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Mardi 11 mars 2008


Au Parlement de la Communauté française, en Commission plénière, question de M. Miller à Mme Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, ayant pour objet " le Plan de fréquence radio "

 

Richard Miller - Je me permets de vous interpeller une nouvelle fois sur ce fameux plan de fréquence radio qui en est, pour le moment, au stade de l'appel d'offres et commence à faire beaucoup parler de lui.

 

J'ai ouï dire qu'un recours avait été déposé au Conseil d'État contre ce plan de fréquence. Pourriez-vous me confirmer cette information ?

 

Quelles sont les conséquences de ce recours sur l'application du plan de fréquence ? Ce recours est-il suspensif ? Quelles seraient les conséquences si celui-ci venait à être accepté par le Conseil d'État ? La procédure d'appel d'offres, qui court jusqu'au 22 mars, en est-elle modifiée ?

 

De plus, nous savons que les puissances des fréquences reprises dans le plan ne font pas que des heureux, certains réseaux étant inégalement couverts. Si nous comparons, par exemple, la couverture des réseaux communautaires, nous constatons que la couverture du territoire de la Communauté française est très disproportionnée entre C1, C2, C3 et C4.

 

Pourriez-vous me dire si ces puissances sont soumises à un organisme de contrôle particulier, comme le Conseil d'État ou le CSA ?

 

Si oui, l'instance de contrôle a-t-elle été consultée lors de l'élaboration de ce plan de fréquence ?

 

Je me permets également de vous interroger sur la situation de la RTBF qui interpelle quelque peu. Nous savons que les vingt-huit fréquences de la RTBF ont été régularisées en dehors du plan de fréquence.

 

Sans s'attarder sur la question de principe et d'égalité par rapport aux radios privées, j'ai lu que, non contente d'avoir vingt-huit fréquences régularisées, la RTBF ferait appel à candidature afin de relancer le projet " Radio Bruxelles Internationale" (RBI). Cette radio, déjà imaginée en 2004 par la RTBF et Radio France Internationale (RFI), était ou est destinée à être une radio d'informations exclusivement, à destination de toutes les catégories de francophones de la capitale, diffusant des informations locales, régionales, européennes et internationales. La grille de programmes serait constituée partiellement de productions de La Première et de Radio France Internationale.

 

Pouvez-vous nous confirmer l'existence d'un tel projet ? Ne pensez-vous pas que, vu la situation actuelle de la RTBF, il serait plus équitable de laisser les fréquences de l'appel d'offre ouvertes aux radios privées qui n'ont pas pu bénéficier d'une régularisation particulière ?

 

