Actualité :
Jeudi 10 avril 2008
Au Parlement de la Communauté française,
en commission de la Culture, de la Jeunesse, de l'Audiovisuel, de
l'Aide à la Presse et du Cinéma, question
de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la
Culture et de l'Audiovisuel, relative à " l'impact de
la régie publicitaire de la RTBF sur la non-couverture d'événements
culturels en région liégeoise "
Richard Miller - Madame la ministre,
je reprends un article de presse de la semaine dernière pour
réinscrire, dans une actualité qui nous concerne,
le dossier du financement du service public audiovisuel par la publicité
commerciale.
J'ai souvent répété que
le mode de financement influence la programmation de la RTBF et
je sais que vous ne partagez pas cet avis. Il n'empêche que
le fait que la RTBF ne couvre pas l'inauguration d'un nouveau complexe
de quatre salles consacrées au cinéma d'art et d'essai
par l'association culturelle Les Grignoux, à Liège
le 9 mai prochain, démontre le contraire. Ce n'est d'ailleurs
pas le seul événement en région liégeoise
à souffrir des contraintes que la publicité fait peser
sur la programmation de la RTBF.
L'article du Soir que je viens de mentionner
rappelait également que la Régie publicitaire de la
RTBF avait perdu les contrats liés au Laetare de Stavelot
ainsi qu'aux journées du patrimoine.
Que la RTBF dédaigne sa mission de service
public et décide pour ainsi dire de boycotter cet événement
liégeois parce que sa Régie publicitaire n'a pas décroché
le contrat serait proprement inacceptable. En votant le recours
à la publicité commerciale pour financer la RTBF et
l'augmentation du plafond des recettes publicitaires, et en confirmant
par la voix du ministre-président M. Demotte le maintien
de ce système pour des raisons budgétaires, la majorité
socialiste-socialechrétienne- humaniste a enclenché
un processus commercial qui vide progressivement les émissions
publiques de leur contenu.
Ce qui se passe à Liège est profondément
inquiétant et introduit une fracture dans la relation de
partenariat qui a traditionnellement lié le monde culturel
liégeois à la RTBF et à son centre régional
en particulier.
Je souhaiterais connaître, madame la ministre,
de façon précise, l'ensemble des éléments
de ce contrat manqué. L'offre faite par la Régie était-elle
valable ? Était-il opportun de supprimer par mesure de rétorsion
la chronique Cinéma, l'émission spéciale sur
la Première, etc. ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture
et de l'Audiovisuel. - Je ne nierai pas l'intérêt
de votre question à deux nuances près. D'une part,
permettez-moi de vous faire remarquer que vous mélangez des
pommes et des poires. En effet, la question que vous soulevez concerne
les opérations de partenariat culturel de la RTBF, qui sont
parfois de simples échanges de visibilité et dont
votre parti n'a pas remis en cause l'existence dans les débats
de ces dernières semaines. La question n'est donc ni liée
au financement du service public audiovisuel par la publicité
commerciale ni au relèvement du plafond de recettes publicitaires
autorisées par la RTBF comme vous semblez le suggérer.
D'autre part, vous ciblez une nouvelle fois la RTBF, ce qui ne m'étonne
pas. Pourtant le débat soulevé concerne ici l'éventuelle
influence de partenariats commerciaux conclus par des médias,
quels qu'ils soient, sur le respect de la déontologie journalistique.
À ces deux nuances près, votre question est intéressante,
je le répète, et je ne nierai pas l'évidence,
comme vous m'en prêtez l'intention. Les éventuels liens
entre le partenariat de promotion et l'indépendance de l'information
comportent de véritables enjeux qui mériteraient d'être
abordés par le futur conseil de déontologie journalistique
qui devrait être prochainement installé. En effet,
la situation manque de clarté dans certains médias
: des couvertures journalistiques seraient garanties à des
opérateurs culturels dans le cadre de contrats commerciaux.
Ce dossier doit être considéré avec la plus
extrême prudence. Je me réjouis de savoir que, très
prochainement, une instance de déontologie journalistique
indépendante pourra se pencher sur la question si elle l'estime
utile. Je souhaiterais préciser la manière dont le
service public mène sa politique de partenariat. La RTBF
a toujours été maître - et elle le reste - de
son partenariat culturel. C'est d'ailleurs un service interne à
la RTBF, et non sa Régie publicitaire, qui le gère.
