Actualité :
PARLEMENT DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE
- Session 2004-2005 - 15 FÉVRIER 2005
PROPOSITION DE RÉSOLUTION RELATIVE À
LA PROPOSITION DE DIRECTIVE SUR LES SERVICES DANS L’UNION
EUROPÉENNE
DÉPOSÉE PAR M. LÉON
WALRY ET MME ANNE-MARIE CORBISIER-HAGON, MM. MARCEL CHERON ET
RICHARD MILLER, MMES VÉRONIQUE JAMOULLE ET AMINA DERBAKI
SBAÏ ET M. PAUL GALAND.
DÉVELOPPEMENTS
La Commission européenne a présenté
au Conseil des Ministres de l’Union européenne et
au Parlement européen une proposition de directive relative
aux services dans le Marché intérieur. Cette proposition
a pour objectif de faciliter la liberté d’établissement
des prestataires de services dans les Etats membres et la libre
circulation des services entre Etats membres. La proposition de
directive vise la suppression des entraves à l’exercice
de ces libertés. Concrètement, la proposition de
directive envisage tous les types de services et les traitent
de manière identique. Or, certains secteurs comme l’enseignement,
la santé, la culture, l’audiovisuel ne peuvent être
traités comme les autres et être soumis aux simples
lois du marché et à ses dérives. Ils doivent
plutôt répondre à des exigences particulières
en termes de garantie d’accessibilité, de financement,
de préservation de la diversité ou de soustraction
aux règles de la concurrence. Et dès lors, ils doivent
être exclus du champ de la directive, compte tenu des missions
qui leur sont spécifiques. En outre, les services visés
par la proposition de directive seraient soumis à la simple
règle du pays d’origine, règle qui, si elle
devait être appliquée, permettrait aux opérateurs
de s’implanter dans l’un des Etats membres les moins
avancés au niveau des législations sociales, environnementales
ou fiscales et opérer ainsi dans le reste de l’Union
au départ de ces cadres législatifs. Cette directive
ne se contente pas de rester vague sur les différentes
catégories de services visés. Elle met à
mal les fonctions mêmes des services publics qui sont ici
indirectement considérés comme à des barrières
au développement du marché intérieur des
services. Une autre approche doit s’imposer. Plutôt
que de s’engager dans la voie d’une déréglementation
en remettant en cause les autorités publiques dans des
fonctions de base qui participent directement au bien-être
de tout un chacun, il importe, bien au contraire, d’harmoniser
progressivement au niveau de l’Union, un certain nombre
de législations sociales et environnementales en veillant
à prendre en référence la législation
européenne la plus avancée. Ce cadre devrait permettre
en premier lieu de combattre les pratiques de dumping sur les
plans social, environnemental, juridique et fiscal, tout en précisant
bien et en protégeant la notion de service d’intérêt
général. Tout autre démarche s’apparenterait
à une déréglementation du modèle social
européen qui renferme des acquis obtenus au prix de longues
luttes pour placer les forces du marché au service de l’être
humain et non l’inverse. Face à ce risque, une réflexion
globale est nécessaire, au plan européen comme au
plan international, afin que les problématiques liées
au marché du travail, aux politiques d’éducation,
de culture et d’audiovisuel, à la protection et à
la gestion de nos écosystèmes ou aux systèmes
de santé qui doivent garantir le bien-être, trouvent
des réponses communes pour éviter toute forme de
concurrence stérile qui conduirait à une disparition
progressive des législations nationales dans ces domaines.
Inévitablement, cette proposition de directive menacerait
la place que nous voulons donner aux services publics en Belgique
ou au niveau européen. La définition minimaliste
de ces services conduit à leur éradication progressive
et, partant, à la suppression du service au citoyen et
au renforcement des inégalités.
