Lundi 19
octobre 2009
Au
Parlement wallon, en Commission du Budget, des Finances, de l'Emploi, de la
Formation et des Sports, question orale de M. Miller à M. Antoine, Vice-Président
et Ministre du Budget, des Finances, de l'Emploi, de la Formation et des Sports,
sur " l'offre d'emploi dans la Région de Mons-Borinage "
M. Miller
La question que je vais développer s'inscrit de façon générale
dans ce qui a été développé par notre collègue
M. Stoffels.
Monsieur le Ministre, une semaine spécifique a été consacrée
récemment à l'emploi. C'était l'occasion pour moi de souligner
la situation très difficile à cet égard de la région
de Mons Borinage.
La crise frappe la Wallonie, mais certaines zones du territoire wallon sont
davantage touchées que d'autres. Cela tient des raisons historiques,
circonstancielles mais il n'empêche que l'offre d'emploi n'est plus assez
conséquente.
En Wallonie, le FOREM reçoit de moins en moins d'offres d'emploi : 20
% de moins au premier semestre 2009 par rapport au premier semestre2008. Même
si cette baisse est un peu moins élevée dans ma région,
il n'empêche que le nombre de demandeurs d'emploi dans l'arrondissement
de Mons Borinage est déjà de l'ordre de 22%, à savoir 23.263
demandeurs d'emploi, ce qui représente 17% de plus que la moyenne de
la Wallonie.
Avec une difficulté qui n'est pas spécifique, mais dont les effets
sont dramatiques dans notre région, et Mme la Présidente connaît
bien cette région, à savoir qu'il y a des créations d'emplois,
mais ces emplois créés requièrent des niveaux de formation
élevés, alors que les demandeurs d'emploi souffrent précisément
d'un manque de formation.
Moralité, on assiste à ce paradoxe, à savoir que plus nous
créons d'emplois, plus nous avons de personnes sans emplois. Monsieur
le Ministre, cette semaine de l'emploi vous a-t-elle apporté des éléments
en courageantspour la lutte contre le chômage? La région de Mons
Borinage et les autres régions qui connaîssent des difficultés
similaires vont-elle faire l'objet d'une attention particulière de votre
part ?
M. Antoine,
Vice-Président et Ministre du Budget, des Finances, de l'Emploi, de la
Formation et des Sports. Je suis tout d'abord ravi de retrouver M. Stoffels,
qui m'a suivi pas à pas durant toute unelégislature.
C'est vrai que M. Stoffels et M. Miller évoquent des prévisions
en matière de chômage et, singulièrement dans le chef de
M. Stoffels, les chiffres avancés par l'IRES, que ce soit en matière
de perspective économique ou de demande de l'emploi.
Je ne peut qu'être d'accord avec vous: les conséquences de cette
situation sur celle des familles, le caractère dramatique de celle-ci
en terme d'épanouissement, cela nous frappe en premier.
Vous me demandez, au-delà des réalités humaines, de la
détresse humaine pour certains d'entre nous, d'évoquer des chiffres.
Je me permets de faire un commentaire: vous n'entendrez de ma bouche que les
commentaires du FOREM, parce que pour avoir été parlementaire
de nombreuses années, collègue d'un ministre de l'Emploi, il y
avait des chiffres du FOREM, des chiffres de l'IWEPS, des chiffres de BIT. Bref,
la perception et l'appréhension n'étaient pas la même.
Je considère que, dès lors qu'il y a un service public de l'emploi
en Wallonie, c'est lui seul qui peut donner les chiffres authentiques, sans
quoi nous sommes dans la conjoncture. Une fois pour toute, je m'aligne sur les
chiffres du FOREM, qu'ils soient bons ou moins bons, mais au moins nous pourrons
ainsi comparer au fur et à mesure des années. Dernière
communication, dès lors, du FOREM : la Région wallonne dénombre
213.421 demandeurs d'emploi, ainsi que 24.323 en stage d'attente quine sont
donc pas indemnisés -, tout cela porte le chiffre global à 237.744
personnes en situation d'attente d'emploi; ce qui représente 15,5% de
la population active, contre 14,6% l'année dernière. Il y a donc
0,9% de déterioration. C'est à la fois de trop, mais c'est finalement
appréciable par rapport à des régions ou des pays qui nous
entourent.
