Lundi 19 mai 2008
Au Parlement de la Communauté française, en Commission des Finances, du Budget, des Affaires générales et du Sport : Interpellation de M. Richard Miller à M. Rudy Demotte, ministre-président du gouvernement, relative à la " nécessité d'une Fédération francophone Wallonie-Bruxelles "
M. Richard Miller (MR). - Monsieur le ministre-président, mon interpellation se veut strictement positive. Mon intention n'est pas d'essayer de vous mettre en porte-à-faux par rapport à vos déclarations. Je veux simplement exprimer ma réaction aux derniers développements du dossier BHV et de nos relations avec le Nord du pays.
La déclaration commune par laquelle vous avez pris position, avec M. Picqué, en faveur d'une Fédération birégionaleWallonie/Bruxelles a, à juste titre, suscité de nombreux débats.
Vous le savez, le MR appuie votre proposition.
Sur certains aspects, vous avez même rejoint notre position. Nous sommes favorables à un gouvernement communautaire composé de ministres régionaux wallons et de ministres bruxellois francophones.
Même si nous avons le sentiment que vous pourriez avancer plus concrètement et mettre en oeuvre la constitution de ce gouvernement, ce projet nous semble excellent pour les francophones.
Une proposition de résolution sur les relations extérieures des francophones, que j'ai déposée avec Mme Schepmans il y a un an et demi ou deux ans, allait dans ce sens.
Malheureusement cette proposition n'a pas été retenue par la majorité à l'époque.
Je voudrais vous interroger sur le contenu de ce terme " birégional " qui pourrait, selon moi, être dangereux. En effet, si le fait régional doit nécessairement être reconnu dans notre état fédéral, je crains que l'actuelle Communauté française ne soit que "revisitée", terme que vous avez utilisé lors de la présentation de votre projet au groupe Wallonie-Bruxelles. Limiter l'actuelle Communauté à une simple passerelle ne me paraît pas suffisant au regard de nos enjeux politiques.
En effet, la succession de gifles données par les partis flamands aux francophones, l'impasse actuelle dans laquelle se trouve notre pays sur le plan institutionnel, après la mise à l'ordre du jour du dossier BHV sur lequel le vote est intervenu à la Chambre, tout cela montre bien qu'une Fédération dite " birégionale ", pontée entre la Wallonie et Bruxelles n'est pas assez solide.
Je crois que nous devrions nous orienter vers une Fédération francophone solide, non pas un pont mais un socle, lequel socle est absolument nécessaire pour que Wallons et Bruxellois francophones puissent travailler ensemble et se développer. Les francophones doivent maintenir et renforcer leur vision commune d'une culture ouverte et universaliste, à l'opposé de la culture identitaire et territoriale qui est devenue celle de la Flandre.
A la suite de votre périple en Flandre en tant que ministre-président du gouvernement wallon, vous avez tenu des propos mesurés sur les antennes de la RTBF. Il n'empêche, un chef d'entreprise flamand n'a pas hésité à déclarer que les francophones qui travaillaient dans les entreprises flamandes se conduisaient comme des Polonais, c'est-à-dire qu'ils restaient entre eux. Cette sortie montre dans quelle estime les chefs d'entreprise flamands tiennent les francophones et lesWallons ! Mme Grouwels, ministre CD&V, a dit : " Faisons venir les Flamands à Bruxelles, ce sont des gens bien, des gens cultivés, parlant plusieurs langues. " Ces propos me semblent plutôt désobligeants à l'égard des autres populations vivant à Bruxelles. Et M. Van Peel, autre membre du CD&V, parle de la Wallonie comme si c'était un frein étouffant.
Le Conseil de l'Europe,
l'ONU et la Commission européenne commencent à montrer notre
pays du doigt à cause de la Flandre. Le New York Times et le Herald Tribune
ont fait leurs titres à ce sujet la semaine dernière. La culture
identitaire développée par la Flandre pose un réel problème
!
Au vu des événements de ces dernières semaines, ne croyez-vous pas qu'il soit nécessaire de revoir l'ensemble du dispositif que vous préconisez, pour aller davantage vers une Fédération francophone Wallonie-Bruxelles plutôt que vers une Fédération birégionale ?
Votre formulation donne à penser que la Wallonie et Bruxelles sont deuxpiliers entre lesquels vous entendez construire une passerelle. Cette idée me fait peur car je crois qu'à terme, cette passerelle s'effondrera. Je le répète, nous avons besoin d'un socle francophone solide, sur lequel la Wallonie et Bruxelles peuvent assurer leur développement économique, culturel ou autre.
