Lundi 13 octobre 2008

Au Parlement wallon, en Commission de l'Action sociale et de la Santé, question orale de Richard Miller à M. Donfut, Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances sur " le projet de fusion des hôpitaux de Mons-Borinage ".

Richard Miller - Vous avez récemment plaidé pour la création d’un grand pôle hospitalier dans la Région de Mons-Borinage, composé du CHU Ambroise Paré (336 lits, 700 ETP), du Réseau Hospitalier de Médecine Sociale pour le site de la Clinique Louis Caty de Baudour (248 lits, 500 ETP), éventuellement du Centre Hospitalier Hornu-Frameries (391 lits, 700 ETP) et du Centre Hospitalier Psychiatrique « le Chêne aux Haies » (455 lits).

L’objectif est notamment d’atteindre une taille critique permettant de prétendre, vis-à-vis de l’INAMI, au fi nancement de technologies de pointe que l’on sait de plus en plus coûteuses, les plus petites structures ne pouvant bien souvent plus y prétendre, faute d’admissions en suffi sance.

Si l’idée paraît séduisante, elle appelle néanmoins certaines questions.

Vous excluez d’emblée le CHR Saint-Joseph qui, fort de ses 511 lits, constitue la première entité dans le monde régional des soins de santé de Mons-Borinage.

Il accueille chaque année plus de 120.000 patients et emploie près de 1.200 personnes.

N’est-ce pas un peu curieux de vouloir créer un grand pôle hospitalier dans la Région de Mons-Borinage en en excluant le plus grand hôpital ?

C’est d’ailleurs cette institution de la Région Mons- Borinage qui a reçu un des dix appareils de résonnance magnétique nucléaire (RMN) supplémentaires que vous avez octroyé dans les hôpitaux non universitaires en Région wallonne.

On ne peut s’empêcher d’y déceler des motivations de nature philosophique que n’a pas manqué de dénoncer votre homologue à la Communauté, la cdH Mme Fonck, stigmatisant votre vision « archaïque » des choses : un grand hôpital laïc, socialiste, d’un côté et le CHR Saint-Joseph, catholique, laissé à son sort. À mes yeux de libéral, un hôpital doit être avant tout un lieu où l’on soigne le mieux possible les personnes qui en ont besoin. Les appartenances « socialiste » ou « catholique » me paraissent totalement déplacées lorsque la souffrance des gens est en cause et que la vie bascule.

Plus étonnant, le SETCa, malgré une entrevue de trois heures avec vous, s’est déclaré farouchement opposé à ce projet qualifi é de « purement politique, nullement médical et encore moins social ».

Ne serait-il pas préférable de mettre l’ensemble des acteurs autour de la table pour dégager une réponse optimale aux besoins des patients, de partir d’un projet médico-hospitalier commun ?

D’autant que les différentes institutions collaborent déjà actuellement pour le SMUR ou la résonance magnétique. Le CHR collabore avec le CHU, Baudour et Hornu ont signé une lettre d’intention en vue d’un rapprochement même s’ils n’en sont qu’aux balbutiements.

Il semble que les principaux concernés n’ont pas été concertés avant votre annonce. Qu’en est-il ?

Quid des concertations avec le Fédéral ? Il semble que des optimalisations de la législation ne seraient pas inutiles pour favoriser des associations inter-hospitalières.

Qu’en est-il ?

Quel serait l’impact de votre projet en termes de perte d’emplois ?

