Vendredi
17 juillet 2009
Au Parlement wallon, en séance publique, Richard
Miller intervient dans le discussion sur la déclaration de politique
générale "Une énergie partagée pour une société
durable, humaine et solidaire"
Richard
Miller - Madame la Présidente, Monsieur le Ministre-Président,
Madame et Messieurs les Ministres, chers collègues, mon intervention
sera très brève et se limitera à un sujet précis.
Ce sujet ne constitue peut-être pas un des grands secteurs ou un des
grands pans de compétence de la Région wallonne, mais je crois
que son importance est néanmoins déterminante. je veux parler
de la politique d'exportation d'armes et de matériel à vocation
militaire.
Il faut accorder à cette problématique toute l'attention qu'elle
mérite et dès lors comprendre de façon très précise,
Monsieur le Ministre-Président, ce que recouvre la phraséologie
utilisée par votre DPR. j'en prends pour preuve les quelques éléments
suivants.
Tout d'abord, vous vous en souviendrez, la législature précédente
a été ponctuée de quelques grands débats à
ce sujet, notamment à propos du projet d'exportation d'une unité
de fabrication de munitions vers la Tanzanie.
Ce dossier avait créé un cafouillage, qui avait entraîné
des modifications dans la répartition des compétences ministérielles.
Et vous-même, Monsieur le Ministre-Président, avez fait preuve
de ce que l'on peut appeler une procrastination en attendant que les élections
du 7 juin aient eu lieu pour octroyer une licence d'exportation à destination
de la Libye. je rappellerai que près de deux années, je crois,
se sont écoulées entre l'introduction de la demande et le rendu
de votre décision.
Sans me prononcer sur le fond du dossier, force est
de souligner que cette décision a été prise par un Gouvernement
en affaires courantes, ce qui pourrait être de nature à fragiliser
l'acte d'octroi devant le Conseil d'état.
Le deuxième élément qui témoigne de l'importance
de la compétence de la Région wallonne en matière d'exportation
d'armes, c'est bien entendu l'impact économique du secteur. D'ailleurs,
vous-même, Monsieur le Ministre-Président, dans la Déclaration
de votre Gouvernement, précisez que cela concerne une trentaine d'entreprises
qui emploient quelque 3.000 travailleurs dont l'activité génère
4.600 emplois indirects. Ces chiffres sont repris dans la Déclaration
de votre Gouvernement.
Ceux-ci sont aussi confirmés par M. Moreels, Directeur de la Direction
générale " gestion des licences d'armes " qui parle
de quelque 5.500 dossiers traités chaque année.
Le troisième élément qui montre l'importance de ce dossier
est un élément de type institutionnel. Chacun sait que la compétence
en matière d'octroi de licences d'exportation d'armes a été
régionalisée en 2003 afin d'éviter que des considérations
et des intérêts d'ordre communautaire ne viennent polluer l'examen
des demandes d'exportation.
Cet aspect qui est tout sauf négligeable, a été fortement
souligné par M. Adam, Directeur du groupement de Recherches et d'Informations
sur la Paix, (GRIP), qui a déclaré, durant les travaux d'une
Commission parlementaire spéciale, que " À la suite de
la régionalisation de la compétence des exportations d'armes,
les Gouvernements et les parlementaires régionaux sont devenus des
acteurs importants en matière de politique étrangère
". C'est un point vraiment important.
Enfin, dernier élément, en plus des implications géostratégiques
qui ressortissent aux Affaires étrangères, il y a l'ensemble
des implications à caractère éthique qui gravitent autour
de la production et du commerce de l'armement.
Mon objectif, Monsieur le Ministre-Président, en prenant la parole,
n'est pas d'essayer de montrer que la Région wallonne n'exercerait
pas bien son travail de contrôle. Au contraire, je pense que nous pouvons
nous réjouir de ce que l'administration, par exemple, appliquait déjà
le Code de conduite européen avant même que cela ne fût
rendu contraignant pour les états-Membres par la position européenne
commune du 8 décembre 2008.
Cela étant, il y a toujours, bien entendu, moyen d'améliorer
les choses, tant du point de vue fonctionnel que sur les plans économiques,
démocratiques, sur le plan éthique aussi et - je le dirai moi-même
- du point de vue humain et durable, il est toujours possible d'améliorer
les procédures qui sont appliquées.
On peut donc le faire en prenant pour critères - je cite votre déclaration
- " on peut prendre pour critères la cohérence, l'efficacité
et la transparence de la politique régionale en matière d'exportation,
d'importation et de transit d'armes ".
Je vais donc, Monsieur le Ministre-Président, vous adresser quelques
questions afin d'éclairer la lecture que nous devons avoir des deux
pages consacrées par votre DPR au commerce des armes.
Premier engagement de votre part, page 57, vous vous engagez à rendre
vos décisions dans des délais raisonnables.
