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Actualité :

Séance publique du 15 février 2005 au Parlement de la Communauté française

Question de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel et de la Jeunesse, relative à « la diffusion d’émissions sur l’extrême droite flamande et francophone »

Nous savons tous que la RTBF est une entreprise autonome, dont le fonctionnement et la programmation sont, de façon générale, définis par le contrat de gestion. Il n’empêche que, compte tenu, d’une part, de l’importance de la dotation accordée par la Communauté Wallonie-Bruxelles à la RTBF, montant qui traduit la confiance des citoyens francophones dans cet outil fondamental d’information et de culture et, d’autre part, de la dimension « dramatique » que revêt, en tout cas dans une partie de notre pays - le Nord - l’extrême droite populiste et fascisante, il est important que notre parlement puisse entendre le ministre s’exprimer sur le choix de diffuser successivement deux émissions : l’une consacrée à l’extrême droite francophone, l’autre à l’extrême droite néerlandophone. Appuyez-vous, madame la ministre, au regard des responsabilités politiques qui sont les vôtres, notamment dans la défense des valeurs démocratiques, des valeurs multiculturelles, des valeurs francophones, la diffusion de ces deux émissions et leur façon respective de traiter le sujet ? Doit-on s’attendre à la poursuite de ce type d’émission, et donc à la programmation d’une sorte de feuilleton politique sur l’ordre « noir » ? L’émission de M. Defossé, consacrée à l’extrême droite francophone, même si elle peut appeler certaines critiques constructives, me semblet- il, allait dans le bon sens. Je pense qu’il a modifié l’attitude du public, et particulièrement des jeunes, à l’égard de ce mouvement. En revanche, je suis davantage sceptique, voire interpellé, par la seconde émission consacrée à l’extrême droite flamande montrant un De Winter sous le jour de monsieur « tout le monde ». Je voudrais savoir, madame la ministre, si le conseil d’administration de la RTBF a débattu de ce sujet et quelles furent ses conclusions. De même, le CSA s’est-il penché sur la question ? Existe-t-il, au niveau des instances dirigeantes de la chaîne, une stratégie anti-extrémiste qui l’aurait amenée à programmer ces deux émissions en pleine connaissance de cause, et en particulier la seconde ? Pouvez-vous garantir formellement que le service public n’a pas été animé, à mauvais escient, par une volonté de faire de l’audimat ?

 

Réponse de Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel et de la Jeunesse :

 

Ces deux questions témoignent de l’intérêt des membres de ce parlement pour des préoccupations qui touchent à la préservation de notre démocratie et à la défense de ses valeurs fondamentales, et je m’en réjouis. Comme vous le rappelez dans vos questions respectives, la RTBF est une entreprise dont le caractère autonome est essentiel pour préserver sa liberté éditoriale et éviter une éventuelle intervention du pouvoir de tutelle dans sa programmation. Interpellé par le caractère polémique du reportage « Vlaamse Choc », le conseil d’administration de la RTBF a décidé d’examiner la pertinence d’une telle diffusion après visionnage dudit reportage par l’ensemble de ses membres. La question sera donc abordée lors d’une prochaine réunion du conseil d’administration. À ce jour, le CSA n’a reçu aucune plainte relative à la diffusion du reportage. Il appartient au secrétaire d’instruction du CSA, indépendant et impartial, de procéder à une instruction s’il l’estime nécessaire. Par ailleurs, je vous informe que la diffusion du reportage « Vlaamse Choc » a fait l’objet de longues discussions à la RTBF, où a lieu en permanence une réflexion de fond sur le traitement des sujets sensibles. La RTBF a choisi de diffuser différents reportages sur l’extrême droite. Ils présentent une lecture différente des choses et expriment des sensibilités journalistiques variées. Je pense sincèrement qu’il n’y a eu aucune volonté de la part du service public de faire de l’audimat à mauvais escient. L’enjeu de cette diffusion était, vous en conviendrez, bien plus large et relève de considérations bien plus fondamentales que l’audience d’une soirée. Le débat qui a suivi la diffusion du reportage « Vlaamse Choc » a rappelé la difficulté de trouver un traitement médiatique idéal qui permettrait de montrer le véritable visage de l’extrême droite sans lui offrir une publicité non désirée et en évitant les effets pervers inhérents à la diffusion de l’information. Les représentants de la presse flamande ont rappelé la difficulté de trouver le ton juste et ont souligné l’impossibilité d’appliquer, dans les médias, une recette miracle qui permettrait de faire reculer les ennemis de la démocratie. Il faut faire confiance à l’intelligence du téléspectateur et ne pas sous-estimer sa capacité d’analyse. J’en profite aussi pour rappeler mon attachement au développement de l’éducation aux médias. Son objectif est de permettre à chaque citoyen de se responsabiliser, de mieux comprendre et de décoder les médias mais aussi leurs limites face à ceux qui tentent de les manipuler pour diffuser des messages de haine contraires aux valeurs démocratiques.

 

Richard Miller :

 

La réponse de Mme la ministre témoigne de la vigilance dont elle fait preuve à l’égard de cette question. Cependant, je me demande dans quelle mesure le contrat de gestion sera renégocié. Je suggère à la ministre de réfléchir avec ses collaborateurs à la responsabilité politique qu’il convient d’assumer. Il est absolument nécessaire, lors de telles négociations, de savoir exactement ce que l’on veut obtenir. Nous ne pouvons en effet pas accepter de transiger sur cette question.

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l’Audiovisuel et de la Jeunesse :

Les propositions de modification du contrat de gestion émaneront du parlement. Nous pourrons donc mener cette réflexion en comptant sur la participation de M. Miller.

 

 

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