Dans ce contexte, n'est-il pas urgent de réorganiser la composition du gouvernement de la Communauté française sur de nouvelles bases et, donc, de ne plus traîner à associer les ministres bruxellois francophones au gouvernement de la Communauté française ? La situation politique montre que le temps presse.
M. Rudy Demotte,
ministre-président. - Je vous remercie, monsieur le député,
de me donner l'occasion de revenir sur ce thème. Il appartient pleinement
au parlement d'organiser des débats dès lors qu'ils se font jour
dans une opinion plus large que le cercle confiné de la classe politique.
Je me suis déjà exprimé sur ce thème devant le parlement
de la Communauté française, devant le parlement wallon et en séance
plénière du Groupe Wallonie-Bruxelles. Je souhaiterais toutefois
revenir sur le coeur du dispositif avant d'émettre d'autres commentaires.
Tout d'abord, il y a le plaidoyer pour une Fédération birégionale,
qui implique un renforcement des Régions. Ensuite, un trait d'union institutionnel
doit être redessiné et une collaboration de Région à
Région doit être ravivée. Il faut jouer sur cette collaboration
directe entre les Régions, qui constituent le pilier fondamental de notre
écheveau fédéral. Plus personne ne dément cela aujourd'hui.
C'est une réalité. Il s'agit là d'un progrès, y
compris pour la question de la lutte pour la tolérance. Je citerai par
exemple une personne que nous apprécions tous les deux, M. Hasquin, que
nous avons côtoyé au gouvernement en qualité de ministre.
Il a une lecture historique de l'évolution des thèses institutionnelles,
connaît bien le mouvement wallon, mais est aussi un ancien ministre-président
de la Communauté française. Il me rejoint sur cette position en
insistant sur l'évolution déterminante enregistrée au cours
des vingt dernières années, en posant les Régions comme
des " réalités sociologiques premières ". Nous
pouvons aussi constater que cette idée percole dans des milieux où
on l'attend un peu moins. Ainsi, les déclarations de M. Gosuin en sont
un témoignage, même si le débat se poursuit, y compris au
sein de sa formation politique. Nous sommes tout à fait éloignés
de l'idée un peu " cliché " d'un repli frileux sur des
bases régionales car ce n'est plus le sens que l'on attribue aujourd'hui
au régionalisme, en tout cas dans le plaidoyer birégional. Voilà
pourquoi cette proposition a connu un tel écho. J'en viens au trait d'union
institutionnel, au remodelage de la Communauté. C'est précisément
ce qui doit nous distinguer de la vision " monorégionaliste ".
Passer au birégionalisme constitue une amélioration substantielle
de la qualité. En effet, le maintien d'un lieu institutionnel commun
entre les deux Régions est nécessaire pour assurer la réglementation
et la gestion d'un certain nombre de compétences que nous avons décidé
de gérer en commun, non pas parce que nous y sommes condamnés,
mais parce que cela nous enthousiasme et que nous avons de bonnes raisons de
le faire. Cela étant, je sais comme vous que le thème de la fusion
Communauté-Région est dépassé par les faits. Plus
aucune famille politique ne le défend. Quelques mots encore à
propos des institutions de la Communauté française revisitée.
Nous visons une rationalisation, en concentrant les énergies entre moins
de mains par une réduction, à terme, du nombre de ministres. Il
y a lieu également de renforcer l'efficacité et de traduire un
esprit fédéral entre tous ceux qui forment aujourd'hui la francophonie,
sans oublier la minorité néerlandophone de Bruxelles et la minorité
germanophone de Wallonie. C'est pourquoi nous avons écrit dans la déclaration
que le gouvernement de la Fédération sera composé de ministres
wallons et de ministres bruxellois francophones. Cela traduit la réalité
de la complexité régionale. En effet, deux Régions sont
en jeu ainsi que deux Communautés, dont chacune est présente sur
un territoire régional. Parallèlement à cette affirmation
consensuelle, on peut se demander, par exemple, quel sera le nombre de ministres.
Il faut arrêter ce débat entre nous, ici au parlement. Nous avons
connu des situations très variables. Sous Laurette Onkelinx, le gouvernement
était composé de quatre ministres communautaires, dont trois portaient
la double casquette. J'ai participé, comme vous, au gouvernement "
arc-en-ciel " où nous étions plus nombreux et il n'y avait
aucun ministre à double casquette. Il y a donc eu des logiques variables.
