Lundi
16 novembre 2009
Au
Parlement de la Communauté française, en commission de la Jeunesse
et de l'Aide à la Jeunesse, question orale de Richard Miller à
Mme Evelyne Huytebroeck, ministre de la Jeunesse, relative à la "
grève du service d'aide à la jeunesse à Mons "
Richard
Miller - Il y a deux ou trois semaines, les travailleurs du SAJ et
du SPJ de Mons manifestaient leur mécontentement. Je n'avais pas eu
à l'époque la possibilité de vous interroger via une
question d'actualité. C'est pourquoi j'y reviens aujourd'hui.
Ces travailleurs
sont descendus dans les rues de la ville, future capitale européenne
de la culture, pour dénoncer les conditions de travail exécrables
auxquelles ils sont soumis. Deux problèmes principaux sont à
déplorer. Les locaux tout d'abord sont trop exigus, mal isolés,
des personnes en litiges comme des ex-époux sont forcés de se
côtoyer… Ensuite, le personnel est insuffisant. Ces personnes travaillent
avec dévouement, la plupart du temps dans l'urgence. De plus, elles
sont soumises à une certaine lourdeur administrative. Souvent ni les
congés, ni les congés parentaux, ni les congés d'accouchement,
ni même les départs à la retraite ne font l'objet de remplacements
systématiques.
Madame
la ministre, quel regard portez-vous sur ces questions ? De quelle façon
comptez-vous y remédier ? Avez-vous déjà examiné
le problème du nombre d'agents avec votre collègue en charge
de la Fonction publique ?
Permettez-moi
d'élargir mon propos car ce sujet très important nous tient
tous à cœur. Les SAJ et les SPJ souffrent la plupart du temps
d'un traitement médiatique qu'ils ne méritent pas. Je le déplore
très sincèrement. À chaque difficulté, une mauvaise
image est véhiculée par les médias.
Madame
la ministre, avez-vous déjà envisagé de remédier
à ce problème ? N'y a-t-il pas lieu de rehausser cette image
et de valoriser le travail de ces services ? Un secteur comme l'ONE bénéficie
généralement d'une plus grande reconnaissance de la part des
citoyens. Son travail est mieux valorisé et pourtant son personnel
gère également de nombreuses situations d'enfants en danger.
Il y a un déséquilibre au désavantage des personnes qui
travaillent dans les SAJ.
Madame
la ministre, quelles sont les mesures concrètes que vous envisagez
afin d'améliorer les conditions des travailleurs de Mons, future capitale
européenne de la culture ? J'aimerais également connaître
votre avis sur la situation globale des SAJ.
Mme
Evelyne Huytebroeck, ministre de la Jeunesse. - Il est vrai que les
SAJ et les SPJ relèvent de la catégorie des services dits continus,
ce qui implique que le personnel absent doit y être systématiquement
remplacé. Les syndicats déplorent cependant le fait que les
délais de remplacement soient devenus progressivement très longs.
Trois à quatre mois voire plus séparent le moment où
la demande a été introduite et celui où le remplaçant
arrive dans le service.
Affirmer que les congés de maternité ou les départs à
la retraite ne font pas l'objet d'un remplacement est inexact. Ce serait contraire
au statut de service continu de ces institutions.
Pour répondre à ces préoccupations, mon cabinet a reçu
le 5 octobre dernier des représentants syndicaux en compagnie d'agents
de plusieurs SAJ et SPJ. Je me suis personnellement rendue à Charleroi
pour examiner la situation sur le terrain. Le 19 octobre, une seconde réunion
a eu lieu en présence des délégués syndicaux de
ces services et des représentants des administrations de la Fonction
publique et de l'Aide à la jeunesse ainsi que des ministres compétents.
Les administrations se sont engagées à procéder au plus
vite aux remplacements nécessaires dans tous les services qui en ont
besoin, selon la procédure légale. Aujourd'hui, quasi toutes
les demandes relevées par les organisations syndicales lors de la première
réunion ont été satisfaites. Les dossiers restants seront
traités le 1er décembre prochain.
