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Actualité :
Mardi 19 février
2008
Au Parlement wallon,
en Commission de l'Economie, de l'Emploi, du Commerce extérieur,du
Patrimoine et de la Formation, question orale de Richard Miller
à M. Marcourt, ministre de l'Economie, de l'Emploi, du Commerce
Extérieur et du Patrimoine, sur "le droit de réponse
publié par Mme sarlet, directrice générale,
à propos des observations de la Cour des Comptes relatives
à l'administration de l'archéologie"
Richard Miller - Monsieur le Président,
je ne pensais pas adresser aussi rapidement une nouvelle question
à M. le Ministre concernant cette matière, d'autant
plus que lors de la réunion de la Commission précédente,
lorsque nous avons examiné le rapport de la Cour des comptes,
Monsieur le Ministre c'était à nouveau exprimé
aussi sur la question.
Mais, le 2 février dernier, la rédaction
du groupe Vers l'Avenir a été tenue de se soumettre
à un droit de réponse émanant des services
de M. le Ministre, et plus précisément de Mme Danielle
Sarlet, Directrice générale du Territoire, du Logement
et du Patrimoine.
Le droit de réponse a été
invoqué par votre administration afin de rendre publique
une réaction à tout un ensemble d'éléments,
parce que quand on lit le droit de réponse, on se rend compte
qu'il répond à un article publié antérieurement
par Vers l'Avenir, relatif à l'interpellation que je vous
avais adressée sur la situation de l'archéologie en
Région wallonne, ainsi qu'aux observations de la Cour des
comptes, et finalement, d'une certaine façon, il répond
aussi à la réponse même que vous m'aviez apportée.
Réponse, je tiens à le préciser,
formulée par un Ministre à une question posée
par un parlementaire exerçant son droit de contrôle
en s'appuyant sur le travail de contrôle réalisé
par la Cour des comptes. Et finalement, question-réponse
portée à la connaissance du public par un organe de
presse de manière totalement irréprochable sur le
plan déontologique, puisque des contacts avaient été
pris par le journaliste même, avec l'administration.
Comme vous-même n'aviez infirmé
aucune des remarques de la Cour des comptes, ni aucun des éléments
soulevés dans mon interpellation, ni dans votre réponse,
ni lors des travaux de commission consacrés à l'examen
du Cahier d'observations de la Cour des comptes, je vous avoue avoir
été surpris de découvrir que votre réponse
avait été, d'une certaine manière, dribblée
par l'initiative d'un fonctionnaire, certes important, mais qui,
jusqu'à nouvel ordre, dépend toujours de votre responsabilité
ministérielle.
Pourquoi dès lors, n'avez-vous pas répondu, vousmême,
ce qui a été publié ensuite par votre administration
?
Pourquoi laisser croire à la Cour des
comptes et au Parlement qu'il n'y avait plus de chef de service
depuis juillet 2004 à la tête du département
alors que Mme Sarlet prétend le contraire dans son droit
de réponse ?
Pourquoi m'avoir répondu que vous aviez
commencé à engager des statutaires - et je vous ai
cru - alors que Mme Sarlet continue à parler de 80 % de contractuels
?
Comment acceptez-vous que votre administration chargée d'une
compétence qui n'est pas du tout anodine ni par elle-même,
ni dans le cadre des débats institutionnels francophones
en cours, puisqu'il s'agit d'une compétence communautaire
dont l'exercice a été confié à la Région,
puisse décider qu'un inventaire centralisé de tous
les biens n'était pas "utile" ?
Comment pouvez-vous laisser cette compétence
dans l'état de dénuement en moyens, en personnel,
en matériel et en lieux de dépôts, que dénonce
la Cour des comptes et que confirme Mme Sarlet ?
Sur le plan plus personnel, je vous dirai, Monsieur
le Ministre, que votre Directrice générale, en publiant
ce droit de réponse, a voulu d'une certaine façon
faire taire le débat parlementaire. Contrairement à
ce qu'elle écrit, - et je vais utiliser une formule que je
reprends de son texte -, "M. Miller ne semble pas imaginer.".