Une équipe d'une dizaine de collaborateurs gère directement,
chaque année, plus d'un millier de partenariats en Wallonie
et à Bruxelles dans le cadre d'une politique de soutien actif
au monde culturel, en veillant particulièrement à
maintenir un équilibre entre événements de
grande et de petite ampleur. Cette politique de partenariat permet
à de très nombreux acteurs culturels de bénéficier
chaque année d'un sponsoring de la RTBF, essentiellement
sous deux formes : d'une part, des spots promotionnelsdiffusés
par la RTBF, parfois au détriment de l'espace publicitaire
géré par la RMB; d'autre part, des actions spéciales
dans ses programmes d'animation, particulièrement en radio,
sans interférence avec le secteur de l'information. Rappelons
que le code de déontologie interne de la RTBF a récemment
été complété d'un dispositif renforçant
l'étanchéité entre le secteur du partenariat
et la rédaction. Je fais confiance à la Société
des journalistes de la RTBF pour qu'elle garantisse le respect systématique
de ces dispositions fondamentales. À la RTBF, le choix de
couvrir un événement ressortit aux rédactions.
Elles décident de l'importance de la couverture qu'il faut
accorder à l'événement liégeois auquel
vous faites allusion. Des journalistes se sont dits choqués
que l'on puisse imaginer qu'ils manquent de déontologie dans
la couverture de certains événements culturels, selon
qu'ils font ou non l'objet de partenariats culturels. D'après
mes informations, l'Association des journalistes professionnels
(AJP) et la Société des journalistes de la RTBF (SDJ)
diffuseront un communiqué rappelant les deux éléments
suivants : l'existence de dispositions particulières dans
le code de déontologie de la RTBF qui excluent explicitement
toute influence des partenariats sur l'information ; et une déontologie,
valable pour tous les journalistes, qui leur impose un traitement
objectif de l'information, indépendamment de toute pression
commerciale, financière, politique ou autre. L'association
culturelle liégeoise Les Grignoux a toujours bénéficié,
selon les dires de la RTBF, d'un large soutien pour ses programmes
d'animation liégeois,. En 2007, cette association a décidé
de modi- fier ses rapports avec les médias et d'entrer dans
la sphère commerciale. Pour ce faire, elle a confié
à une agence bruxelloise de conseil en publicité le
soin de la guider en matière de communication, de promotion
et de valorisation dans les médias. Cette agence a lancé
un processus de consultation du marché des médias,
et donc des régies publicitaires locales. La RTBF et sa Régie
ont été consultées et ont remis une offre de
soutien culturel dans ses programmes, accompagné d'un soutien
sous forme publicitaire par sa régie locale. Cette agence,
suite à cette étude de marché, a conseillé
à l'asbl Les Grignoux de conclure un accord commercial avec
une structure contrôlée par le groupe RTL. Or ladite
agence - Tournesol Conseil - est une filiale de TVI. La RTBF a donc
décidé d'abandonner une partie du soutien promotionnel
spécial qu'elle accordait aux Grignoux dans certains de ses
programmes d'animation. Cette aide était en effet basée
sur une relation de confiance qui s'était créée.
Les émissions d'information de la RTBF ne peuvent jamais
être influencées par les accords de partenariat. La
direction de la RTBF se veut rassurante sur ce point et la réaction
de l'AJP et de la SDJ que l'on m'a annoncée me permet de
croire que nous pouvons faire confiance aux journalistes de la RTBF
quant au respect de la déontologie. Il me semble excessif
de parler d'un boycott, il ne s'agit que d'une décision que
la RTBF assume seule et par laquelle celle-ci diminue son soutien
promotionnel à cet organisateur, dans un contexte où
elle estime être abandonnée par un acteur culturel
qu'elle soutenait de longue date, et cela au profit d'un autre média.
Étant donné qu'il s'agit de l'ouverture d'un nouveau
complexe dédié au cinéma de qualité
- ce qui n'arrive pas tous les jours en Communauté française
-, j'imagine mal que les journalistes de la RTBF ne lui prêtent
aucun intérêt. Il est inutile de diaboliser les uns
ou les autres : un acteur culturel qui décide de passer dans
la sphère commerciale pour valoriser son image - ce qui est
son droit - ou le partenaire éconduit qui supprime son soutien
promotionnel accordé dans ses émissions d'animation.
Il ne serait pas honnête de passer sous silence les dizaines
d'événements culturels liégeois qui font confiance
au service public pour assurer la promotion de leurs activités
qui n'existeraient pas sans les investissements de la RTBF. Sans
attendre votre question, monsieur Miller, et suite aux articles
de presse, j'ai interpellé l'administrateur général
de la RTBF afin de connaître en détail les modalités
de partenariat avec les opérateurs culturels et les causes
de la polémique concernant certains cas particuliers.
Richard Miller - Ma question se basait
sur l'article publié par le journal Le Soir.
Madame la ministre, je constate que vous aviez
déjà réagi, ce qui signifie qu'il y avait,
dans les informations publiées, de quoi susciter une réflexion.
Quoi qu'on pense de la publicité commerciale à la
RTBF, il y a matière à s'interroger.
S'il est difficile de faire la part des choses
lorsqu'il existe un partenariat et un soutien commercial dans le
cadre d'activités culturelles, je continue à croire
que la nature hybride du financement de la RTBF la confronte à
de nombreux risques.
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