Les différentes réunions entre les administrations et les cabinets
concernés ont abouti à ce que la Fonction publique s'engage
à élaborer une nouvelle procédure de remplacement des
agents absents qui permettrait de conclure des contrats à durée
déterminée de deux ans au plus, sur base du volume des remplacements
antérieurs sur une période donnée. Des effectifs supplémentaires
seraient ainsi affectés dans les services concernés. Leur présence
serait garantie pour une période relativement longue qui compenserait
les absences ponctuelles pour congés de maladie. Ces contrats offriraient
l'avantage d'être plus attractifs que les engagements plus précaires.
Ce projet sera présenté aux organisations syndicales au cours
de la réunion du 23 novembre prochain. S'il est adopté, il répondra
en partie à l'un des objectifs de la DPC qui vise à stabiliser
les équipes des services publics et de l'Aide à la jeunesse.
Au cours des précédentes réunions, les organisations
syndicales ont également relevé l'état préoccupant
de certains locaux qui hébergent les SAJ et les SPJ. Il est vrai que
celui des bureaux de Mons est particulièrement préoccupant.
Des réunions avec l'administration de l'Infrastructure sont aussi prévues.
Dans la plupart des cas, la Communauté française est locataire
de ces locaux, ce qui ne facilite pas les choses.
Il a été décidé que, dorénavant, l'administration
procéderait à une évaluation régulière
de l'état de ces vingt-six locaux, afin de pouvoir les gérer
de manière prospective. Les services pourront ainsi planifier et réaliser
les travaux d'aménagement nécessaires, dans le respect des procédures
administratives. L'administration de l'Infrastructure ne sera dès lors
plus confrontée à des situations d'urgence auxquelles elle ne
peut faire face, vu ses faibles moyens humains et budgétaires et les
contraintes administratives des procédures de marché public.
Une solution de déménagement à court terme se dessine
pour les locaux de Mons. Un lieu qui conviendraient à ce service sont
disponibles et le propriétaire est disposé à conclure
un contrat de bail avec la Communauté française.
Vous m'interrogez sur le traitement médiatique dont souffre le secteur
de l'Aide à la jeunesse. Ce sujet m'a préoccupée dès
le départ en tant que responsable politique et ancienne journaliste.
Cela dit, il faut reconnaître que politiques et journalistes se partagent
la responsabilité. Ce secteur souffre effectivement d'une image négative.
Ce n'est ni la faute des médias ni celle des services. Nous sommes
souvent confrontés à des situations extrêmes qui touchent
des jeunes et des enfants, qui reçoivent la plupart du temps un traitement
médiatique dans l'urgence. Une de mes priorités est d'offrir
une image plus positive des SAJ et des SPJ. Dans cette optique, nous devons
travailler avec l'administration pour faire connaître les nouvelles
initiatives prises par les travailleurs et les services de ce secteur.
En rencontrant les acteurs des SAJ et SPJ, je me suis rendu compte qu'à
côté de la pénibilité de leur tâche, ils
doivent aussi affronter un manque de reconnaissance et un regard social extérieur
négatif. Il est grand temps de revaloriser le travail extraordinaire
qu'ils accomplissent. Pour un cas extrême, il y en a beaucoup d'autres
où les professionnels trouvent des solutions et des dénouements
heureux. Il ne faut pas s'appesantir sur les seules difficultés des
jeunes, beaucoup sont optimistes et courageux. Cette législature m'offre
la possibilité de leur rendre confiance, grâce à ma double
casquette de ministre de la Jeunesse et de l'Aide à la jeunesse.
Richard
Miller - Comme vous l'avez dit, madame la ministre, que l'on parle
de locaux ou de l'image générale que génèrent
ces services auprès du public, ce sont chaque fois de situations humaines
qu'il s'agit. Il se fait que les compétences de notre Communauté
française touchent toutes à l'humain. Il est dès lors
essentiel pour ces personnes et pour notre institution de donner une image
plus positive de la jeunesse et du secteur de l'Aide à la jeunesse.
C'est
la première fois, madame la ministre, que j'ai le plaisir de vous interroger.
Je suivrai votre travail avec beaucoup d'attention. Ce serait une bonne chose
d'entreprendre des démarches communes avec d'autres niveaux de pouvoir.
J'avais
l'habitude de me disputer avec la ministre précédente qui annonçait
beaucoup de choses mais ne faisait rien !