Mardi 13 octobre 2009
Au Parlement de la Communauté française, en commission de la Culture, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la presse, du Cinéma, de la Santé et de l'Egalité des chances, question orale de Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des chances, relative à " l'émission de la RTBF 'Les douze travaux de Michel Daerden' "

Richard Miller - J'ai été étonné d'apprendre que le prochain invité de l'émission " Les douze travaux " était Michel Daerden.
Après Justine Henin, star mondiale du tennis, porte-drapeau du sport belge à travers le monde, exemple pour de nombreuses personnes tant par sa détermination à arriver au sommet du tennis que par son courage et sa force, c'est donc au tour du ministre Daerden d'être l'invité de cette émission.
Je suppose que c'est culturel, qu'il y a là une hygiène de vie.
Sans m'ériger en juge de la vie de M. Daerden, que par ailleurs j'aime beaucoup, ni des programmes de la RTBF, je considère que la pertinence de cette invitation pose problème puisqu'un ministre fédéral est invité par la RTBF à participer à une émission de divertissement s'adressant au grand public.
Combien coûte cette émission ? Relève-t-elle bien exclusivement du domaine récréatif ? Ne s'agit-il pas d'une publicité politique déguisée ? La commission chargée des communications gouvernementales a-t-elle donné son autorisation ? La RTBF a-t-elle d'autres projets de ce genre dans ses cartons ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Egalité des chances. - En ce début de législature, je crois utile de rappeler, spécialement à celles et ceux qui viennent de rejoindre cette assemblée parlementaire, qu'il ne m'appartient pas, en tant que ministre de l'Audiovisuel, de porter un quelconque jugement d'opportunité sur les émissions programmées et diffusées par la RTBF. Seul le conseil d'administration de la RTBF est habilité à s'exprimer et à assumer une responsabilité dans le domaine de la programmation. C'est d'ailleurs pourquoi j'invite votre assemblée à être particulièrement attentive à la prochaine désignation des administrateurs de cet organisme de service public. Cela étant, c'est bien volontiers que je vous apporte les éléments de réponse qui m'ont été fournis par l'administrateur général de la RTBF. Le concept de base de l'émission " Les douze travaux de " vise à soumettre une personnalité belge issue du monde du spectacle, de la chanson, des médias, du cinéma, de la politique ou du sport, à douze défis ludiques inspirés par sa vie, sa carrière, sa personnalité. Ce concept permet de présenter une personnalité médiatique en découvrant certaines de ses facettes méconnues en la mettant essentiellement à contre-emploi. Ce principe permet de faire avant tout une émission de divertissement susceptible de plaire à un grand nombre de téléspectateurs. À cet égard, il faut signaler que la première émission consacrée à Justine Henin a fait une audience de quatre cent mille téléspectateurs, soit 25 % de parts de marché. Il s'agit donc d'une audience très élevée pour La Une en prime time. Compte tenu de ces indications, il faut considérer que " Les douze travaux de " est une nouvelle émission de divertissement qui cadre avec les exigences du contrat de gestion de la RTBF en matière de divertissement et d'objectifs d'audience. Sur le plan de la déontologie, je tiens à préciser qu'il s'agit bien ici d'une émission de divertissement et non d'une émission d'informations. Elle peut être comparée à l'émission " Vivement dimanche " programmée par France 2 depuis 2004, pour citer un exemple proche et bien connu du public francophone belge. Quant au coût de production de cette émission, la RTBF me précise qu'il est normal pour une émission de divertissement. Je suis plus que dubitative sur le fait que cette émission puisse être assimilée à une communication gouvernementale ou à de la publicité politique déguisée. Vous constaterez qu'il s'agit d'un choix éditorial de la RTBF et non d'une initiative du ministre. Cependant, si un doute continue à vous tarauder, il conviendrait que vous en parliez à un de vos collègues du fédéral. Michel Daerden est en effet ministre fédéral et c'est donc à la commission compétente de la Chambre des représentants de statuer sur cette question en premier et dernier ressort.
Concernant l'installation d'un studio permanent de la RTBF au boulevard de l'Empereur, je partage votre avis mais comme le message du PS va bien au-delà du seul public de la RTBF, je puis vous assurer que les équipes de télévision des chaînes concurrentes continueront à y être bien accueillies.
Monsieur Miller, je connaissais déjà votre aversion pour les séries télévisées américaines. Après la question que vous me posez aujourd'hui, je crains qu'il faille désormais ajouter les émissions de divertissement de la RTBF à la liste de ce qui vous déplaît à la télévision. J'en veux pour preuve le coup de griffe que vous adressez au passage à la chaîne, à moins que ce qui vous insupporte, ce soit seulement la présence de Freddy Thielemans, le maïeur socialiste de Bruxelles, dans le dernier numéro de cette émission. Dans un cas comme dans l'autre, voici quelques précisions à ce sujet. Le concept de l'émission de la chaîne est entièrement basé sur le hasard lié aux démarches effectuées par un candidat dans le cadre de la recherche de quatre personnes. Ces quatre maillons de la chaîne doivent chacun aider le candidat à répondre à une série de cinq questions sur un thème prédéfini. Le profil de chaque maillon, forgé par l'équipe de production de l'émission en amont de la journée de tournage, est imposé au candidat. Dans l'émission que vous épinglez, le candidat, par ailleurs président de l'association des forains, devait trouver comme quatrième maillon " un employé de l'hôtel de ville ". Pour trouver celui-ci, le candidat s'est naturellement présenté à l'hôtel de ville de Bruxelles mais l'épreuve se déroulait en fin d'après-midi, c'est-àdire en dehors des heures de travail. Après qu'un guide encore présent au rez-dechaussée a refusé de participé à l'émission, le candidat n'a pas eu d'autre choix que de se tourner vers l'employé encore présent dans les murs de l'hôtel de ville : le bourgmestre. Avec le sens du service au citoyen qu'on lui connaît, Freddy Thielemans a accepté volontiers de jouer le jeu bien qu'il fût en rendez-vous avec M. Louis Michel, visible à l'écran. Celui-ci aurait sans doute fait de même s'il s'était agi de la cité de la Gadaille. J'ose espérer que ce n'est pas cette apparition furtive qui a provoqué chez vous l'aversion pour la chaîne que le MR diabolise depuis quelques décennies déjà. Il n'y a pas lieu de faire un nouveau procès en sorcellerie à la RTBF et au PS. De plus, je tiens à préciser que vous ne m'avez même pas énervée.

Richard Miller - Pour ma part, vous m'avez un peu énervé ! Quant à la présence de M. Daerden, ministre du gouvernement fédéral, vous me conseillez de demander l'intervention d'un membre d'une assemblée fédérale. Cette question pourrait être traitée au sein de la commission ad hoc.
Nous avons souvent parlé des séries américaines.
Si je ne les aime pas, cela relève d'un choix personnel, mais j'estime qu'une chaîne de service public financée pour des missions précises n'a pas à diffuser de telles séries parfaitement visibles sur des chaînes privées. Pour reprendre un argument utilisé par M. Nollet, l'argent que l'on retire aux écoles va être utilisé pour que la RTBF diffuse Californication.
Quant à la soi-disant aversion des libéraux pour la RTBF, fin des années 1990 et début 2000, alors que les difficultés budgétaires étaient épouvantables, ce sont les ministres libéraux qui ont continué à financer la RTBF grâce au plan " Magellan ". Je refuse donc votre attaque. Nous voulons simplement que la RTBF remplisse ses missions de service public.