M. Donfut, Ministre de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des chances. - Je remercie M. Miller pour sa question fort intéressante qui permet ainsi un dialogue sur le développement hospitalier de qualité dans l’arrondissement de Mons.
J’imagine bien que M. le Député Miller, tout comme moi, fait le constat aujourd’hui, que les choses, en termes de relations entre les hôpitaux, ne posent, certes, pas de diffi cultés. Toutefois, le « train-train » au niveau du dialogue entre les hôpitaux de l’arrondissement n’aboutit à rien de concret, et ce depuis des années.
Il s’agit d’une situation diffi cile à accepter par rapport aux nombreux défi s de demain. En outre, contrairement à Liège et Charleroi, l’arrondissement de Mons connaît un retard en termes de « dimensionnement » hospitalier.
Comme un acteur de terrain l’a mentionné, à terme, l’arrondissement comportera quatre grandes polycliniques hospitalières et pour le commun des mortels, il s’agirait d’un drame. En effet, cet arrondissement ne comporte que des B1 et aucun B2 ou encore B3. Dès lors, en cas de problème cardiaque, qui nécessite une gestion autre que médicamenteuse, il convient de sortir de l’arrondissement pour se faire soigner. En termes de modernité de la médecine, vous l’admettrez, comme moi, que c’est une situation relativement inquiétante.
Dès lors, à force de papoter, de dire « je t’aime, moi non plus », rien ne bouge, il convient dès lors d’agir.
En outre, chaque fois que les grands services plus lourds peuvent être programmés par le Fédéral ou la Région, à chaque fois, l’arrondissement de Mons passe à côté du rendez-vous, notamment en termes de néonatologie.
Si la situation « ronronne bien », moi, dans mes compétences, cela me pose un problème.
Il est clair également que ce sont les hôpitaux qui décident de ce qu’ils feront.
Il est aussi utile de rappeler les efforts réalisés en son temps par le Ministre Demotte alors en poste au Fédéral et qui a tenté de rassembler les différents opérateurs par bassins hospitaliers. Lors des réunions - et les procèsverbaux sont là pour le confi rmer - chacun s’est positionné pour avoir une structure commune. Cependant, certains et certaines ne pouvaient accepter un rassemblement à quatre car ce dernier donnerait un rôle à jouer au public.
Il est clair qu’il y a un des intervenants qui est public (Ambroise Paré), deux autres, mutualistes et donc, un côté d’intérêt général et par conséquent, une vocation d’intérêt public et le CHR Saint-Joseph qui dispose, quant à lui, d’une logique plus libérale donnant au médecin la maîtrise de l’outil.
Il est indéniable que cette prise de position a donné un coup d’arrêt à toute discussion, à tout accord. S’il est évident que cette approche est partagée par d’autres personnes que le MR, force est cependant de constater que dans le contexte actuel que nous connaissons, ce refus du rôle de l’État marque un positionnement clair. Quant à moi, j’en prends acte.
Face à cela, et puisque les efforts du Ministre Demotte ont été mis à mal pour tenter un rapprochement, il convenait de penser à une autre approche, d’où le projet de créer un pôle hospitalier pour l’arrondissement de Mons permettant à tous les citoyens d’obtenir les services de qualité qu’ils sont en droit d’attendre.
Voilà le contexte général. Notez également que je ne suis contre personne. D’ailleurs, j’ai même octroyé la seule unité RMN à Saint-Joseph. Vous le constaterez, je ne suis pas un « rabbique », bien au contraire.
En ce qui concerne le « Chêne aux Haies », le Gouvernement wallon a manifesté sa volonté d’intégrer cet institut dans une structure hospitalière sous-régionale à caractère public, d’où le projet de son intégration dans l’intercommunale Ambroise Paré. Le pôle public hospitalier a pour but d’arriver à un nombre plus important de lits qui permettrait ainsi de devenir le troisième pôle de Wallonie et décrocher des programmations intéressantes et ce, malgré qu’un représentant de Saint-Joseph affi rme que cela ne l’intéresse pas.
Quant aux propos tenus par certains, je répondrai tout simplement que le plus archaïque est de ne rien faire, et donc de faire preuve d’un conservatisme « à l’état pur ».
Sur le SETCa, le problème tient plus à des problèmes de personne. La motivation la plus importante du permanent SETCa de Mons est de conserver ses affi liés.
En effet, le basculement de l’un ou l’autre hôpital vers un pôle nécessiterait un transfert des affi liés du SETCa vers la CGSP.
En ce qui concerne ceux qui estiment que le projet est non social et non médical, je répondrai simplement qu’il s’agit d’affi rmations gratuites, voire de bêtises de « premier ordre ».
En effet, vous l’aurez compris qu’il s’agit d’un dossier médical qui se caractérise par une volonté d’acquérir de nouveaux équipements hospitaliers et d’augmenter la performance des services et qui est, par conséquent contraire à ceux qui veulent gérer « la misère » à une plus petite échelle.
Quant au volet social, le rapprochement Baudour/ Hornu ne les fera pas rapprocher de la taille critique.
C’est un rapprochement de rationalisation pour essayer de survivre sur une zone plus petite, où il n’y aurait pas de grandes différences entre les services. Cela veut dire que pendant trois ans, chacun gardera sa maternité et que par la suite, celle de Baudour ira à Hornu ou encore que le département soignant notamment le cancer du sein irait de Hornu à Baudour.
Et maintenant, me direz-vous ? J’ai posé une question à un des opérateurs quant à savoir s’il intégrerait le pôle.
Je n’ai pas encore reçu de réponse. Quoi qu’il en soit, si Baudour et Hornu souhaitent rester en-dehors, j’en prendrai acte, mais il est clair également que si Baudour nous rejoint, il pourra entraîner Hornu bien évidemment.
Pour terminer, et l’histoire nous le dira, j’espère que ma démarche fera bouger les choses et que des solutions seront apportées.

Richard Miller - Je remercie M. le Ministre pour sa réponse. En effet, je souhaitais obtenir de sa part, une information, une mise au point et les motivations l’ont conduit à ce projet de fusion.

Je dirais, en ce qui concerne ma famille politique, que la réfl exion va se poursuivre afi n de nous positionner dans l’intérêt des patients. Je le rappelle, il était intéressant d’entendre le Ministre sur ses motivations.

Sur les qualifi catifs employés dans ma question, je rappelle qu’ils ne sont pas de mon fait, mais bien de la Ministre Fonck.