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Actualit :

17 fvrier 2005 au Parlement de la Communaut franaise, Commission des Relations internationales et des Questions europennes

Question de M. Richard Miller Mme Marie-Dominique Simonet, vice-prsidente et ministre de lEnseignement suprieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales, relative ladhsion de la Turquie lUnion europenne

En octobre dernier, la Commission europenne a propos aux tats membres de lUnion europenne douvrir les ngociations dadhsion avec la Turquie, estimant que cet tat remplissait les critres minimums dfinis Copenhague. Le sommet de Bruxelles des 16 et 17 dcembre 2004 a fix lentame de ces ngociations au mois doctobre prochain. Cest donc pour bientt. Pour lever toute ambigut, je prcise que je suis favorable cette adhsion. Cependant, la Turquie est considre par beaucoup comme un candidat part. En effet, le processus de ngociation est strictement li aux progrs des rformes raliss par cet tat, ainsi qu sa mise au diapason de lEurope sur les plans conomique, social et des droits de lHomme. Malgr les rformes menes par ltat turc, de multiples et srieuses questions restent en suspens, notamment en matire de respect des droits de lhomme. La question chypriote, qui oppose un tat membre, la Grce, et le candidat turc fait aussi obstacle. Le gnocide armnien de 1915 est encore un tabou qui blesse la mmoire. La Turquie suscite aussi des craintes relatives son poids futur dans les instances de lUnion europenne. En effet, elle sera, et de loin, le premier pays en termes de population, avec une croissance dmographique qui est explosive. Dautres lments encore alimentent la controverse. la simple vue dune carte de gographie, on peut se demander si la Turquie est ou non europenne. On peut aussi questionner lhistoire et mettre en perspective les filiations communes entre notre civilisation et la civilisation turque. Des saints de la chrtient, et non des moindres, comme Saint Nicolas ou Saint Georges (cher aux Montois), sont originaires de territoires qui composent la Turquie actuelle. Le rcent phnomne dimmigration a imbriqu physiquement nos cultures, nous coexistons de fait dans une socit multiculturelle, avec des bonheurs certains, mais aussi avec des tensions. La Communaut franaise Wallonie- Bruxelles compte une importante population dorigine turque, bien intgre, qui participe de manire constructive et responsable la vie politique de notre rgion. Ce fut particulirement manifeste lors du dernier scrutin de 2004. La Communaut franaise doit donc tre un acteur part entire dans les ngociations. Le rapprochement des cultures et la mobilit des populations sont au centre de tous les dbats et constituent un enjeu politique dcisif pour nos socits et notre rgion en particulier. Il sagit maintenant de dvelopper lesprit de la dmocratie sans tenter dimposer le modle occidental, mais en ayant lintelligence de lautre. Cela signifie, du point de vue institutionnel, la possibilit de dvelopper dautres processus, dautres mcanismes dexercice de la dmocratie permettant de tenir compte des diffrences culturelles et historiques des populations, de faon pacifique, par la ngociation, la discussion et des dmarches douverture. Le fdralisme belge, la reconnaissance des communauts culturelles et des appartenances rgionales peut constituer un apport extraordinaire cet gard. La Communaut franaise a donc un rle important jouer dans le processus dadhsion de la Turquie. Pour toutes ces raisons, madame la ministre, comprenez linsistance avec laquelle je vous adresse les questions suivantes. Quelle est la position du ministre en charge des relations internationales de la Communaut franaise Wallonie- Bruxelles sur le sujet ? Le gouvernement de la Communaut franaise sest-il dj prononc sur la question ? Quel avis la Communaut franaise va-t-elle dfendre sur lavenir de cette question ? Quelles instructions ont dj t donnes ? Enfin, dans le prolongement des dbats que nous avons eus lors de ladoption du budget de la Communaut, quelle sera la part de la Turquie dans la politique de recentrage que vous avez annonce ? Selon quels critres allez-vous faire face aux ncessits dune politique des relations extrieures dans un monde en transformation ?  