La question n'est pas de se demander si nous avons bien
fait, mais de nous accorder pour l'avenir. Nous n'avons pas d'autre issue pour
le futur schéma que de faire siéger ensemble des ministres wallons
et bruxellois francophones. Le nombre sera déterminé par les politiques
au moment opportun. Je ne veux pas diviser maintenant les francophones à
ce sujet. Aujourd'hui, si nous juxtaposons les ministres wallons et bruxellois
francophones, nous arrivons à douze, ce qui me semble trop. J'estime
personnellement qu'il faut réduire cet effectif. Concernant les compétences
de la Communauté française, je ne pense pas avoir fait autre chose
que mettre le doigt, avec un peu de sel, sur un point sensible. Il s'agit de
savoir comment faire demain pour que nous soyons le plus efficaces possible
dans l'exercice des compétences. Nous devons analyser ce processus comme
cela se fait pour le transfert des compétences fédérales
aux entités fédérées, c'est-à-dire sous le
prisme de l'efficacité. Il ne faut pas oublier que sur les territoires
wallon et bruxellois il n'y a pas que des francophones. Nous devons réfléchir
à l'efficacité sans esprit dogmatique. M. Vincent de Coorebyter
a reconnu la difficulté et l'équilibre de cet exercice. La localisation
des compétences est un débat fondamental avec de nombreuses variables.
Des socles tels que la culture ou l'enseignement doivent subsister pour assurer
la solidité du travail commun des Wallons et des Bruxellois francophones.
A cet égard, le Groupe Wallonie-Bruxelles devra nous éclairer
par les conclusions qu'il prendra sur la base de discussions contradictoires
et j'attends donc ses rapports intermédiaires et finaux. Un autre élément
qui m'a frappé est la territorialité. C'est un problème
de droit assez complexe. Je citerai un constitutionnaliste que vous reconnaîtrez
et qui n'est pourtant pas considéré comme un régionaliste.
" Notre histoire politique comme des expériences étrangères
révèle qu'il est infiniment plus aisé de mettre en oeuvre
un fédéralisme territorial qu'un fédéralisme personnel.
La mise en oeuvre de compétences extraterritoriales produit inévitablement
des complexités et des conflits potentiels entre les différents
législateurs. Il convient donc de n'y faire appel que dans le cas où
cela s'avère réellement nécessaire. " Les opinions
exprimées dans la presse sont aussi parfois intéressantes. De
deux articles d'un constitutionnaliste intitulés " Qui coiffe la
Flandre d'un bonnet d'âne ? " et " Confédéraliste
ouvert sur le monde, cherchez l'erreur ", je retiens que
tout converge. . . La semaine dernière, deux écoles, qui cohabitent
en se contredisant, se sont opposées au parlement flamand : l'école
régionaliste flamande et l'école communautariste flamande. La
première montre un profil modéré, quoique flamingant. Elle
souhaite maintenir une ouverture sur le monde et reste attachée avant
tout à un territoire. Son représentant est Bert Anciaux. La seconde,
plus radicale, est représentée par Eric Van Rompuy. Bert Anciaux
souhaite que le dossier BHV débouche sur une partition sans concession.
Il estime que la Flandre doit d'abord reconnaître les siens sur son territoire.
Cette scission permettra de remettre les compteurs à zéro et de
relancer ensuite les relations entre la Communauté flamande, Bruxelles
et les Flamands de Bruxelles. Toujours
selon lui, la Communauté française doit devenir un partenaire
privilégié. A cela il lui est répondu qu'il se comporte
en traître à la Flandre, car son raisonnement implique que les
droits communautaires permettent aux francophones ou aux néerlandophones
d'exercer un pouvoir de manière extraterritoriale. Le problème
posé par ce constitutionnaliste est bien réel : des droits mixtes
soulèvent des questions dont l'énoncé semble contradictoire.
