Mardi 10 juin 2008
Au Parlement wallon, en commission des Relations internationales, de la Coopération internationale, de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Télécommunications : Question orale de M. Miller à Mme Simonet, Ministre de la Recherche, des Technologies nouvelles et des Relations extérieures sur " Les relations entre l'Etat d'Israël et la Région wallonne "
M. Richard Miller (MR). - Israël a 60 ans. C'est le 14 mai 1948 que l'Etat d'Israël a été proclamé dans des frontières définies par l'ONU.
Dès sa création, les relations avec la Belgique ont été marquées par une amitié profonde. La Belgique est d'ailleurs le deuxième pays à voter, le 27 novembre 1947, en faveur du partage de la Palestine et donc, pour la création de l'Etat d'Israël comme Etat indépendant.
De nombreux accords bilatéraux de coopération ont été signés au fil du temps dans divers domaines : culturel, scientifique, économique et de défense. Ces accords régissent les relations d'Israël avec les niveaux fédéral, communautaire et régional.
La Belgique est d'ailleurs l'un des partenaires commerciaux les plus importants d'Israël.
La Communauté française et la Région wallonne ont signé avec Israël un accord de coopération tripartite, en octobre 2001, portant sur des matières communautaires, telles que la culture, l'enseignement ou la coopération académique, ainsi que sur des matières régionales, comme la recherche scientifique, les technologies nouvelles et le tourisme. Cet accord a été ratifié par Israël en mars 2004. En revanche, ni le Parlement de la Communauté française ni la Région wallonne ne l'ont entériné en raison d'une suspension de ces accords, vu la situation dans la Région.
En avril 2005, vous affirmiez à mon collègue Jean-Luc Crucke " Au vu de l'évolution récente, cette suspension ne me semble plus nécessaire. Il est dès lors opportun de marquer notre volonté politique en faveur d'une coexistence pacifique et constructive, notamment en encourageant les collaborations triangulaires. " Vous alliez demander à votre administration de préparer les textes nécessaires et de soumettre les deux décrets d'assentiment aux deux Parlements.
Nous sommes en 2008, pourriez-vous nous expliquer le suivi de ce dossier ? Depuis lors, vous vous êtes rendue en Israël et avez eu l'opportunité de vous faire une meilleure idée de la situation sur place, mais aussi de donner beaucoup d'espoirs à certains de vos contacts, qui s'interrogent actuellement sur la concrétisation de ces paroles.
Vous nous disiez en 2005 que l'absence de ratification n'avait pas arrêté la coopération avec Israël. Tant mieux, mais en est-il de même en 2008 ? Pourriez-vous nous en détailler les principaux axes ? Pourriez-vous chiffrer l'aide actuellement apportée à l'Etat d'Israël ?
Mme
Marie-Dominique Simonet, Ministre de la Recherche, des Technologies
nouvelles et des Relations extérieures. - Indépendamment d'une
situation au Proche-Orient qui évolue très, trop lentement depuis
les discussions d'Annapolis fin novembre 2007, il me semble important pour la
Région et la Communauté d'être actif avec les deux partenaires
de la région.
La mission que j'ai menée en Israël et en Palestine du 9 au 12 mars
s'inscrivait dans cette logique et voulait marquer, tant pour la Palestine que
pour Israël, l'importance que nous accordons à ces deux coopérations.
L'année 2008 sera d'ailleurs marquée par un nombre important de
nouvelles initiatives avec ces deux partenaires.
La partie israélienne de cette mission illustrait la volonté de
nos deux Gouvernements d'être présents, actifs et constructifs
avec des moyens et des priorités adaptées à la réalité
politique et socio-économique du pays. Il est ainsi cohérent de
travailler avec Israël dans le domaine de la recherche puisque qu'il s'agit
du premier pays de l'OCDE en terme de dépenses R&D.
Les objectifs de ma mission étaient d'encourager la coopération
dans les domaines de la culture, de l'enseignement supérieur et de la
recherche. Ces trois secteurs de coopération sont non seulement des domaines
dans lesquels il y a une réelle demande des opérateurs tant en
Communauté française qu'en Israël mais aussi des secteurs
qui permettent, naturellement et facilement, de faciliter les contacts, la coopération
et donc le dialogue et la meilleure connaissance du partenaire.