En fait, je me suis fondé sur le travail
de la Cour des comptes et il est de mon devoir de parlementaire
de prendre connaissance de ce rapport et de l'utiliser pour le devoir
de contrôle qui est le mien.
Sur les craintes que j'ai émises quant
à la disparition et à la vente éventuelle de
certaines pièces, Mme Sarlet, bien malgré elle, confirme
que ses craintes pouvaient, à tout le moins, être émises
: j'ai déclaré à la presse que je ne visais
personne dans l'administration wallonne, mais la Cour des comptes
écrit bien que la protection contre le vol est insuffisante.
Mme Sarlet évoque d'ailleurs des pièces placées
en coffres-forts, et des pièces pouvant être montrées
dans une exposition prestigieuse. Comment votre administration,
et vous-même, pouvez assurer qu'aucune pièce n'a disparu
et que les autres n'ont pas de valeur s'il n'existe pas d'inventaire
?
Quant au fait que notre pays soit une plaque
tournante dans ce genre de trafic, cela a été confirmé
par plusieurs articles récents publiés par le journal
Le Monde.
Au moment où je vous ai adressé
la présente question orale, je me suis référé
à la source qui avait été la mienne, à
savoir ces quelques articles publiés dans le journal Le Monde,
et malheureusement, nous le savons tous, un fait divers a eu lieu
hier à Tournai et si on lit le journal Le Soir de ce mardi
19 février 2008, l'article se termine de cette façon
: "Les objets vieux de plusieurs siècles et donc inestimables,
sont en effet de plus en plus convoités et la Belgique est
connue pour être une plaque tournante du trafic d'oeuvres
d'art.".
Vous conviendrez dès lors, Monsieur le
Ministre, que je n'avais quand même pas été
excessif en attirant l'attention sur ce point.
En conclusion, le droit de réponse publié
par votre administration me paraît inacceptable au regard
du fonctionnement de l'Assemblée parlementaire wallonne,
mais il est de plus une façon d'éviter que soient
posées les vraies questions. La situation lamentable d'une
administration : à qui la faute ?
L'irresponsabilité voire l'incompétence
avec laquelle la Directrice générale a laissé
cette administration se réduire à peau de chagrin
- puisque c'est quand même elle qui en avait la responsabilité
administrative. L'incapacité de la Région wallonne
à gérer convenablement une matière culturelle
et enfin, qu'elle est la responsabilité du Ministre à
cet égard.
M. Marcourt, Ministre de l'économie,
de l'Emploi, du Commerce extérieur et du Patrimoine. - Tout
ce qui est excessif étant insignifiant, je commencerai par
dire que le patrimoine mobilier est du ressort de la Communauté
française. Par rapport au fait divers malheureux qui s'est
déroulé hier, je vous y rends clairement attentif.
Deuxièmement, je pense que le contrôle parlementaire
est évidemment non seulement un droit, mais une référence
absolue dans un système démocratique.
Par ailleurs, je suppose que si on disait à un fonctionnaire
de se taire, l'opposition dirait que je censure les fonctionnaires.
Dès lors, si on laisse des fonctionnaires s'exprimer, nous
sommes incapables d'en maîtriser leurs propos.
Je ne vais donc pas rentrer dans le débat qui a eu lieu entre
ce que vous avez dit dans la presse ou ce que Mme Sarlet, en l'occurrence
Directrice générale de la Direction générale
de l'Aménagement du Territoire, du Logement et du Patrimoine,
a dit en droit de réponse.
Ce n'est pas à moi d'analyser si les conditions du droit
de réponse étaient ou non d'application.
Je souhaite rappeler que l'audit mené par la Cour des comptes
à l'initiative de mon prédécesseur, a bien
relevé certains dysfonctionnements dans l'Administration
régionale wallonne, et en particulier au sein de la Direction
de l'archéologie, et que l'analyse de la Cour des comptes
doit me permettre, très prochainement, de vous présenter,
ici au Parlement, des pistes d'action tant au point de vue du financement,
que des objectifs et du personnel nécessaire à la
gestion de notre patrimoine archéologique.
Pour le surplus, je vous invite - et je ne vais pas allonger les
débats - à relire mes propos du compte rendu analytique
que vous connaissez tout autant que moi.