PROPOSITION DE RÉSOLUTION RELATIVE
À LA PROPOSITION DE DIRECTIVE SUR LES SERVICES DANS L’UNION
EUROPÉENNE
Le Parlement de la Communauté française,
Compte tenu du champ d’application extrêmement large
et du flou juridique qui entoure la proposition de directive ;
Compte tenu du fait que sont visés par la proposition de
directive, malgré l’affirmation contenue dans l’exposé
des motifs, l’enseignement, la santé, la culture
et l’audiovisuel ; Compte tenu de la nécessité
de définir juridiquement la notion de services d’intérêt
général et de les protéger de toute velléité
de marchandisation, et, compte tenu de la nécessité
de distinguer les services d’intérêt général
économiques des services d’intérêt général
non économiques ; Eu égard à la consultation
toujours en cours sur le Livre vert relatif aux services d’intérêt
général ;
Compte tenu des risques que présente
la généralisation du principe du pays d’origine,
et, entre autres, du risque de voir les prestataires de services
contourner les règles applicables dans le pays d’accueil
et du risque de dumping social, environnemental, juridique et
fiscal ;
Compte tenu que, dans les secteurs de l’enseignement,
de la santé, de la culture et de l’audiovisuel, il
est nécessaire de préserver la capacité des
pouvoirs publics à réguler les services prestés
sur leurs territoire ; compte tenu du fait que ces matières
ne peuvent être abandonnées aux seules lois du marché
;
Compte tenu des prises de positions adoptées
par les syndicats, les pouvoirs publics divers, les ONG tant au
niveau national qu’au niveau européen ;
Compte tenu de la proposition de résolution
adopté par le Parlement de la Communauté française
le 21 septembre 2001 relative à la conférence ministérielle
de l’Organisation Mondiale du Commerce prônant notamment
l’exclusion du champ d’application du GATS les services
qui portent une reconnaissance universelle de l’égalité
entre les êtres humains tels que la santé, l’éducation
et le secteur de l’emploi ;
Compte tenu de la nécessité
de maintenir le principe de subsidiarité développé
tout au long de la construction européenne,
Compte tenu, enfin, de la position adoptée
par le Gouvernement de la Communauté française lors
de sa séance du 5 mai 2004, telle que confirmée
lors du Gouvernement conjoint Communauté française
/ Région wallonne du 14 octobre 2004 ;
compte tenu que le Parlement de la Communauté
française réitère ici son soutien à
cette position gouvernementale ;
recommande au Gouvernement de la Communauté
française :
— de continuer à défendre
une position claire, en concertation avec les autres niveaux de
pouvoirs, afin que les services éducatifs, de santé,
culturels et audiovisuels soient exclus du champ d’application
de la proposition de directive sur les services ;
— d’étudier les effets
sociaux, économiques et juridiques d’une telle directive
et de tout mettre en oeuvre afin de souligner les conséquences
de son adoption pour l’exercice des compétences communautaires
au travers d’une analyse d’impact ;
— de chercher à convaincre et
à associer à sa démarche un maximum de gouvernements
européens, en particulier les autres entités fédérées
et régionales de l’Union européenne et spécialement
celles possédant un pouvoir législatif ;
— d’intervenir auprès des
diverses institutions européennes concernées par
l’adoption de la proposition de directive -notamment
le Parlement européen ;
— d’en appeler au Gouvernement
fédéral à défendre l’adoption
au niveau européen d’une directive cadre sur les
services d’intérêt général dans
les plus brefs délais et ce, préalablement ou à
tout le moins concomitamment à l’adoption de la proposition
de directive relative aux services ;
— défendre la consultation, au
niveau européen des Conseils sectoriels concernés
par la proposition de directive comme le Conseil « éducation,
jeunesse et culture » ;
— d’exiger l’approfondissement
par l’Union européenne des projets d’harmonisation
des législations européennes en matière d’établissement
des prestataires de services (autorisations et exigences) avant
de supprimer toutes les barrières ou de privilégier
la législation du pays d’origine ;
— de préserver la capacité
des pouvoirs publics de quelque niveau de pouvoir que ce soit,
de réglementer sur leur territoire des secteurs comme ceux
de l’enseignement, de la santé, de la culture et
de l’audiovisuel de manière à garantir l’intérêt
général ;
— de préserver la capacité
de ces pouvoirs publics de réguler les services prestés
dans ces secteurs sur son territoire aussi longtemps qu’il
n’y a pas d’harmonisation européenne établie
sur les législations les plus avancées ;
— d’associer le secteur associatif
et les partenaires sociaux à toutes les initiatives prises
(études, débats, positions) afin de rendre le processus
démocratique plus participatif et renforcer les complémentarités
entre l’action du pouvoir public et celle du monde associatif
qui déploie une multitude de services à la population
;
— de tenir le Parlement informé
de l’évolution du dossier.
Le Parlement assurera le suivi des présentes
recommandations faites au Gouvernement, le cas échéant
en suscitant un débat en son sein.
L. WALRY
A.M CORBISIER-HAGON
M. CHERON
R. MILLER
V. JAMOULLE
A. DERBAKI SBAI
P. GALAND
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