Actualité :
Parlement wallon, séance publique,
le 9 mars 2005
Interpellation de Richard Miller à M.Lutgen,
Ministre de l'agriculture sur
"l'attitude de la Région Wallonne à l'égard
de la Charte anti-OGM".
M. le Président. - L’ordre
du jour appelle l’interpellation de M. Miller à M.
Lutgen, Ministre de l’Agriculture, de la Ruralité,
de l’Environnement et du Tourisme, sur «l’attitude
de la Région wallonne à l’égard de
la Charte anti-OGM». La parole est à M. Miller pour
développer son interpellation.
M. Miller (MR). - Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre, le 4 février dernier, à Florence,
les représentants de vingt Exécutifs régionaux
de l’Union européenne ont lancé ce que le
journal Le Monde a appelé un défi à la Commission
de Bruxelles sur les Organismes Génétiquement Modifiés.
Ces vingt régions revendiquent en effet le droit de se
protéger de la contamination transgénique et réclament
des sanctions contre les responsables de pollution génétique.
Soucieuses de protéger la qualité de leurs produits
alimentaires, ces régions, parmi lesquelles la Bretagne,
l’Aquitaine, le Poitou-Charentes, le Limousin, l’Île
de France, mais aussi la Toscane, l’Euskadi ou le Pays de
Galles, c’est-à-dire des régions réputées
pour la qualité de leurs produits, ont adopté cette
Charte des régions et des autorités locales de l’Europe
sur la coexistence entre les OGM et les cultures traditionnelles
et biologiques. La Charte de Florence est très critique
par rapport à la politique européenne en la matière.
Selon la charte, la directive 2001/18 dédicacée
à cette problématique, je cite: «Ne s’intéresse
pas aux droits des agriculteurs ayant choisi l’agriculture
traditionnelle à défendre leurs cultures de la pollution
génétique.». Fin de citation. La directive
ne couvrirait pas, notamment, la responsabilité civile
des entreprises biotechnologiques en cas de contamination d’autres
cultures et ne fait dès lors pas référence
au principe du pollueur-payeur énoncé à l’article
174 du Traité de l’Union. Les vingt régions
signataires demandent à la Commission européenne
de proposer un système de sanction des responsables de
contaminations transgéniques et veulent absolument que
les procédures d’autorisation soient subordonnées,
non seulement au respect des principes de précaution, de
prévention et d’éthique, mais aussi à
la présence démontrée d’effets positifs
pour les consommateurs. Il semblerait, sauf erreur de ma part,
que cette condition soit extrêmement importante puisque,
à l’exception du coton, aucun avantage particulier
des OGM pour le consommateur ou pour l’environnement n’a
pu encore être établi. Pouvez-vous, Monsieur le Ministre,
exposer les raisons pour lesquelles la Région wallonne
ne s’est pas associée à la signature de cette
Charte, Charte qui pose des questions importantes. Pourquoi la
Région wallonne ne s’est-elle pas associée
à cette Charte pour la protection de la qualité
des produits alimentaires, et partant pour un label de qualité
wallon? Quelle sera, par ailleurs, la position que vous défendrez
au niveau de l’Association des régions d’Europe,
lorsque les signataires de la Charte, comme ils l’ont annoncé,
vont tenter de convaincre les autres régions européennes
à propos de cette question qui concerne tous nos concitoyens.
M. le Président. - M. Meureau
veut se joindre au débat. La parole est à M. Meureau.
M. Meureau (PS). - Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre, chers Collègues, effectivement, les
OGM, depuis des années, son sujet, soit à des polémiques,
soit à des manifestations médiatiques et ce ne sont
pas les saccages de cultures transgéniques qui manqueront
à l’appel des caméras. M. Miller vient de
le dire, en début de cette année, effectivement,
20 régions d’Europe ont décidé d’exclure
de leur territoire les cultures d’OGM et donc, je pense
qu’il nous appartient, en tant que responsables politiques
wallons, de mener des débats riches et sereins à
ce sujet. Le développement des biotechnologies représente
un potentiel en matière scientifique et une source possible
de développement économique. Cependant, elles doivent
évoluer dans le respect du principe de précaution
et faire l’objet d’une attention soutenue des pouvoirs
publics habilités à cadrer leur développement.
