautaire et de la peur civile.
Si fin des années 2000, nous avons affirmé et réaffirmé la dimension solidaire et sociale du libéralisme, il faut aujourd’hui, avec la lucidité que doit inspirer une défaite, avec une conviction qui ne peut pas faiblir, et avec la foi en des jours meilleurs, concevoir et affirmer l’éthique citoyenne nouvelle du libéralisme.
Nous analyserons l’évolution des négociations gouvernementales. Nous nous prononcerons sur le plan institutionnel quant à l’avenir de notre pays et des Francophones. Nous jugerons des politiques à mener en matière de sécurité, de pensions, de fiscalité…
Nous nous resituerons également sur le plan économique et financier. Le capitalisme - ce n’est pas être sorcier que de l’annoncer - va devoir tirer les leçons de la crise et entrer dans une nouvelle phase. Dans ce contexte d’évolution du modèle économique, quel pouvoir démocratique, les libéraux défendront-ils ? Différents ouvrages, non idéologiquement engagés, posent aujourd’hui cette question en termes nouveaux (par exemple à l’université catholique de Louvain, les travaux de Christian Arnsperger ) et en appellent ouvertement à une réponse d’inspiration « authentiquement » libérale.
Enfin, compte tenu de la multiplicité effective des cultures et des convictions, ce n’est pas l’acceptation démagogique de tout et de n’importe quoi qui garantira le vivre-ensemble. Le libéralisme est indissociable, quelle que soit l’attitude d’aucuns, de valeurs humanistes à vocation universelle. A ces valeurs, on ne peut déroger, sinon se mettront en place les conditions des affrontements civils de demain. Comment dès lors préserver la dimension universelle face à des convictions qui les refusent : tel est défi à relever.
Les combats à mener seront essentiels.
Pour ma part, tel est le présent message que je voulais adresser à celles et ceux qui m’ont accordé leur confiance : la seule chose que nous devons craindre, est la résignation.
Tout en sachant déjà, cependant, que le mot « résignation » n’appartient pas au vocabulaire de la liberté.

Richard Miller

 

 

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