Cette mission a été menée avec une importante délégation
d'enseignants et de chercheurs de nos institutions d'enseignement supérieur
et permettait de mettre en avant une coopération déjà riche
avec les meilleures institutions israéliennes.
Suite aux évaluations et aux bilans que nous avons faits tant avec nos
institutions qu'avec nos partenaires israéliens, de nouvelles pistes
de collaboration sont dès à présent envisagées.
Je retiens notamment l'importance de sensibiliser nos institutions respectives
aux programmes européens de coopération, comme Eureka. Au niveau
du PCRD de l'Union européenne, cela fonctionne par contre plutôt
bien puisque pas moins de 52 projets conjoints Israël/Communauté
française et Région wallonne ont été menés
dans le cadre du 6ème PCRD, dont deux avec coordination israélienne
et quatre avec la coordination de la Communauté française. Nous
pourrions en outre renforcer notre coopération en développant
l'utilisation des bourses mondialisées du CGRI/DRI et des bourses de
recherche et spécialisations offertes par Israël, mais aussi en
constituant une banque de missions et d'accueil de courte durée dans
les secteurs où un intérêt de nos institutions s'est manifesté:
pôles de compétitivité, énergies renouvelables, médecine,
soins infirmiers, langues.
Le printemps 2008 a également été marqué par une
importante manifestation culturelle conjointe pour le 60ème anniversaire
de l'État d'Israël. Finalement, ce sont neuf projets qui ont été
retenus par le CGRI et l'Ambassade d'Israël pour la saison culturelle en
Communauté française.
Outre ces nouvelles initiatives, nous collaborons avec Israël de manière
structurelle. Le budget 2007 était de 121.000 euros, auquel il faudra
ajouter 30.000 euros pour la saison culturelle de 2008.
Dans un autre registre, j'ai plusieurs fois exprimé ma disponibilité
pour soutenir et encourager des initiatives qui associent les deux partenaires
israéliens et palestiniens, ou des opérateurs de part et d'autre.
Sur le plan politique, n'envisager que la coopération avec Israël
sans être attentif à la situation de plus en plus explosive en
Palestine, c'est non seulement contraire à l'approche de la politique
de voisinage de l'Union européenne, mais c'est également contre-productif
car source d'une polémique supplémentaire. Ce ne serait qu'une
imposture intellectuelle au regard de l'histoire et de la géopolitique.
J'affirme que notre coopération bilatérale avec Israël fonctionne
bien et je viens de vous montrer les initiatives que j'ai prises pour la renforcer.
La non-ratification des accords de 2001 n'est donc pas un obstacle opérationnel.
Je vous rappelle d'ailleurs qu'ils ont été signés en 2001
et que jusqu'en 2004, mes prédécesseurs n'avaient pris aucune
initiative pour entamer le processus de ratification. De toute évidence,
l'escalade dans le conflit, à partir de mars 2002, n'a pas facilité
les choses sur le plan politique. Et depuis lors, malheureusement, le climat
ne s'est guère amélioré de manière durable.
J'ajoute que, selon moi, le seul consensus politique possible ne peut se faire
qu'autour de l'approbation simultanée des deux accords. C'est pour cela
que j'ai veillé, en 2005, à ce que les deux dossiers aient achevé
leur parcours gouvernemental.
J'espère sincèrement pouvoir déposer ces textes devant
les deux Parlements si la brève éclaircie apparue lors de la Conférence
d'Annapolis pouvait se confirmer durablement.
M. Richard Miller (MR). - Je remercie Madame la Ministre. C'est un thème assez dramatique et je retiendrai de cette réponse la volonté d'avancer concomitamment dans les deux aspects. Ceci est d'autant plus important qu'Israël montre une certaine volonté de se rapprocher de l'Union européenne. Il serait sage de la part de cette dernière de maintenir cette concomitance par rapport à l'autorité d'Israël.