Mardi
13 octobre 2009
Au Parlement de la Communauté française,
en commission de la Culture, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la presse,
du Cinéma, de la Santé et de l'Egalité des chances, question
orale de Richard de Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de
la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité
des chances, relative au " sous-titrage des interviews des émissions
et des JT de la RTBF "
Richard
Miller - J'ignorais que l'on ne pouvait introduire une question sur un
même sujet avant un certain délai. J'y serai attentif la prochaine
fois. Je voulais revenir sur la réponse que vous aviez faite à
ma question posée au cours d'une précédente séance
de commission, relative aux sous-titrages des interviews lors des émissions
et des JT de la RTBF.
Si elle n'explique pas tout, la différence de méthodologie dans
l'apprentissage des langues entre la Flandre et la Wallonie est flagrante.
Les Flamands sont nettement plus performants en langues étrangères
que les Wallons et les francophones bruxellois. Ne pensez-vous pas que cela
tient en grande partie au fait que les programmes télévisuels
en Flandre, informations, divertissements et films, sont diffusés en
version originale sous-titrée ?
Permettez-moi de revenir à la question de la mission culturelle de
la RTBF qui me tient tant à coeur. Comment voulez-vous que les francophones
de Belgique progressent dans l'apprentissage des langues quand tout leur est
pré-mâché et traduit comme c'est le cas maintenant ? On
ne donne pas au téléspectateur la possibilité d'entendre
de l'anglais, du néerlandais ou de l'allemand et d'apprendre. Ainsi
entend-on Van Rompuy, Clijsters, Obama, Sharon Stone, Al Pacino parler en
français.
Or nous disposons d'un instrument qui permet d'éveiller les téléspectateurs
francophones à d'autres langues. Un film diffusé en version
originale représente pendant une heure trente un exercice aisé
de compréhension à l'audition. Un rapide calcul indique que
de nombreuses heures de cours sont nécessaires pour égaler une
semaine d'émission diffusée en version originale.
Lors de la réunion précédente de la commission, vous
avez répondu qu'" une extension de ladiffusion en version originale
sous-titrée de films, séries et documentaires pourrait poser
la question de l'identité francophone des émissions de la RTBF
". Madame la ministre, ce n'est pas le soustitrage qui pose la question
de l'identité francophone mais bien la diffusion de programmes qui
n'entrent pas dans le cadre des missions de service public de la RTBF, et
donc de son identité.
Les missions de service public de la RTBF seraient bien mieux remplies avec
la diffusion d'émissions conformes à ses missions. Il ne suf-
fit pas de diffuser des séries en français pour se conformer
aux missions.
Vous avez également évoqué la préférence
persistante du public francophone pour les œuvres doublées. Ne
vous méprenez pas sur mes propos, il n'est pas dans mes intentions
de vous demander de faire de la RTBF une chaîne néerlandophone
ou anglophone. Cependant, il est nécessaire de donner aux téléspectateurs
la possibilité d'entendre des émissions en version originale
sous-titrée. À l'heure où la Belgique se prépare
à présider l'Union européenne, une présidence
à laquelle la Communauté française sera associée,
je pense qu'en s'ouvrant à des films, des émissions, des réalisations
en provenance d'autres chaînes et diffusées en langue originale,
la RTBF assumerait mieux encore sa mission de service public.
Mme
Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé
et de l'Egalité des chances. - Je serai brève dans la mesure
où j'ai déjà répondu régulièrement
aux questions du soustitrage.
Je n'ai pas eu l'occasion de vérifier si les Flamands ont effectivement
une meilleure connaissance des langues étrangères que les francophones.
Je constate toutefois que les jeunes Flamands connaissent moins bien le français
que leurs aînés. Les interviews télévisées
de sportifs et responsables politiques sur la RTBF et sur d'autres chaînes
francophones l'indiquent clairement. Mais venons-en à l'objet de notre
discussion qui est la question du sous-titrage d'émissions de la RTBF.Le
contrat de gestion de la RTBF détaille les missions traditionnelles
de service public en radio-télévision qui comportent autant
l'information que la culture et le divertissement. Gardons cela à l'esprit.
Idéalement, je vous rejoins sur l'intérêt à diffuser
des films en version originale allemande, anglaise ou néerlandaise
et de proposer des interviews sous-titrées. Mais il faut trouver un
équilibre entre éducation et divertissement, entre éducation
et accès à l'information. Et il faut trouver des disponibilités
budgétaires et des copies de films doublés et en version originale.
D'autres langues pratiquées par d'importantes minorités culturelles
en Belgique ou représentatives de groupes linguistiques importants
dans le monde devraient bénéficier au moins occasionnellement
d'un traitement comparable.
Richard
Miller - La remarque à propos d'une connaissance moins grande de
la langue française par les jeunes flamands aujourd'hui est tout à
fait exacte. Malheureusement, c'est le résultat de choix politiques
de la Communauté flamande. Je voudrais connaître le nombre d'émissions
réalisées en langue française qui sont diffusées
par les chaînes flamandes. Je crois que la télévision
flamande diffuse plus volontiers des émissions en anglais ou en allemand
plutôt qu'en français. C'est donc un choix politique.
Je retiens votre intérêt pour cette question. Il faut aussi prendre
en considération les personnes qui ne relèvent pas de la catégorie
de " téléspectateurs moyens ", à savoir les
étudiants qui essaient d'apprendre les langues étrangères
ou les personnes qui apprennent une langue dans le but de trouver un emploi.
La RTBF aiderait ces personnes en diffusant davantage d'émissions en
langue originale.