Globalement, même si vous ne verrez pas de satisfaction à mon propos
nous avons plutôt mieux résisté que d'autres par rapport
à la situation économique dramatique que nous traversons.
C'est vrai que la demande d'emploi reste orientée à la hausse
et l'étude des mouvements d'entrée et de sortie des demandeurs
d'emploi indique désormais une hausse de la dynamique de demandes d'emploi.
Le niveau des offres gérées par le FOREM, en septembre 2009, est
effectivement inférieur de 20%au volume des offres traitées en
septembre 2008. Il y a donc là une dépréciation qu'il faudra
surveiller de très près.
Le chômage temporaire, qui est calculé par l'ONEm, concerne plus
de 55.000 ouvriers wallons en août 2009, soit 55% de plus qu'en 2008.
Là, on voit de plein fouet la conjoncture économique. Votre commentaire,
Monsieur Stoffels, était correct : les entreprises, dans un premier temps,
essaient de garder la main-d'oeuvre, parce qu'elle est qualifiée, parce
qu'ils connaissent le personnel et ils attendent un retour de situation. C'est
en cela que je ne peux que me réjouir des propositions de Mme Milquet,
adoptées par le Gouvernement, de proroger l'ensemble des mesures du chômage
économique, parce qu'elles sont de nature à jouer le rôle
d'amortisseurs par rapport à la perte d'emploi, donc à l'accroissement
des demandeurs d'emploi.
Des prévisions d'emploi à trois mois sont à la baisse en
septembre, tant dans l'industrie manufacturière que dans le secteur de
la construction. L'activité intérimaire sur l'ensemble du pays
continue à décroître sur base annuelle.
Toutefois, pour le troisième mois consécutif, l'activité
d'intérim augmente légèrement, notamment dans le secteur
des ouvriers. Autrement dit, même s'il y a un besoin d'emplois, c'est
d'abord par l'intérim que l'on passe, compte tenu de l'incertitude économique
qui règne dans notre pays, dans notre Région.
Depuis octobre 2008, 27 entreprises ont confirmé au FOREM leurs intentions
de procéder à ce qu'onappelle un licenciement collectif. Nous
avons arrêté les compteurs à 1.039 pertes d'emploi sèches
pour ces entreprises mais il y a encore des rendez-vous sollicités auprès
du cabinet
L'ensemble de ces constats rend encore plus nécessaire l'application
de la loi de relance économique, qui étend le champ des cellules
pour l'emploi à tous les travailleurs faisant l'objet d'un licenciement
collectif; et ce, également pour les travailleurs de moins de 45 ans,
dont la participation à la CPE conditionnera le bénéfice
de la carte de restructuration et d'une indemnité de reclassement pendant
trois mois.
Cela permet également au travailleur en fin de contrat à durée
déterminée ou de mission intérimaire, d'intégrer
sur base facultative la cellule pour l'emploi, à condition qu'il justifie
d'un an d'ancienneté dans l'entreprise en restructuration.
Au niveau régional, qu'avons-nous fait ? Nous ne sommes pas restés
les bras ballants devant des chiffres aussi alarmants, tout comme au niveau
du budget. Première mesure que nous avons prise : l'organisation de plateformes
permanentes de reconversion qui, dorénavant, interviendront y compris
lorsqu'il y a moins de 100 licenciements.
Auparavant, il fallait 100 licenciements pour qu'il y ait cette dynamique-là.
Dorénavant, dès lors qu'il y a vingt pertes d'emplois, le dispositif
se met en place. Autrement dit, nous resserrons les conditions dans lesquelles
nous intervenons en termes d'accompagnement.
Deuxième élément, c'est ce que j'avais indiqué à
Mme Reuter lors d'une question d'actualité, c'est de
faire appel à des sociétés privées pour assurer
l'out placement privé. Autrement dit, il y aura des partenariats publics-privés
entre le FOREM, l'entreprise concernée, voire des sociétés
spécialisées pour dynamiser la recherche d'emploi, pour en trouver.
Toutes les formules sont souhaitables dès lors qu'elles débouchent
sur un reclassement, une réinsertion du travailleur. Bien évidemment,
nous le ferons en présence des délégués des organisations
syndicales pour les assurer de la pertinence de l'opération d'accompagnement
que nous leur menons.