Dans les années 1990, on nous expliquait que lesOGM étaient
pleins de promesses pour la santé et pour la nutrition,
mais il n’existe aujourd’hui pas d’OGM pour
lesquels la démonstration irréfutable de leur intérêt
pour le consommateur a été faite. On peut voir de
manière générale que l’adhésion
de la société se fait plutôt pour l’utilisation
des OGM dans ce qui sert aux traitements médicaux et révèle
plutôt un scepticisme
pour ce qui est de leur utilisation dans le secteur alimentaire.
Par exemple, le maïs transgénique BT11 qui a été
autorisé à la commercialisation par la Commission
européenne en mai 2004 et qui, faute de demande, n’a
finalement pas été commercialisé dans l’Union.
Donc, on pourrait ajouter à ce que M. Miller a dit, que
les règles européennes ne règlent pas la
question des risques économiques potentiellement générés
par une contamination fortuite entre ces cultures d’OGM
et les cultures traditionnelles, voire biologiques. La Commission
européenne, malgré l’insistance du Parlement
européen et de plusieurs États membres, dont la
Belgique, a jusque maintenant refusé de réglementer
cette question de la coexistence de cultures OGM et non-OGM. Nous
devons régler le problème de cette coexistence et
tâcher de garantir, tant aux agriculteurs qu’aux consommateurs,
un libre choix d’une agriculture avec ou sans OGM et donc,
libre choix aussi de produits finis avec ou sans OGM. De plus,
nous devons garantir la plus haute protection (juridique, financière,
environnementale) pour les agriculteurs conventionnels et biologiques.
Enfin, il faudra mettre en place des mécanismes de protection
pour éviter les cas de contamination fortuite et si, par
malheur, il y avait contamination, il faudrait trouver un système
de responsabilité qui assure non seulement un juste dédommagement
des agriculteurs victimes, mais aussi de protection des consommateurs.
On le voit, aujourd’hui - et c’est avec des
nuances que M. Miller vient de le dire -, ce débat
est complexe, ses enjeux environnementaux, sociétaux et
financiers sont énormes et en tant que son président,
la Commission de l’Environnement et de la Ruralité,
dans ce cas-ci, est le lieu propice à cette réflexion,
réflexion qui ne doit pas tarder. Je propose que ce point,
au moins le démarrage de la réflexion plus en profondeur
que lors d’une interpellation, figure à l’ordre
du jour de la commission de manière à pouvoir «atterrir»
rapidement sur un texte permettant à la Région wallonne
de s’inclure dans l’ensemble du système juridique
qui a été créé, tant au niveau européen
et fédéral. C’est donc le maillon régional
qui manque à ce sujet. Je suppose que les travaux de la
commission seront bénéfiques à l’ensemble
du Parlement.
M. le Président. - Quelqu’un
demande-t-il la parole ? Non. La parole est à M. le Ministre
Lutgen.
M. Lutgen, Ministre de l’Agriculture,
de la Ruralité, de l’Environnement et Tourisme. -
Monsieur le Président, Messieurs les Députés,
la procédure d’adoption de la Charte anti-OGM de
Florence ne répond pas aux procédures habituelles
des prises de position des États membres de l’Union
européenne. À ma connaissance, la Région
wallonne - je dis bien à ma connaissance -
n’a pas été consultée à ce jour.
À la lecture du texte de cette charte, il me paraît
abusif de parler de Charte anti-OGM. Ainsi, le libre choix du
producteur, y compris vis-à-vis des cultures OGM, est rappelé
en préambule, même s’il est clair que la Charte
plaide pour un contrôle extrêmement strict de ce type
de culture, notamment en matière de coexistence des cultures
qui relèvent institutionnellement des compétences
régionales. Pour rappel, en Belgique, la procédure
d’autorisation de mise sur le marché d’organismes
génétiquement modifiés est restée
de compétence fédérale et les Régions
ne peuvent faire valoir leur avis qu’au sein du Conseil
de biosécurité, lequel remet lui-même un avis
à l’autorité fédérale. C’est
une directive du 12 mars 2001 du Parlement européen et
du Conseil qui fixe le cadre légal relatif à la
dissémination volontaire d’organismes génétiquement
modifiés à usage agricole dans l’environnement.
Les demandes d’autorisation de mise sur le marché
d’OGM sont introduites auprès de n’importe
quelle autorité compétente d’un Etat membre.