Ces positions peuvent être réconciliées par la reconnaissance,
sur le territoire des Régions, des droits des minorités : le ius
soli n'est pas toujours en contradiction avec le ius sanguinis. L'échafaudage
institutionnel belge nous offre donc la possibilité de réconcilier
ces points de vue a priori antinomiques. Le birégionalisme est, à
mon sens, la bonne solution. Nous devons combattre l'idée, caricaturale,
selon laquelle la référence à la culture francophone est
un gage de plus grande ouverture et d'universalisme que la référence
à une autre culture, fût-elle flamande. Nous avons intérêt
à montrer que le multilinguisme est un atout. Sur le territoire de Bruxelles-
Capitale, cela ne présente aucune difficulté. En Wallonie non
plus, grâce au partenariat que nous devons définir avec la Communauté
germanophone. Regardez qui sont, aujourd'hui, du côté flamand,
les parangons d'une certaine forme de
transcendance de la frontière par la culture. Hugo Claus n'était
certainement pas le représentant d'une culture frileuse. Tom Barman,
Gérard Mortier et Jan Fabre sont-ils les représentants d'une culture
frileuse ? Non. Il y a des exemples qui donnent envie d'ouverture, en ce compris
en Flandre. On peut donc dire que la langue n'est pas le seul élément
fondateur de l'ouverture. Si on ne prenait que ce prisme pour déterminer
la capacité d'universalisme, on passerait, par négation de la
reconnaissance de la diversité, à côté des valeurs
que contient l'universalisme. Il n'y a pas de préciput qui donne, au
français, la qualité d'être une langue véhiculaire
de valeur plus positive que le néerlandais. Par contre, il y
des attitudes. Les Pays-Bas et la Flandre n'ont pas toujours les mêmes
attitudes tout en partageant la même langue. Certains comportements doivent
effectivement faire l'objet d'attention. Là, je dis aux Flamands chaque
fois que j'en rencontre : " Vous qui avez l'avantage d'être une région
à haut niveau de développement et qui avez, aujourd'hui, la faculté
de tenir votre sort dans vos propres mains, ce qui vous coûte, c'est l'image
que vous donnez au monde. " Cette opinion fit l'objet de commentaires ce
matin dans la presse par Dirk Vanoverbeke. Quand le Conseil de l'Europe, la
Commission européenne ou des juridictions internationales indiquent que
lier des droits à la connaissance d'une langue pose problème,
il convient non pas de montrer du doigt une responsabilité morale qui
condamnerait la Flandre dans son entièreté, mais bien une certaine
attitude flamande. C'est
pourquoi j'ai pris autant de temps à démonter un a priori : le
néerlandais ne conduit pas nécessairement à la négation
des droits des autres et le français n'est pas une langue qui offre davantage
d'universalisme absolu et de respect. Regardez les histoires coloniales, vous
verrez que nous trouvons malheureusement, sous l'empire du français,
des attitudes qui ne sont pas en harmonie avec les valeurs d'une langue. C'est
l'attitude de ceux qui ont à exercer le pouvoir qui est encore la plus
importante. In fine, ce qui compte, ce ne sont pas les étiquettes ni
même les formes de l'architecture institutionnelle, mais l'esprit dans
lequel on veut construire les choses. Nous avons intérêt à
récuser la thèse selon laquelle deux communautés se font
face comme des ennemis mortels. La façon d'en sortir est peut-être
de vivre dans des régions où règnent des valeurs positives
d'ouverture et de communautarisme intelligent. Voilà la piste que j'ai
essayé de tracer avec Charles Piqué. C'est également à
ce titre que nous revendiquons une autonomie égale pour Bruxelles. Pour
nous, Bruxelles ne représente pas uniquement une Région à
forte majorité francophone. C'est aussi une Région qui n'a pas
les mêmes droits et qui, par son statut spécial et la juxtaposition
des Communautés, représente un point de crispation. J'espère
avoir ainsi synthétisé le projet que j'ai esquissé avec
M. Piqué mais j'espère surtout que le débat qui se déroule
en ce moment dans le Groupe Wallonie-Bruxelles nous éclairera sur la
localisation des compétences et sur les formes définitives de
cette architecture animée par les valeurs auxquelles nous souscrivons.
M. Richard Miller
(MR). - Je remercie le ministre-président pour sa réponse complète
qui
soulève de nombreuses questions tant politiques que philosophiques.
Je partage les grandes orientations qu'il a développées mais, dans mon interpellation, j'ai voulu exprimer une crainte. Comme vous, nous pensons qu'un gouvernement composé de ministres régionaux wallons et bruxellois francophones est nécessaire pour mener une politique plus cohérente et efficace, encore faut-il qu'il puisse fonctionner. . .
En voulant construire cette unité francophone grâce à une Fédération birégionale, vous faites, comme à votre habitude, preuve d'optimisme face au problème institutionnel que connaît notre pays.
Certes, vous avez raison, la Flandre ne se réduit pas aux gifles données aux francophones.