Et vous ajoutez : " eu égard aux circonstances propres à
chaque dossier ". Cela me paraît effectivement souhaitable et pertinent,
mais peut-être faut-il comprendre, à la lecture de ce texte,
comme je le rappelais tout à l'heure, que les élections régionales
wallonnes faisaient partie des circonstances propres au dossier libyen.
Deuxième annonce : l'organisation d'un débat public annuel afin
de discuter des positions prises par le Gouvernement, y compris sur les destinations
sensibles. j'attends de votre part, Monsieur le Ministre-Président,
des réponses très précises sur ce point. De quel type
de débat s'agit-il ? S'agit-il de l'ouverture publique du débat
organisé annuellement à huis clos en commission parlementaire
? S'agit-il d'un autre débat organisé de façon publique,
soit en commission, soit en séance publique ?
Mais alors, quelles sont les balises que le Gouvernement entend proposer au
Parlement de mettre en œuvre et à propos desquelles le Parlement
aura à se prononcer ?
Ou bien alors, s'agit-il de l'organisation d'un autre type de débat
public avec d'autres modalités que les voies parlementaires ?
Qu'en est-il également du rapport annuel et surtout des deux rapports
semestriels qui ne sont pas évoqués dans la Déclaration
?
Cela pourrait peut-être paraître anodin à nos Collègues
qui connaissent peut-être un peu moins bien la matière, mais
je tiens à insister sur l'importance de ces rapports semestriels parce
que c'est la seule occasion que nous avons, nous parlementaires wallons, d'examiner
les décisions qui sont prises par le Gouvernement en matière
d'octroi des licences d'exportation d'armes.
C'est le seul moment où nous recevons des indications à ce sujet.
J'aimerais savoir ce qu'il advient de ces rapports à la fois semestriels
et de l'organisation d'un débat public annuel. Qu'entendez-vous par
là ? je ne peux pas ne pas mentionner - et M. Wesphael m'excusera -
ce qu'il faut bien appeler une certaine forme de courbe rentrante d'écolo
sur un point important.
Lors des travaux de la Commission à laquelle votre DPR se réfère,
dans le dernier paragraphe qui concerne les armes - travaux que vous appelez
d'ailleurs à poursuivre -, M. Wesphael avait témoigné
de beaucoup d'attention, il avait fait preuve de beaucoup de progressisme
se déclarant favorable au système tel que le système
suédois. Et, sauf erreur de ma part, c'est également le système
qui est appliqué aux états-unis. C'est un système de
prise de décision par une instance parlementaire, ce qui permet d'en
finir pour les expéditions d'armement avec l'unique prise de décisions
gouvernementales.
Donc, ce serait un autre modèle qui serait mis en avant.
Si je le comprends bien la position qui avait retenu l'attention de M. Wesphael,
il fallait que le peuple, incarné par le Parlement, ait davantage de
responsabilités en la matière.
La DPR que vous nous présentez enterre cette piste.
Elle enterre cette envolée éthico-démocratique d'écolo,
puisqu'il est précisé, à deux reprises que c'est au Gouvernement
qu'il revient de décider et qu'il s'agit donc bien d'un examen a posteriori
des décisions prises par le Ministre.
Autre question, Monsieur le Ministre-Président, qu'entendez-vous par,
et je cite : " réexaminer le rôle, la composition et le
fonctionnement de la Commission d'Avis ". Il ne s'agit pas de la commission
parlementaire que je viens d'évoquer ou dont je viens d'évoquer
les travaux. Il s'agit bien de la Commission d'Avis qui prépare les
dossiers à l'intention du Gouvernement et du Ministre qui doit prendre
la décision. vous dites que vous allez réexaminer le rôle
et la composition de cette commission. Qu'en est-il de ce réexamen
du rôle et de la composition de la commission ? Disposez-vous d'éléments
qui vous portent à croire que la commission aurait mal fonctionné
?
Si vous dites que vous allez réexaminer son rôle, que vous allez
modifier son fonctionnement, que vous allez modifier sa composition, c'est
que très vraisemblablement, durant l'exercice de votre responsabilité
ministérielle, vous avez pu tirer comme enseignement que cette commission
avait mal fonctionné. Si oui, quels sont ces éléments
? je voudrais que vous les portiez à la connaissance du Parlement.
Et surtout quelles sont les modifications que vous entendez apporter et qui
sont annoncées dans votre Déclaration de politique régionale
?
Cette question, sur la composition de la commission, m'amène à
vous demander également ce qu'il adviendra de l'accumulation, oserais-je
dire du cumul, des " casquettes internationales " de M. Suinen.
Il me semble que Mme la Ministre Simonet avait annoncé, au nom du cdH,
une répartition des responsabilités présentant un moindre
degré de concentration. je vous remercie de votre attention. (Applaudissements
sur tous les bancs.)