Les autorités compétentes de tous les États
membres sont informées et peuvent émettre des objections
motivées à la mise sur le marché. Des procédures
de concertation sont d’ailleurs prévues à
cet égard. Dans ce contexte, une fois un OGM autorisé,
il ne peut légalement plus être considéré
comme un facteur de pollution, ce qui me semble logique. La Région
wallonne est compétente pour la mise en place d’une
législation en matière de coexistence entre les
cultures conventionnelles, biologiques et génétiquement
modifiées. Au début de l’année 2004,
un groupe de travail a été initié par la
direction générale de l’agriculture. Celui-ci
a été chargé de réfléchir sur
le cadre législatif à mettre en place pour assurer
la coexistence de ces différents types de culture. Ce groupe
a rassemblé l’ensemble des acteurs concernés,
représentant un large spectre de sensibilités et
de compétences dans le domaine. Un décret devrait
fixer le cadre général sur lequel s’appuieraient
différents arrêtés du Gouvernement wallon
d’application plus techniques. Sur base du travail déjà
réalisé au sein de la DGA, je pourrai bientôt
vous présenter un document qui devrait rencontrer certaines
préoccupations importantes mentionnées dans la Charte
de Florence. Entre-temps - et il l’a souligné
-, le président de la Commission de l’Environnement
suite, notamment, reconnaissons-le, à l’intervention
de notre collègue Bernard Wesphael, va convoquer et organiser
un débat et je crois qu’il y a effectivement urgence
de le faire. Les choses ont été un peu bousculées
ces dernières semaines pour pouvoir avoir une discussion.
Donc, je ne voudrais pas - et je m’y suis toujours
engagé - me fâcher avec la commission avant
de prendre une position, avant d’arriver avec ce décret.
Il y a urgence en la matière. Le secteur de la recherche,
notamment où on ne donne plus les autorisations, est en
train d’attendre. Donc, cela bloque quand même l’ensemble
du système. Quelle que soit la position que l’on
prenne, peu importe, il y a urgence de la prendre. Je ne le ferai
pas, même si j’ai mon propre avis, sans qu’il
y ait un débat le plus ouvert possible au niveau de la
commission et le plus respectueux aussi possible des différentes
sensibilités au sein de cette Assemblée par rapport
à une préoccupation qui dépasse largement
le cadre de notre Région et où la Région
a des options à prendre, options qui devront être,
à mon avis, sans vouloir influencer le débat, à
la fois pragmatiques et fortes en termes de reconnaissance de
la qualité de nos produits et de la valorisation de ceux-ci,
et surtout, j’ajouterai, de valorisation, d’identification,
comme l’a souligné M. le Président, comme
vous l’avez souligné aussi, Monsieur Miller, pour
l’ensemble des consommateurs afin qu’ils sachent à
quoi s’en tenir et faire des choix en toute connaissance
de cause. Je vous remercie donc de cette interpellation. Même
si, à ma connaissance, vous ne faites pas partie de la
Commission de l’Environnement, Monsieur Miller, j’espère
que vous pourrez vous joindre aux travaux de celle-ci lorsque
le Président la convoquera sur ce sujet, très, très
urgent. Les délais sont là et on ne peut pas rester,
en Région wallonne, dans l’incertitude. Je connais
aussi la position de mon prédécesseur en la matière
puisqu’il vient de me la dire une dernière fois -
et je m’en doutais un tout petit peu - avant de monter
à cette tribune, mais je ne me permettrai pas de dévoiler
le secret, de faire un crime de lèse-président à
cette tribune.
M. le Président. - La parole
est à M. Miller.
M. Miller (MR). - Je remercie M. le
Ministre et M. le Président de la Commission. Je pense
effectivement que ce débat est fondamental et qu’il
concerne chacune et chacun de nos concitoyens.C’est avec
beaucoup de plaisir que je participerai aux travaux de cette commission.
Il est vrai que je n’en suis pas membre, mais je suis particulièrement
intéressé par la qualité des produits alimentaires.
M. le Président. - La parole
est à M. Meureau.
M. Meureau (PS). - Monsieur le Président,
je remercie également le Ministre pour sa réponse
et je retiens le message. Je l’ai dit, le Ministre l’a
confirmé, il y a intérêt à avancer
vite et donc, ce sera à l’ordre du jour de la prochaine
réunion de la commission. Je le précise de manière
explicite pour que cela paraisse dans le compte rendu intégral.
Ce débat a déjà fait l’objet de nombreuses
discussions lors de la législature précédente.
Le débat de fond existe, les documents parlementaires existent,
on peut en prendre connaissance, donc, je fais confiance à
chacune et à chacun pour que dans un débat de cette
ampleur, le nombre d’auditions demandées soit le
plus limité possible et les auditions les plus concrètes
possibles, de manière à pouvoir clôturer les
débats en deux, voire trois réunions de commission
maximum.
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