Quant à vos nouvelles interrogations relatives à l'inventaire,
qui sont d'ailleurs les mêmes que celles reprises dans votre
question, je voudrais vous dire que la Région est aujourd'hui
compétente lorsqu'elle effectue des fouilles, mais dès
qu'elle découvre un objet, c'est la Communauté française
qui doit en assumer la responsabilité de la gestion. Peut-être
n'a-t-on pas été assez loin dans la régionalisation.
Les archéologues essayent aujourd'hui de recueillir l'ensemble
des traces laissées par l'activité humaine et très
souvent, c'est l'étude des sols qui fournit les informations
déterminantes. C'est ainsi qu'une majorité écrasante
des biens archéologiques recueillis comprennent des échantillons
de sols, de matériaux de constructions, de déchets
d'activités artisanales et de fragments d'objets sans réelle
valeur intrinsèque, dont la valeur scientifique dépend
d'abord et avant tout de l'intérêt du contexte dans
lequel ils ont été trouvés.
Lors de chaque fouille, un inventaire complet de l'ensemble de la
documentation comprend non seulement l'inventaire des biens archéologiques
mais aussi les plans, coupes, photos et les fiches de description
des structures observées pendant la fouille. Toute cette
documentation est conservée dans le service dont dépend
l'archéologue. Mais il est exact que l'uniformisation de
ces inventaires est aujourd'hui indispensable.
Toutefois, aucun de ces inventaires ne prévoit de rubrique
"valeur" des biens. D'une part, parce que la commercialisation
de ce mobilier n'a jamais été envisagée et
d'autre part, parce que l'immense majorité n'a pas de valeur
vénale intrinsèque et est difficilement commercialisable.
Cependant, exceptionnellement des fouilles peuvent parfois livrer
des objets en métaux précieux. Ils sont alors inventoriés
comme les autres, mais dans ce cas, conservés séparément
dans des coffres-forts.
Quant à la masse énorme de mobilier et d'échantillons
récoltés au cours de ces dernières années,
ceux-ci sont en attente d'une affectation de type muséographique
par la Communauté française. Toutefois, compte tenu
des difficultés rencontrées par la Communauté
française, la Région wallonne a pris l'initiative
de construire différents dépôts de fouilles.
Plusieurs projets d'aménagement sont ainsi à l'étude
pour tenter de résoudre ces problèmes. Je pense pour
le surplus que, tant les archéologues, que l'ensemble du
patrimoine ne peut que se réjouir que du fait que la Région
wallonne assure le développement et la protection du patrimoine
archéologique wallon, contrairement à ce que fait
aujourd'hui, le gouvernement fédéral pour des lieux
qui, pourtant, présentent un caractère exceptionnel.
Richard Miller -
Tout d'abord, de façon ponctuelle, lorsque j'ai évoqué
l'incident ou le vol commis à Tournai, je n'ai pas laissé
sous-entendre que c'était de la responsabilité de
la Région wallonne de veiller à la protection de ce
patrimoine. Je pense, Monsieur le Ministre, qu'une question vous
sera adressée demain à cet égard. Pour ma part,
je n'ai fait que répéter que la Belgique a cette réputation
d'être une plaque tournante dans le trafic de ce type d'objets.
Pour le reste, Monsieur
le Ministre, vous avez reconfirmé peut-être de façon
un peu plus précise, un peu plus positive, les réponses
que vous m'aviez déjà apportées et pour lesquelles
je vous avais déjà dit une certaine satisfaction de
ma part.
Je continue donc à
croire que le droit de réponse publié par votre administration
était inutile et qu'il se portait en faux par rapport au
contrôle parlementaire.
Enfin, sur votre dernière
réplique, le coup de pied de l'âne ou in cauda venenum
par rapport au gouvernement fédéral, je crois quand
même que lorsque la Cour des comptes, avec tout le sérieux
qui caractérise cette institution, dit que notre Administration
wallonne, dans le domaine, laisse à désirer, qu'il
y a de nombreux dysfonctionnements et qu'elle les pointe du doigt,
je crois qu'elle ne raconte pas n'importe quoi.
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