Lundi 11 janvier 2010

Au Parlement de la Communauté française, en commission des Finances, de la Comptabilité, du Budget et du Sport, Question de M. Richard Miller à M. André Antoine, vice-président et ministre du Budget, des Finances et des Sports, relative à « l’expérience pour les malvoyants au Stade Tondreau de Mons »

Richard Miller - Une expérience novatrice s’est déroulée il y a peu dans le monde du sport. En effet, une vingtaine de malvoyants, aidés par un casque sans fil, ont pu assister au match de football Mons-Tubize d’une façon tout à fait inédite grâce à un dispositif expérimental.

Ces personnes ont pu suivre toutes les péripéties du match à travers la voix de deux commentateurs.

Des détails comme un entraîneur qui se lève du banc de touche, le ballon qui atterrit dans le public ou la taille du joueur qui frappe la balle, qui paraissent insignifiants pour les voyants, revêtent une grande importance pour les malvoyants qui ont ainsi pu « visualiser » le match.

Cette expérience était une première en Wallonie.

Pour la rendre possible, le RAEC Mons a collaboré avec l’asbl « Plain-Pied », qui travaille à l’insertion des personnes handicapées. Le test semble avoir été une réussite.

Monsieur le ministre, même si le projet relève aussi des compétences de votre collègue régionale, Mme Tillieux, pouvez-vous me dire si vous comptez soutenir ce procédé ? Quel budget cela représente-t-il pour un match ? Envisagezvous une action en faveur de l’intégration des handicapés dans le monde du sport ?

Je voudrais revenir sur la politique sportive de la Communauté française à l’égard des sportifs handicapés. À ma connaissance, dans ce domaine, il n’y a que deux fédérations reconnues par la Communauté française. Quel regard portezvous sur le soutien et l’intégration de ces sportifs ?

La Communauté française possède de nombreux talents mais la visibilité du handisport n’est pas très poussée. Que comptez-vous faire à ce sujet ?

M. André Antoine, vice-président et ministre du Budget, des Finances et des Sports. – La question de M. Miller porte à la fois sur la politique pour les handicapés en matière de sport et sur un projet pilote.
L’initiative de l’asbl « Plain-Pied » mérite toute notre attention. Le sujet concerne deux départements. Il faudrait tout d’abord, et j’y suis favorable, acquérir le matériel de retransmission.
Il resterait alors à trouver une solution pour les personnes qui commentent les matchs pour lesmalvoyants. Je prendrai contact à ce sujet avecMme Tillieux. Nous pourrions par exemple prévoirune formule d’association avec une ou deuxpersonnes sous contrat APE, à mi-temps ou tempsplein, chargés de couvrir ce genre de manifestation.
En tant que ministre de la Communauté française,je ne voudrais pas limiter cette opération àla seule ville de Mons ni à la seule pratique dufootball de division II. En cas de généralisation,nous devrions pointer le ou les événements méritantd’être « traduits » ; je pense notamment auMémorial Van Damme. Certaines manifestationssont déjà commentées et peuvent donc faire l’objetd’une dispense totale ou partielle du commentairesdu déroulement de la partie. Nous pourrionsaussi étendre l’expérience au basket, au football, àl’athlétisme et au tennis qui connaît un nouveausuccès.
Bref, je pense qu’il faut trouver la bonne méthodepour pérenniser ces initiatives, sachant aussique les personnes malvoyantes doivent être informéesde leur existence. Nous devons en effet tenircompte du rapport entre l’investissement et le rendement.
Si l’initiative ne bénéficie qu’à une dizainede malvoyants, on peut s’interroger sur son bienfondé.
En revanche, si davantage de malvoyants en profitent, nous pourrons mieux amortir l’investissement.
Pour cette raison, je compte égalementcontacter les fédérations des malvoyants pour voir avec elles comment répondre au mieux aux attentes.
Ma réponse est donc favorable mais limitée. On ne peut évidemment étendre l’opération partoutet à toutes les disciplines, mais nous pouvons au moins permettre la découverte de plusieursdisciplines en plusieurs endroits.
Au-delà de cette initiative généreuse qui méritetout notre intérêt, la Communauté française atoujours été très attachée, déjà avant mon entréeen fonction, à l’approche de la pratique sportive par les moins-valides et ce tant en sport de compétition qu’en sport de loisir. Nous aidons deux associations pour 546 000 euros par an, ce n’est pas négligeable.
Lors de l’adaptation et de la rénovation des centres ADEPS retenus par le gouvernement pour un financement alternatif, nous veillerons particulièrementà l’accessibilité de ces centres et, plus largement, de nos complexes sportifs. Ces derniers n’ont pas toujours été conçus de manière à permettre
un accès aisé aux personnes en voiturette ou aux personnes âgées, alors que celles-ci peuvent découvrir l’intérêt d’une pratique de l’éducation physique. En tout état de cause, lorsque nous
avons des dossiers de rénovation de complexes sportifs, nous tenons compte de cette question.
Nous avons pris diverses initiatives particulièrement enrichissantes, comme la rencontre du 15 novembre, à laquelle j’ai participé, entre les deux fédérations concernées et les milieux sportifs
« ordinaires », en présence de quelques champions.
Nous y avons connu des moments particulièrement chaleureux et intenses.
C’est à cette occasion que j’ai annoncé l’augmentation du nombre de stages d’été réservés aux enfants handicapés. En effet, nos stages sont généralement saturés. Or pour assurer une bonne cohésion dans la composition de ces stages, il arrive que les moins-valides ne soient pas retenus en raison de leurs moindres performances. Dès lors, nous veillerons à leur assurer des stages spécifiques.
Par ailleurs, le matériel sportif est accessible à 90 % aux personnes handicapées. Un effort important est également consenti pour valoriser les sportifs de haut niveau porteurs d’un handicap.
L’accord avec le groupe Suez nous permet de soutenir trois sportifs de ce type : Licken, Ledoux et Kempineer. Le pongiste M. Loicq, premier au classement mondial, est belge et bénéficie d’un contrat APE. Il était d’ailleurs présent à Louvainla- Neuve.
Comme chaque année, nous serons présents aux Special Olympics qui se dérouleront à Woluwe-Saint-Pierre du 12 au 15 mai et je veillerai à leur donner une couleur particulière pour que les moins-valides puissent y assister et y participer.
La Communauté française intervient à divers niveaux : stages, équipement, encadrement, fédérations et sur la récente initiative que vous évoquez. Je ne manquerai pas d’y revenir. Si nous devons généraliser cette opération, nous devrons identifier avec Plain-pied et les fédérations sportives pour handicapés quelles compétitions, quelles disciplines, quelle fréquence et avec quel personnel nous pourrons participer.

Richard Miller – Mon intention n’était pas d’interroger le ministre uniquement sur l’initiative montoise mais de savoir si l’on pouvait la généraliser à l’ensemble de la Communauté française.