La Flandre, c'est aussi Hugo Claus, Jan Fabre, etc. Mais la Flandre, c'est encore des centaines de milliers de personnes qui ont voté pour l'extrême droite, qui ne veulent plus de la Belgique ni des francophones ni de l'Union européenne. Hugo Claus était une grande figure mais je me demande où étaient les intellectuels flamands, les journalistes, les artistes, les penseurs ou les professeurs qui auraient dû empêcher la Flandre de se faire montrer du doigt sur la scène internationale.
Monsieur le ministre-président, je pense que votre projet est sur la bonne voie mais vous devez rester attentif à ne pas vider de sa substance le socle francophone qu'est la Communauté française, en favorisant à outrance la Fédération birégionale.
L'actualité montre bien que les francophones de Wallonie et de Bruxelles ont tout intérêt à se grouper et à conforter les liens qui les unissent. Je crains que le statut birégional n'aille pas suffisamment en ce sens.
Quant au génie de la langue, cela relève du débat philosophique. Aucune langue n'est plus magique qu'une autre. Certaines sont mieux soutenues sur le plan politique. Dans nos régions, le français a éradiqué le wallon. La Flandre, elle, a maintenu sa langue. La première déclaration des droits universels a été prononcée en français. La première démocratie, les Provinces-Unies, a vu le jour en langue flamande. Je ne crois pas qu'une langue ait un génie qui lui soit propre. Il n'en demeure pas moins que, pour l'instant, la Flandre n'a pas envie que l'on parle une autre langue sur son territoire. La partie francophone du pays n'a pas cette attitude.
M. Rudy Demotte,
ministre-président. - C'est mal connaître la Flandre d'imaginer
que le débat y est mené de manière unilatérale.
Dans De Morgen, Yves Desmet a écrit : " Bien sûr, les termes
utilisés sont parfois grotesques, font preuve de méconnaissance
face à la subtilité et à la complexité de nos relations
linguistiques. Il n'empêche, lentement mais sûrement, quasi chaque
instance internationale, chaque média se met à considérer
la Flandre comme une région égoïste et intolérante.
Nous devrions peut-être nous interroger pour savoir pourquoi nous renvoyons
à l'étranger l'image d'une société si crispée
et fermée sur ellemême. " Marc Reynebeau, chroniqueur au journal
De Standaard, écrit : " Le gouvernement flamand évacue le
problème en imputant la faute aux machinations des francophones ou à
l'ignorance des étrangers. Le problème se cache plus profondément
dans les lois linguistiques qui se heurtent à leurs propres limites.
Ces lois avaient été mises en place pour résoudre un problème
vieux d'un demi siècle : la tâche d'huile francophone de Bruxelles.
" Il rappelle que les Flamands ont fixé une frontière linguistique
pour mettre fin à ce traumatisme et, en développant un point de
vue original, il poursuit : " Le défi n'est plus de camper sur l'homogénéité
linguistique, à laquelle les autres locuteurs sont priés de s'adapter.
Cette homogénéité est depuis longtemps devenue une fiction.
" Aujourd'hui, le débat bat son plein parmi les intellectuels flamands.
Depuis quelques mois, l'évolution est manifeste. C'est la raison pour
laquelle je plaide avec conviction pour ne plus utiliser des formes d'organisation
qui ne fonctionnentplus. Je retrouve dans les propos de M. Miller une adhésion
pleine et entière à cette démarche. Moi non plus, je n'ai
jamais cru que la Communauté française était le lieu de
toutes les solutions. Elle n'a jamais eu assez de moyens ni de poids politique
pour mener son action à bien. Nous devons construire une autre structure
qui aura l'ambition et les moyens de défendre nos valeurs.
M. Richard Miller (MR). - Il est vrai que la Communauté française a toujours souffert d'un manque de moyens et de force politique. Je suis persuadé que la solution passera par le décloisonnement de la Communauté et des deux Régions.
Par ailleurs, il faut que la Communauté française continue à peser de tout son poids dans le débat politique à l'échelon fédéral.
Vous avez cité les minorités en reprenant l'article de Dirk Van Overbeke. Il est triste de constater que la Belgique, un des pays fondateurs de l'Union européenne, n'a toujours pas ratifié la convention-cadre sur la protection des minorités, en raison du refus de la Flandre, alors que c'est une des conditions de l'adhésion d'un nouveau pays à l'Union européenne.
On sent qu'une partie de l'intelligentsia flamande commence à se poser des questions. Il était temps ! Imaginez les questionnements, les débats, les affrontements qu'aurait suscités la décision de ne pas nommer trois bourgmestres élus par la population de notre côté de la frontière linguistique !