Troisième élément qui est très important, Monsieur
Stoffels, et qui est vraiment à l'avantage de la Région wallonne,
c'est que ce type d'accompagnement rapproché interviendra, y compris
pour les personnes qui ont un contrat à durée déterminée
et intérimaires. Ceux-là n'étaient pas comptabilisés
dans les cents licenciements. On les laissait pour compte. Or, j'estime que
ce sont souvent les premières victimes de crises économiques,
de retournement conjoncture, ou de diminution de la commande. Nous les intégrerons
en la matière.
Du reste, un partenariat a été mis en place entre le FOREM et
FEDERGON pour, là aussi, maximaliser la reconversion, le recyclage et
la réinsertion de ces travailleurs, notamment dans le marché de
l'intérimaire, pour essayer de leur trouver de nouvelles situations.
Que vous dire d'autre pour la Région ?
Quatrième élément, en matière de formation, un effort
sera relancé dès le mois de janvier de l'année prochaine
pour quatre métiers sur le mois. Nous avons constaté, avec le
FOREM, qu'un grand nombre de demandeurs d'emploi s'inscrivaient dans une formation,
mais sur base d'ouï-dire parce que le beau-frère, le cousin, l'ami
l'a entendu, ou qu'il l'a lu.
Ce qui entraîne une défection très importante en cours de
formation. Dorénavant, nous souhaitons que le travailleur fasse un choix
justifié, motivé. Et donc, l'occasion pour eux de se frotter à
quatre métiers pour finalement n'en retenir qu'un, celui qui lui convient
le mieux et qui correspond à ses aspirations, ou à ses possibilités.
Relancer la formation en alternance, parce que c'est celle qui débouche
le plus souvent sur un emploi.
Et enfin, c'est la reconnaissance par un titre standardisé de l'acquis
qu'on a pu enregistrer dans la formation professionnelle. Toutes les écoles
conduisent à un diplôme équivalent. Tous les opérateurs
de formation ne conduisent pas à un titre identique. Selon qu'on est
formé par la promotion sociale, une OIP, l'IFAPME, le FOREM, le CPAS
ou d'autres intervenants, le contenu est différent et la forme l'est
tout autant. J'entends qu'à l'avenir, avec le service public des métiers
et qualifications francophones, nous ayons un titre équivalent qui vienne
sanctionner une formation, quelle qu'en soit sa forme, de quoi donner confiance
au travailleur, mais également et sûrement à l'entreprise
qui le mobilisera. Voilà pour les accents nouveaux du FOREM, sans oublier
le coach unique sur lequel j'ai déjà pu m'exprimer. Je vous rappelle
que ce projet sera d'application au 1er janvier, en doublant le nombre de référents,
tout cela se fera dans l'enveloppe du FOREM, avec en complément les fameuses
réserves dont parlait Mme Cornet tout à l'heure. Pour M. Miller,
plus typiquement, pour la région de Mons-Borinage, la semaine de l'emploi
s'est déroulée du 12 au 16 octobre. J'ai d'ailleurs eu le bonheur
de la clôturer personnellement à La Louvière ce vendredi.
Je crois que nous pouvons être très satisfaits de l'organisation
de la semaine de l'Emploi.
En ce qui concerne la cité du Doudou, il y a eu 1.508 visiteurs, 28 entreprises
présentes pour 316 offres d'emploi. Il y a eu 572 speed meeting qui ont
donné lieu à un contact direct entre un visiteur et un service
de recrutement. Il y a eu enfin 60 personnes qui ont pu tester leurs connaissances
linguistiques, 40 autres se sont livrées à un screening de leurs
atouts, de leurs compétences dans les différents métiers
et 64, dans le salon, ont décidé de s'inscrire à une formation.
Nous savons que, dans les jours et les semaines qui suivent, il y en a d'autres.
C'est donc un très beau succès qui se retrouve à Mons et
ailleurs. Parfois, on pouvait être sceptique sur cette opération
de semaine de l'Emploi, mais c'est vraiment l'occasion de mobiliser, à
l'échelle de la Wallonie, pratiquement 350 entreprises qui viennent avec
des emplois réellement disponibles et l'occasion ainsi de trouver des
demandeurs d'emploi, ou de leur permettre de se situer en termes de performances
par rapport à l'attente de ces futurs employés.
