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Mardi 15 avril 2008
Au Parlement wallon, en Commission des Affaires générales, de la Simplification administrative, des Fonds européens, du Règlement et de la Comptabilité

QUESTION ORALE DE M. MILLER A M. DEMOTTE, MINISTRE-PRESIDENT DU GOUVERNEMENT WALLON SUR " LA LOI SUR LA TRANSPARENCE DES ACTES ADMINISTRATIFS ET LES LICENCES D'EXPORTATION D'ARMES "

Richard Miller - Le 2 mai 2007, la Cour d'appel de Bruxelles condamnait l'Etat belge pour
avoir insuffisamment motivé son refus de transmettre à une asbl flamande, " Vredesactie ", des documents sur les exportations et importations d'armes pour la période de 1991 à 2001 (soit une période qui se situe avant la régionalisation de la compétence).

 

En 2002, cette même association avait demandé au Gouvernement fédéral des informations pour la période 1991-2001 sur les exportations d'armes. Elle se basait sur la loi relative à la transparence des actes administratifs. Faute d'avoir obtenu ces informations, la justice fut saisie. A cette occasion, la Cour d'appel de Bruxelles souligna que le fait d'invoquer des répercussions sur l'ordre public, la sécurité ou la défense du pays, sans autre élément plus précis était contraire à la loi sur la transparence des actes administratifs.

 

Pour l'asbl flamande, " les rapports semestriels officiels contiennent trop peu d'informations pour pouvoir porter un regard critique ". Vredesactie estime par ailleurs qu'il y a trop peu de données sur la nature et le destinataire final des exportations.

 

Depuis 2003, les Régions sont désormais compétentes en matière d'exportations d'armes. Pour Vredesactie, " les informations sont depuis lors meilleures en Flandre tandis que, pour la Wallonie, la situation a empiré ".

 

Monsieur le Ministre-Président, pouvez-vous nous préciser si des informations précises sur les licences d'armes sont sollicitées - par des associations, des citoyens, des universités … - auprès de votre Département ? Dans l'affirmative, quelles sont les informations transmises par vos services ?

 

De manière générale, comment concilier la loi sur la transparence des actes administratifs et les licences d'armes ?

 

Enfin, au vu de la remarque de Vredesactie sur la situation en Wallonie qui, selon eux, s'est empirée, quelle est la réponse du Gouvernement ?

 