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel . - Je laisserai le soin à M. Miller de qualifier de " fameux " le plan de fréquence FM qu'a adopté le gouvernement et qui a fait l'objet d'un appel d'offre le 22 janvier dernier. On notera qu'il semble déjà plus " fameux " que celui de mon prédécesseur adopté le 31 mars 2004. Ce plan fut publié au Moniteur belge le 28 avril 2004 et suspendu par le Conseil d'État dès le 19 mai 2004. Cependant, soyons de bon compte. Le délai de recours n'est pas échu et il ne faudrait peut-être pas crier victoire trop tôt pour ce plan du 21 décembre 2007.
Comme vous, monsieur Miller, j'ai lu dans la presse qu'un recours au Conseil d'État était annoncé pour le 20 février dernier. Après vérification, à cette date, il n'en était rien. Après avoir consulté le greffe du Conseil d'État ce 10 mars, il n'en était toujours pas question. Le recours au Conseil d'État n'est pas suspensif de l'exécution d'une décision. Comme son nom l'indique, une suspension de la décision ne peut intervenir que si le Conseil d'État accueille le recours en suspension. Il n'y a donc pas d'effet suspensif à la requête en suspension, et pas davantage, a fortiori, s'il s'agit d'une requête en annulation. La procédure d'appel d'offres continue, à ce stade, à suivre son cours. Monsieur Miller, en ce qui concerne la couverture des réseaux C1, C2, C3 et C4, je vous laisse seul juge de vos affirmations. Je note que dans l'unique courrier daté du 5 février 2008 de l'asbl " Radio ", qui regroupe l'essentiel des actuelles radios en réseau, cette préoccupation n'était pas évoquée.
Pour ce qui est du contrôle des puissances, je comprends mal votre question, monsieur Miller. Comme on peut le constater à la lecture des arrêtés parus au Moniteur belge, les gouvernements successifs ont hérité d'une situation technique dont les prémices remontent au plan de Genève de 1984, élaboré au sein de l'UIT. Je peux toutefois vous assurer que chaque fois qu'un avis du Conseil d'État ou du Conseil supérieur de l'Audiovisuel était légalement requis, celui-ci a été sollicité.
Dans un cas, le Conseil d'État a répondu qu'il ne devait pas être consulté pour un acte sans portée réglementaire. Au sujet des fréquences de la RTBF que vous prétendez régulariser en dehors du plan de fréquence, je souhaiterais vous rappeler quelques éléments historiques. Les demandes de coordination des fréquences en question ont été introduites à l'initiative de la RTBF et pour ses propres besoins, entre 1997, pour une seule d'entre elles, et 2004. Le bureau des relations techniques extérieures de la RTBF informait systématiquement les cabinets des ministres successifs compétents en matière de radiodiffusion. Pour sa part, l'IPPT interrogeait ces mêmes cabinets selon la procédure de l'arrêté royal du 10 janvier 1992. Les échanges de courrier font apparaître que la Communauté française ne s'est jamais opposée à ces coordinations de fréquence revendiquées, je le rappelle, par la RTBF.
Par ailleurs, ces mêmes fréquences, du moins celles demandées avant le 29 novembre 2002, date de la dernière réunion de coordination organisée par le comité de concertation des gouvernements des communautés et de l'exécutif fédéral, n'ont jamais été intégrées aux négociations communautaires relatives au plan FM privé du Nord et du Sud du pays. Ces fréquences n'ont pas davantage été intégrées à la liste du décret du 20 décembre 2001 fixant le cadastre initial des fréquences destinées aux radios privées. Ce ne fut toujours pas le cas lorsque ce décret a été complété les 3 juillet 2003 et 31 mars 2004. Fallait-il en déduire que ces fréquences étaient définitivement attribuées à titre provisoire à la RTBF ou provisoirement attribuées à titre définitif à cette même RTBF ? Toujours est-il que le gouvernement actuel n'a pas régularisé une situation préexistante mais a bien redistribué certaines fréquences de la RTBF aux radios privées. La modification de l'annexe ad hoc de son contrat de gestion est d'ailleurs prévue en ce sens. J'en viens à RBI. Selon l'article 45.5 de son contrat de gestion, la RTBF peut développer des projets particulièrement orientés sur le rôle de capitale internationale et européenne de Bruxelles et sur sa dimension multiculturelle. Sous réserve de l'obtention d'une capacité de diffusion couvrant au moins la région bruxelloise, elle peut fournir des contenus audiovisuels au projet de l'association internationale sans but lucratif de droit belge, RBI, en collaboration avec RFI. Cette disposition ne concerne pas spécifiquement la FM. Je n'ai pas eu connaissance particulière de ce projet suite à l'appel à candidatures lancé le 22 janvier dernier. En tout état de cause, le gouvernement n'a aucun engagement particulier dans ce dossier. Enfin, il reviendra au CSA de statuer sur une éventuelle demande introduite par RBI. Sachez qu'il s'agit d'une association internationale sans but lucratif, dont la RTBF n'est pas membre, mais à laquelle elle pourrait fournir des programmes. Cela étant, je suis persuadée que la Belgique et ses entités fédérées ne peuvent ignorer l'existence, à Bruxelles, de nombreuses communautés étrangères, particulièrement celles qui sont actives dans les institutions européennes. Si les moyens technologiques leur permettent déjà d'avoir accès à de nombreux médias audiovisuels liés à leur culture d'origine, il manque certainement un ou plusieurs projets médiatiques situés au confluent de cette diversité culturelle.
Euranet est un consortium de radios publiques et privées qui perçoit des subsides de la Commission européenne pour produire de l'information portant sur l'UE. Ces radios échangent entre elles des informations, des séquences et des émissions. La RTBF ne participe pas au financement de ce consortium qui est lié par un contrat de service à la Commission européenne. Celle-ci rétribue l'ensemble des prestations et des membres d'Euranet. La RTBF se contente de mettre son infrastructure, son personnel de support et son administration à la disposition du projet pour ce qui concerne sa propre production. Toujours selon la RTBF, une charte éditoriale garantit un niveau élevé d'exigence de qualité et d'indépendance de la production de l'ensemble des membres du consortium Euranet. Dans le cadre des échanges de séquences et d'émissions, chaque partenaire conserve son autonomie, son indépendance éditoriale et de programmation. Il n'y a donc aucune obligation de diffusion. L'indépendance et l'autonomie éditoriale de la RTBF ne seraient donc pas menacées à la suite de sa participation à ce consortium.

 

Richard Miller - Je remercie la ministre de sa réponse. Nous partageons parfois le même point de vue.

 

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