Mme Marie-Dominique Simonet, viceprsidente et ministre de lEnseignement suprieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales :

Le Conseil europen de Bruxelles des 16 et 17 dcembre a rpondu positivement louverture de ngociations dadhsion entre la Turquie et lUnion europenne. Il a donc invit la Commission prsenter au Conseil une proposition relative un cadre de ngociations. Celles-ci devraient dbuter le 3 octobre 2005. Avant de prendre cette dcision historique, les chefs dtat et de gouvernement ont mis sur la table le problme de la reconnaissance de la rpublique de Chypre. Bien quil sagisse encore dun sujet tabou en Turquie, un compromis a t trouv : Ankara sest engage tendre Chypre, avant le 3 octobre, lunion douanire qui la lie aux pays de lUnion, ce qui quivaut une reconnaissance implicite. Il aurait t difficilement concevable que, dans un processus dadhsion, un pays candidat choisisse les tats-membres quil veut bien reconnatre. Sans citer explicitement la Turquie, les conclusions du Conseil assortissent louverture des ngociations de diffrents garde-fous. Premirement, de longues priodes transitoires, des drogations, des arrangements spcifiques ou des clauses de sauvegarde parfois permanentes pourront tre envisages. La Commission pourra aussi inclure de telles dispositions dans des domaines particulirement sensibles, tels que la libre circulation des personnes, les politiques structurelles ou lagriculture. Deuximement, les ngociations dadhsion, qui doivent encore tre ouvertes avec des candidats dont ladhsion pourra avoir des consquences financires importantes, ne sauraient tre conclues quaprs ltablissement du cadre financier pour la priode dbutant en 2014. En dautres mots, ladhsion turque ne pourra avoir lieu avant 2014, ce qui permettra aux dix nouveaux tats-membres de sintgrer compltement. Troisimement, en cas de violation grave et persistante par un tat candidat des principes de libert, de dmocratie, de respect des droits fondamentaux et de ltat de droit sur lesquels repose lUnion, la Commission recommandera la suspension des ngociations et proposera les conditions de sa reprise. Comme je le signalais dans ma rponse du 6 octobre au dput Philippe Fontaine, lUnion europenne doit tre le ple de stabilit sur notre continent. Elle ne peut rester un club ferm aux autres tats europens. En 1993, le Conseil europen de Copenhague a dfini les critres dadhsion. Le pays candidat doit avoir mis en place des institutions stables garantissant ltat de droit, la dmocratie, les droits de lhomme, le respect des minorits et leur protection ; il doit avoir instaur une conomie de march viable, ainsi que la capacit de faire face la pression concurrentielle et aux forces du march lintrieur de lUnion et, enfin, il doit assumer les obligations dadhsion, et notamment souscrire aux objectifs de lUnion politique, conomique et montaire. Aucun critre gographique na t avanc Copenhague. La question nest donc pas de savoir si la Turquie est en Europe, mais si ce pays a sa place dans lUnion. Au Conseil europen dHelsinki en 1999, il a t admis que la demande de la Turquie serait juge laune des mmes critres que les autres candidatures. Cest ce moment-l plus quaujourdhui quil fallait trancher sur lopportunit de ladhsion turque. La position de la Communaut franaise, tout comme celle des autres entits fdres et du gouvernement fdral, sinscrit dans la ligne des conclusions du Conseil europen des 16 et 17 dcembre. Oui louverture de ngociations, vigilance quant au respect de la dmocratie et des droits de lhomme et la capacit de ce pays intgrer le march unique. La Turquie nest pas, lheure actuelle, un pays prioritaire pour la Communaut et la Rgion. Ces dernires ny dveloppent que des actions ponctuelles sans quun accord de coopration ait t sign, linverse dautres pays candidats, comme la Roumanie et la Bulgarie. Dans le cadre du resserrement et de la redfinition de nos priorits bilatrales, il serait pourtant opportun dintensifier notre collaboration. La Turquie reprsente en effet lune des principales communauts dorigine trangre en Belgique. Avec un march de 68 millions dhabitants, elle est le quinzime client de la Rgion wallonne pour un montant de 189 millions deuros en 2003 .

Richard Miller :

Japprcie lintention de renforcer les relations avec ce pays important et appel jouer un rle prpondrant au sein de lUnion europenne.

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