M. Rudy Demotte, Ministre-Président du Gouvernement wallon. - J'ai pris connaissance de la condamnation de l'Etat belge par la Cour d'appel de Bruxelles, pour sa décision de ne pas communiquer, entre 1991 et 2001, des documents sur les exportations et importations d'armes à une asbl flamande.
Je note également que la Cour a considéré comme non fondé le fait, pour l'Etat fédéral, d'invoquer des répercussions sur l'ordre public, la sécurité ou la défense du pays, argument que l'Etat avait vraisemblablement avancé en vertu de l'article 6, paragraphe 1er alinéa 4 de la loi du 11 avril 1994 relative à la publicité de l'Administration.
Considérant ces éléments, je me permettrai, à ce stade, de formuler deux remarques préliminaires.
Tout d'abord, depuis 2002, date de l'action en justice de l'asbl Vredesactie, la situation juridique a considérablement changé. En effet, non seulement les Régions sont désormais compétentes en matière d'exportation, d'importation et de transit d'armes, mais la loi fédérale du 5 août 1991 régissant cette matière a aussi été modifiée.
Cette modification, opérée en mars 2003, a notamment permis de faire figurer les critères du Code de conduite européen dans la loi belge, les rendant de ce fait juridiquement contraignants (article 4). Cette modification a, en outre, ajouté l'obligation, pour le Gouvernement, de rédiger des rapports semestriels, en plus du rapport annuel, imposé depuis 1991 (article 17).
La nouveauté qui nous intéresse particulièrement dans ce cas précis, tient donc dans l'obligation désormais imposée au Gouvernement de présenter au Parlement des rapports semestriels concernant - je cite l'article 17 - " les licences accordées et refusées pour les marchandises relevant de la présente loi, avec, pays par pays, le montant total et le nombre de licences réparties par catégorie de destination et par catégorie de matériel ".
Les membres de la sous-Commission " armes " sont bien placés pour savoir que c'est exactement ce que nous faisons.
De plus, l'article 17 tel que modifié en 2003 stipule - et il me semble essentiel de le souligner - que, " sans préjudice des dispositions précitées, il sera veillé à ce qu'aucune information préjudiciable aux entreprises ne soit communiquée ".
Cette référence introduite en 2003 dans la loi de 1991 m'amène à ma seconde remarque préliminaire, à savoir que, depuis le changement de législation, c'est plutôt l'alinéa 7 du paragraphe 4 de l'article 6 de la loi du 11 avril 1994 sur la publicité dans l'Administration qui me paraît déterminant, alinéa que vise " le caractère par nature confidentiel des informations d'entreprise ou de fabrication communiquées à l'autorité ". Ce critère justifie la non publication d'actes posés par l'Administration.
Concernant maintenant la situation en Wallonie, depuis 2003. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le signaler aux membres de la sous-Commission parlementaire " arme ", depuis la régionalisation de la compétence, le Gouvernement wallon a appliqué à la lettre la loi du 5 août 1991 (modifiée en 2003), tant en matière de contenu que de présentation au Parlement des rapports annuels et semestriels.
Ces rapports semestriels apportent, de ce fait, des informations relativement précises sur les octrois et refus enregistrés.
Compte tenu du nombre peu élevé d'entreprises wallonnes actives dans le secteur défense - une petite trentaine au total -, les informations fournies dans ces rapports permettent d'identifier, de manière relativement aisée, les entreprises directement concernées par les décisions gouvernementales.
C'est pourquoi, par essence, le contenu du rapport semestriel, s'il était rendu public, pourrait, dans une certaine mesure, être préjudiciable aux entreprises concernées, une situation que veut justement éviter l'article 17 de la loi de 1991 et la loi de 1994 sur la publicité de l'Administration.
Dans le respect de ces deux références légales, le Gouvernement wallon est, en outre, particulièrement soucieux de permettre l'exercice plein et entier du contrôle parlementaire sur les actes de l'Exécutif.
? cet égard, je rappellerai que, lors de la régionalisation de la compétence en 2003, dans le contexte passionnel que nous connaissions à l'époque, le Parlement avait souhaité faire en sorte que cette compétence puisse être exercée de manière constructive et apaisée. Et donc que chacun - aussi bien le Parlement que le Gouvernement - puisse travailler dans une totale sérénité, à l'abri des préjugés de nature communautaire qui ont parfois miné les débats au sein du Parlement fédéral et conduit à la régionalisation de la compétence.
C'est pourquoi une sous-Commission parlementaire chargée du contrôle des exportations d'armes a été créée.
Et qu'il a été décidé que celle-ci se réunirait à huis clos avec obligation, pour ses Membres, de respecter la confidentialité des débats. Ce fut le choix concerté de l'autorité wallonne, du Parlement comme du Gouvernement.
