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Mardi 13 février 2007
Au Parlement wallon, en commission des Affaires générales, de la Simplification administrative,des Fonds européens, du Règlement et de la Comptabilité :

QUESTION ORALE DE M. MILLER À M. DI RUPO, MINISTRE-PRÉSIDENT DU GOUVERNEMENTWALLON, SUR "LES EXPORTATIONS DE BIENS ET TECHNOLOGIES À DOUBLE USAGE"

Richard Miller - La Commission européenne a présenté dernièrement une proposition de règlement visant à amender les dispositions communautaires en vigueur en matière de contrôle des biens et technologies à double usage, c'est-à-dire celles qui sont susceptibles d'être utilisées à des fins civiles ou militaires. Cette initiative répond aux objectifs d'améliorer la sécurité et de promouvoir une plus grande coordination des contrôles des exportations au niveau international. Ceci me permet de vous poser une question à l'égard de la problématique des technologies. Quel est votre point de vue sur l'état actuel de la réglementation en matière de technologies à double usage. Comment interprétez-vous l'initiative adoptée par la Commission? Cette initiative répond-elle à une "faille" au niveau de notre système actuel?

 

Bien souvent, les biens à double usage recouvrent un très large éventail dans les domaines de la chimie, biologie nucléaire, optique, lasers électroniques, logiciels, etc. On imagine aisément que de nouvelles technologies à double usage naissent quasi quotidiennement. Il est donc laborieux, pour les pouvoirs publics, de suivre toutes les avancées en la matière. Y a-t-il dès lors une coordination des listings en la matière au niveau international?

 

Quelle est la coopération internationale en la matière?

 

M. Di Rupo, Ministre-Président du Gouvernement wallon. - D'abord, il est heureux d'entendre que "l'imagination est au pouvoir". Je pense qu'il convient d'opérer une distinction entre le règlement européen, en matière de double usage, et les règlements qui sont établis par les différents régimes de contrôle de ces biens.
Le règlement européen auquel vous faites allusion, a été institué par l'Union européenne en 1992. Il vise à définir une approche commune et harmonisée en matière de procédures de contrôle des biens à double usage. Il prévoit notamment la suppression des licences intracommunautaires et la mise en place de procédures
simplifiées entre les États membres, pour certaines catégories de produits. Ce règlement fixe donc un cadre général et porte sur quatre grandes catégories de biens à double usage que sont les biens stratégiques, les produits nucléaires, les technologies des missiles et les précurseurs clés pour armes chimiques. Ces quatre grandes catégories sont traitées séparément au sein de régimes de contrôle, qui regroupent des spécialistes internationaux chargés d'actualiser très régulièrement chaque liste de produits devant être considérée comme des biens à double usage. Pour information, tous les membres de l'Union européenne sont signataires de ces quatre régimes de contrôle.
Depuis l'établissement du règlement européen en 1992, les États membres travaillent sur une base commune pour traiter la question du double usage. Ce règlement a fait l'objet d'une première actualisation en 2000. Il ne s'agissait pas de le modifier de fond en comble, mais bien de tenter de l'améliorer, à la fois en affinant les techniques de contrôle et en tenant compte de l'évolution des méthodes et du contrôle des données. Il a permis notamment de rendre l'instrument juridique plus complet encore.
Une deuxième actualisation de ce texte est envisagée aujourd'hui, par la Commission européenne. Est-ce le souhait de remédier à une faille, ou simplement le souci de prendre en compte l'évolution de nos institutions?
Mon sentiment est plutôt que ce n'est pas une faille, mais bien de vouloir prendre en compte l'évolution des choses. Ce phénomène n'est d'ailleurs pas spécifique et tient d'ailleurs au fait qu'une collaboration ne fonctionne pas de la même manière à 27 qu'un règlement établi pour 12 pays, puis élargi à 15 membres. C'est toute la question de la gouvernance efficace de l'Europe élargie. Cette actualisation devrait, en outre, intégrer un peu plus encore les standards minimaux appliqués par les États membres.
Dans ce cadre, l'initiative de la présidence allemande vise à améliorer certaines procédures concrètes:
- elle vise à introduire le contrôle du transit des biens à double usage. À ce propos, la Belgique et le Grand-duché appliquent, depuis 1992, le système que l'Allemagne souhaite voir aujourd'hui généralisé à l'ensemble de l'Union. Donc, pas d'inquiétude, nous avons de l'avance;
- l'actualisation vise également à mieux définir les informations figurant sur l'autorisation générale communautaire, soit le document européen simplifié qui remplace la licence intracommunautaire. À cet égard, je vous dirai que la Région wallonne utilise déjà un document nettement plus complet que la plupart des pays européens;
- elle vise encore à uniformiser les certificats d'usage final, et vous savez que nous sommes très exigeants en la matière. Il apparaît donc que le processus d'actualisation du règlement européen envisagé aujourd'hui, va permettre essentiellement à certains États membres, notamment ceux qui nous ont rejoints récemment, d'utiliser les méthodes et les documents qui sont déjà d'application dans les autres pays, dont le nôtre.
Quant au régime de contrôle, l'actualisation des listes de produits devrait être considérée comme à double usage, cela ne relève pas du règlement général.
Ce sont les quatre régimes de contrôle que je viens d'évoquer, qui assument une veille en matière d'évolution des différents produits. La Belgique est associée aux travaux de tous les régimes de contrôle, via ces composantes fédérales et/ou régionales. On participe à la réflexion et à l'élaboration de ces listes, et elles assurent une adaptation permanente des pratiques, puisqu'à chaque modification, la liste concernée nous est transmise en copie avancée, et devient applicable environ un mois plus tard dans tous les États membres de l'Union européenne. Par ailleurs, une coopération internationale est également appliquée dans le cadre de ce qu'on appelle une procédure de consultation, permettant aux États membres de confronter leurs points de vue sur des transactions qui impliquent des produits à double usage. Cette procédure est régulièrement utilisée par nos partenaires allemands et français, chaque fois qu'un sous-traitant wallon est partie prenante dans une exportation française ou allemande de biens à double usage.
Deux informations, en guise de conclusion:
- d'abord, le commerce de produits à double usage concerne très majoritairement la Flandre. Les statistiques le confirment d'ailleurs, puisqu'elles montrent qu'en 2006, seuls dix dossiers de double usage ont été introduits auprès du Gouvernement wallon;
- qu'à cela ne tienne, cette question étant à la fois technique et sensible, l'administration wallonne dispose, depuis février 2006, d'un ingénieur chimiste, chargé notamment de gérer ces demandes à double usage et de suivre les travaux du régime de contrôle. Voilà ce qui me permet de dire, avec une certaine force, que la Région wallonne assure donc un contrôle aussi strict et rigoureux en matière de biens à double usage que pour ce qui concerne les armes conventionnelles.

 

Richard Miller - Je remercie M. le Ministre-Président pour sa réponse. La complexité de l'ensemble montre bien que c'est une matière très "chaude" à laquelle il faut être extrêmement attentif. Je me réjouis que ce soit le cas en Région wallonne.

 

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