Richard
Miller - J'ai été étonné d'apprendre que le
prochain invité de l'émission " Les douze travaux "
était Michel Daerden.
Après Justine Henin, star mondiale du tennis, porte-drapeau du sport
belge à travers le monde, exemple pour de nombreuses personnes tant
par sa détermination à arriver au sommet du tennis que par son
courage et sa force, c'est donc au tour du ministre Daerden d'être l'invité
de cette émission.
Je suppose que c'est culturel, qu'il y a là une hygiène de vie.
Sans m'ériger en juge de la vie de M. Daerden, que par ailleurs j'aime
beaucoup, ni des programmes de la RTBF, je considère que la pertinence
de cette invitation pose problème puisqu'un ministre fédéral
est invité par la RTBF à participer à une émission
de divertissement s'adressant au grand public.
Combien coûte cette émission ? Relève-t-elle bien exclusivement
du domaine récréatif ? Ne s'agit-il pas d'une publicité
politique déguisée ? La commission chargée des communications
gouvernementales a-t-elle donné son autorisation ? La RTBF a-t-elle
d'autres projets de ce genre dans ses cartons ?
Mme
Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé
et de l'Egalité des chances. - En ce début de législature,
je crois utile de rappeler, spécialement à celles et ceux qui
viennent de rejoindre cette assemblée parlementaire, qu'il ne m'appartient
pas, en tant que ministre de l'Audiovisuel, de porter un quelconque jugement
d'opportunité sur les émissions programmées et diffusées
par la RTBF. Seul le conseil d'administration de la RTBF est habilité
à s'exprimer et à assumer une responsabilité dans le
domaine de la programmation. C'est d'ailleurs pourquoi j'invite votre assemblée
à être particulièrement attentive à la prochaine
désignation des administrateurs de cet organisme de service public.
Cela étant, c'est bien volontiers que je vous apporte les éléments
de réponse qui m'ont été fournis par l'administrateur
général de la RTBF. Le concept de base de l'émission
" Les douze travaux de " vise à soumettre une personnalité
belge issue du monde du spectacle, de la chanson, des médias, du cinéma,
de la politique ou du sport, à douze défis ludiques inspirés
par sa vie, sa carrière, sa personnalité. Ce concept permet
de présenter une personnalité médiatique en découvrant
certaines de ses facettes méconnues en la mettant essentiellement à
contre-emploi. Ce principe permet de faire avant tout une émission
de divertissement susceptible de plaire à un grand nombre de téléspectateurs.
À cet égard, il faut signaler que la première émission
consacrée à Justine Henin a fait une audience de quatre cent
mille téléspectateurs, soit 25 % de parts de marché.
Il s'agit donc d'une audience très élevée pour La Une
en prime time. Compte tenu de ces indications, il faut considérer que
" Les douze travaux de " est une nouvelle émission de divertissement
qui cadre avec les exigences du contrat de gestion de la RTBF en matière
de divertissement et d'objectifs d'audience. Sur le plan de la déontologie,
je tiens à préciser qu'il s'agit bien ici d'une émission
de divertissement et non d'une émission d'informations. Elle peut être
comparée à l'émission " Vivement dimanche "
programmée par France 2 depuis 2004, pour citer un exemple proche et
bien connu du public francophone belge. Quant au coût de production
de cette émission, la RTBF me précise qu'il est normal pour
une émission de divertissement. Je suis plus que dubitative sur le
fait que cette émission puisse être assimilée à
une communication gouvernementale ou à de la publicité politique
déguisée. Vous constaterez qu'il s'agit d'un choix éditorial
de la RTBF et non d'une initiative du ministre. Cependant, si un doute continue
à vous tarauder, il conviendrait que vous en parliez à un de
vos collègues du fédéral. Michel Daerden est en effet
ministre fédéral et c'est donc à la commission compétente
de la Chambre des représentants de statuer sur cette question en premier
et dernier ressort.
Concernant l'installation d'un studio permanent de la RTBF au boulevard de
l'Empereur, je partage votre avis mais comme le message du PS va bien au-delà
du seul public de la RTBF, je puis vous assurer que les équipes de
télévision des chaînes concurrentes continueront à
y être bien accueillies.
Monsieur Miller, je connaissais déjà votre aversion pour les
séries télévisées américaines. Après
la question que vous me posez aujourd'hui, je crains qu'il faille désormais
ajouter les émissions de divertissement de la RTBF à la liste
de ce qui vous déplaît à la télévision.
J'en veux pour preuve le coup de griffe que vous adressez au passage à
la chaîne, à moins que ce qui vous insupporte, ce soit seulement
la présence de Freddy Thielemans, le maïeur socialiste de Bruxelles,
dans le dernier numéro de cette émission. Dans un cas comme
dans l'autre, voici quelques précisions à ce sujet. Le concept
de l'émission de la chaîne est entièrement basé
sur le hasard lié aux démarches effectuées par un candidat
dans le cadre de la recherche de quatre personnes. Ces quatre maillons de
la chaîne doivent chacun aider le candidat à répondre
à une série de cinq questions sur un thème prédéfini.
Le profil de chaque maillon, forgé par l'équipe de production
de l'émission en amont de la journée de tournage, est imposé
au candidat. Dans l'émission que vous épinglez, le candidat,
par ailleurs président de l'association des forains, devait trouver
comme quatrième maillon " un employé de l'hôtel de
ville ". Pour trouver celui-ci, le candidat s'est naturellement présenté
à l'hôtel de ville de Bruxelles mais l'épreuve se déroulait
en fin d'après-midi, c'est-àdire en dehors des heures de travail.
Après qu'un guide encore présent au rez-dechaussée a
refusé de participé à l'émission, le candidat
n'a pas eu d'autre choix que de se tourner vers l'employé encore présent
dans les murs de l'hôtel de ville : le bourgmestre. Avec le sens du
service au citoyen qu'on lui connaît, Freddy Thielemans a accepté
volontiers de jouer le jeu bien qu'il fût en rendez-vous avec M. Louis
Michel, visible à l'écran. Celui-ci aurait sans doute fait de
même s'il s'était agi de la cité de la Gadaille. J'ose
espérer que ce n'est pas cette apparition furtive qui a provoqué
chez vous l'aversion pour la chaîne que le MR diabolise depuis quelques
décennies déjà. Il n'y a pas lieu de faire un nouveau
procès en sorcellerie à la RTBF et au PS. De plus, je tiens
à préciser que vous ne m'avez même pas énervée.
Richard
Miller - Pour ma part, vous m'avez un peu énervé ! Quant
à la présence de M. Daerden, ministre du gouvernement fédéral,
vous me conseillez de demander l'intervention d'un membre d'une assemblée
fédérale. Cette question pourrait être traitée
au sein de la commission ad hoc.
Nous avons souvent parlé des séries américaines.
Si je ne les aime pas, cela relève d'un choix personnel, mais j'estime
qu'une chaîne de service public financée pour des missions précises
n'a pas à diffuser de telles séries parfaitement visibles sur
des chaînes privées. Pour reprendre un argument utilisé
par M. Nollet, l'argent que l'on retire aux écoles va être utilisé
pour que la RTBF diffuse Californication.
Quant à la soi-disant aversion des libéraux pour la RTBF, fin
des années 1990 et début 2000, alors que les difficultés
budgétaires étaient épouvantables, ce sont les ministres
libéraux qui ont continué à financer la RTBF grâce
au plan " Magellan ". Je refuse donc votre attaque. Nous voulons
simplement que la RTBF remplisse ses missions de service public.