En ce qui concerne les jeunes demandeurs d'emploi, comme vous le savez Monsieur
Miller, on va continuer à accentuer l'action Job Tonic qui je pense avait
été parfaitement menée par mon prédécesseur.
En ce qui concerne la région de Mons plus particulièrement, nous
pouvons compter sur une task force Construction qui associe les entreprises
du secteur à la mise en oeuvre d'actions spécifiques de formation
et d'emploi. C'est une démarche originale, propre à votre région.
C'est le renforcement des contacts avec les entreprises qui, durant le premier
semestre de l'année 2009, ont permis de récolter 3.939 offres
d'emploi et les porter à la connaissance du public, soit via les canaux
de diffusion classique, soit en cours d'entretien, soit encore par un SMS. Contrairement
à ce qu'on dit, le FOREM travaille bel et bien par SMS dans la communication
d'offres d'emploi.
Enfin, la participation du FOREM des villes et communes concernées aux
actions menées par les différentes intercommunales je pense à
IDEA lorsqu'il s'agit d'accueillir de grandes entreprises comme Google, Microsoft,
ou encore Decathlon. J'espère prochainement pour IKEA et H&M, l'occasion
vraiment, dans l'attente de ce recrutement,
de préparer le personnel susceptible d'être engagé. Pour
le reste, ce sont les actions que je viens de décrire qui seront déployées.
Sachez que nous avons voulu maximaliser les moyens disponibles au FOREM. C'est
d'ailleurs pour cela, je m'en suis ouvert à un quotidien ce matin, qu'il
y aura des réorientations nettes, parce
que nous ne pouvons plus vivre au gré de la sédimentation des
différentes politiques et que nous avons besoin d'un accompagnement individualisé
et personnalisé, d'essai métier, d'augmenter l'offre de formations,
et notamment de formations en alternance, et déboucher sur une véritable
reconnaissance des efforts déployés par ces demandeurs d'emploi.
C'est donc un FOREM sous contrôle et sous pilotage. C'est en cela que
j'ai voulu rappeler le rôle des partenaires sociaux, qui ne sont pas là
comme Parlementaires de la cause sociale, mais comme administrateurs d'un outil
fondamental pour notre Région, sachant qu'il coïncide avec l'espérance
d'un grand nombre d'entre nous pour trouver un travail.
M. Miller
Je remercie M. le Ministre pour sa réponse.
Je reprends un peu également ce qui a été souligné
par notre Collègue, M. Stoffels, et je reviens sur ce que vous avez dit
à propos du fait que nous résistons mieux que nos voisins. C'est
exact, mais cela tient aussi, bien entendu, comme vous le savez, à la
nature des emplois. Une grande partie des emplois en Wallonie sont publics.
Ce qui, à court terme, est un avantage peut, à moyen et long termes,
se retourner contre nous, contre la population wallonne.
Cela étant, vous avez l'art de trouver les mots, je voudrais être
certain d'avoir bien compris : vous avez parlé de réorientation
nette pour éviter la sédimentation des politiques. Je pense que
cela signifie bien que votre volonté politique est de répondre
de façon spécifique à certaines situations et de ne pas
s'en tenir à une sédimentation qui couvrirait l'ensemble du territoire,
mais de réorienter à l'endroit nécessaire.
Donc, c'était un peu le sens de ma question. Je vous remercie pour votre
réponse.
M. Antoine, Vice-Président et Ministre du Budget, des Finances, de l'Emploi, de la Formation et des Sports. Vous avez bien compris. L'autre maxime, c'est " Aide-toi et le FOREM t'aidera ".
M. Miller
Ma Collègue, Mme Cornet, n'est pas là, on peut continuer.
Je souhaite quand même réinsister sur cette spécificité,
ou sur cette malédiction, que nous connaissons dans notre arrondissement,
à savoir que, plus on crée des emplois, plus ces emplois demandent
des qualifications, plus ces emplois sont évidemment ouverts à
l'ensemble de la population, mais malheureusement notre population souffre localement
d'un manque de formation. Il y a là un cercle vicieux qu'il faudrait
absolument réussir à briser.