Cette Commission - vous le savez - a essentiellement pour mission d'opérer un contrôle a posteriori sur les décisions du Gouvernement, notamment par l'intermédiaire de la présentation des rapports semestriels.
Dans le prescrit légal et dans l'esprit que j'ai rappelé, la communication d'informations confidentielles par le Gouvernement est exclusivement réservée au Parlement wallon. Et, dans certains cas précis, à des services fédéraux ou régionaux avec lesquels nous souhaitons opérer une concertation sur certains dossiers. Je pense essentiellement au Ministère fédéral des Affaires étrangères, à la Sûreté de l'Etat ou à une autre Région.
Dès lors, concrètement, si nos services sont sollicités par des universités, des associations ou des particuliers, ils communiquent uniquement à ceux-ci des informations qui relèvent du domaine public.
Doit-on modifier le système ?
Voilà donc la situation telle qu'elle existe aujourd'hui et le pourquoi de cet état de fait.
Ceci rappelé, même si j'ai la conviction que l'attitude du Gouvernement wallon depuis 2003 est tout à fait conforme aux lois et respectueuse des grands principes administratifs actuellement en vigueur, j'ai pleinement conscience du fait que notre attitude légaliste peut donner une impression de secret, voire induire une certaine suspicion.
Comme le fait justement remarquer M. le Député Richard Miller, il n'est pas rare que des comparaisons peu flatteuses pour la Région wallonne soient faites entre sa pratique et celle de la Flandre.
Nous connaissons d'ailleurs le poids des préjugés en cette matière également.
A ce propos, je me permettrai d'attirer brièvement votre attention sur le fait que cette différence d'attitude entre autorités flamandes et wallonnes est sans doute partiellement liée aux spécificités de nos industries de défense.
En effet, alors que la Région wallonne doit généralement prendre position sur des transactions potentielles entre producteurs-ensembliers et destinataires finaux, la Flandre est amenée à se positionner plus souvent sur des livraisons entre des sous-traitants flamands et des ensembliers européens ou américains.
Outre le fait que les destinations sont, dès lors, généralement moins sensibles, il est clair que la nécessité de protéger la politique commerciale des entreprises est nettement plus présente lorsque - comme en Wallonie - tous les termes de la transaction potentielle sont clairement identifiés, de la nature précise de l'équipement au destinataire final.
Je vous le redis, notre position est parfaitement cohérente !
Ceci étant, il est légitime de se demander si nous devons camper sur notre position, au risque de renforcer cette perception négative de la part du public ou si, au contraire, nous devons envisager des modifications de notre fonctionnement.
Personnellement, je suis tout à fait ouvert à une réflexion sur le sujet.
Le Gouvernement wallon a d'ailleurs déjà considérablement affiné l'information publiée dans son rapport annuel, notamment en ce qui concerne les destinations finales des exportations autorisées et en offrant une estimation particulièrement fiable du volume réel de nos exportations de matériel militaire ; une information que ne communique actuellement pas la Région flamande.
Cette réflexion doit cependant être menée dans la sérénité et la concertation. Elle doit nécessairement prendre en considération les aspects juridiques, politiques et économiques de cette problématique, a fortiori, si elle doit éventuellement mener à une modification de l'approche institutionnelle wallonne de la question de l'exportation, l'importation et le transit de matériel militaire.
Je proposerai donc à l'Assemblée d'entamer cette réflexion ...
Et de le faire dans l'ouverture, en y associant des juristes, des représentants du monde économique, des représentants du monde associatif et, bien entendu, les spécialistes techniques de la matière.
Il est, en effet, impératif d'entendre le point de vue, les arguments, les attentes de chacun, si nous ne voulons pas agir sous le coup d'une impression sans en mesurer toutes les implications.
Pour ce qui me concerne, je puis d'ores et déjà vous assurer que je me rangerai à l'avis qui sera exprimé au terme de cette réflexion globale, dans la mesure où celle-ci aura été menée avec toutes les parties prenantes et dans le cadre législatif qui s'impose à nous.

 

Richard Miller - Je vous remercie très sincèrement pour cette réponse extrêmement complète.

 

Vous avez judicieusement souligné le fait que les contrats sont différents en Wallonie et en Flandre et que cet état de fait conditionne notre attitude par rapport aux informations divulguées.

 

Vous avez ouvert le champ de la réflexion de manière très complète. Je vous en remercie. Nous n'avons pas toujours été confrontés ici à une telle attitude. Vous êtes ouvert à la réflexion, à condition que celle-ci soit complète et structurée. Vous avez également ajouté que vous respecteriez le Parlement sur cette question.

 

C'est avec impatience que j'attends de voir le début de ces travaux.

 

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