Mardi
1er décembre 2009
Au Parlement de la Communauté française,
en commission de la Culture, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la presse,
du Cinéma, de la Santé et de l'Egalité des chances, question
orale de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture,
de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des chances,
relative à la " suppression de RTBF Sat et son remplacement par
La 3 "
Richard
Miller - Nous avons récemment appris que la RTBF prévoyait
d'abandonner le concept de RTBF Sat et de lui substituer une troisième
chaîne diffusée en Belgique. La " 3 " proposerait entre
autres des programmes spécifiques destinés à certains
publics cibles. D'après mes informations, il s'agirait essentiellement
de programmes pour enfants, du JT en traduction gestuelle et de films en version
originale sous-titrée, ce dont je me réjouis.
Néanmoins,
ce choix semble soulever quelques questions. La création d'une troisième
chaîne impliquait-elle obligatoirement la suppression de RTBF Sat ?
Ce programme constituait un lien non négligeable entre les Belges de
l'étranger et notre pays. Mais peut-être cet outil ne rencontrait-il
pas le succès escompté ?
Je salue
évidemment l'initiative de diffuser des films en version originale
sous-titrée. Nous avons souvent eu l'occasion d'en débattre
dans notre commission mais pourquoi réserver ce type de diffusion uniquement
à la troisième chaîne ? Je le regrette un peu. Je ne préconise
pas la diffusion de tous les programmes en multilingue mais bien celle des
films, surtout les films à succès.
Enfin,
je suis un peu sceptique sur l'avenir à long terme de ce projet.
Mme
Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé
et de l'Égalité des chances. - Les difficultés financières
de la Communauté française ont nécessité des mesures
d'économie dont certaines ont été appliquées à
la RTBF. Parmi celles-ci, la suppression de RTBF Sat et donc des coûts
de liaison satellite a été retenue. Ce choix a été
opéré en concertation avec la RTBF et nécessitera d'ailleurs
une adaptation du contrat de gestion.
Aucun des collègues du gouvernement n'a accepté de gaieté
de cœur une telle mesure, pas plus que celles imposées dans le
secteur. Mais faire des choix est le propre d'un gouvernement.
Si RTBF Sat a permis d'entretenir un lien avec les Belges francophones installés
dans d'autres pays d'Europe et au Moyen-Orient notamment, force est de constater
que cette chaîne proposait essentiellement des émissions produites
par la RTBF et déjà disponibles sur d'autres plates-formes.
La Une et La Deux sont disponibles dans l'offre Télé Sat qui
peut intéresser les abonnés belges séjournant régulièrement
en Europe. Par ailleurs, beaucoup d'émissions produites par la RTBF
sont diffusées mondialement sur TV5 Monde. Je viens de rentrer d'Ottawa,
où j'ai participé à la conférence des ministres
responsables de TV5. En termes de diffusion des programmes de la RTBF, j'ai
observé une montée en puissance de nos émissions sur
ces chaînes, non seulement parce que nous avons contribué à
l'augmentation de la dotation de fonctionnement de TV5, mais aussi parce que,
l'année dernière déjà, nous avions apporté
un montant de cent mille euros pour permettre la diffusion de nos productions
cinématographiques. TV5 Monde est réellement une très
belle vitrine pour nos auteurs francophones de Wallonie et de Bruxelles.
Enfin, l'essor de l'internet, par le biais de l'offre linéaire en radio
et non linéaire pour les programmes mis en ligne en télévision
de rattrapage sur le site de la RTBF depuis fin août 2009, permet aussi
de maintenir un lien fort entre la Communauté française, la
Belgique et nos citoyens qui résident ou voyagent à l'étranger.
Cette offre de télévision de rattrapage se veut spécialement
riche en ce qui concerne les programmes d'information accessibles au départ
de l'étranger, la RTBF ayant pris la bonne initiative d'acquérir
les droits des agences de presse internationales afin de permettre la diffusion
sur internet de ses journaux télévisés, sans restriction
de géolocalisation.
Quant à la diffusion de films en version originale sous-titrée
sur La Trois, je pense qu'elle répond à un souhait commun. D'ailleurs
M. Miller est lui-même un fervent défenseur de cette ligne. Dès
lors que la RTBF voulait assurer une cohérence dans ses grilles de
programmation sur La Une et La Deux, il était logique de placer cette
mission plus particulière - qui n'attire malheureusement qu'un public
encore relativement restreint, comme l'ont montré les expériences
passées - sur La Trois afin de ne pas perturber les grilles de programmation
des deux premières chaînes du service public. Quant au système
de multilinguisme évoqué, qui permettrait aux téléspectateurs
de choisir entre une version française et une version originale, la
RTBF précise qu'il ne pourrait être envisagé que moyennant
de lourds investissements technologiques et uniquement sur les réseaux
numériques de distribution par câble. Or ceux-ci sont loin de
constituer la norme en Communauté française.
Je serai prudente concernant l'avenir à long terme de La Trois. Mon
souhait est de la voir naître dès que possible, au plus tôt
en 2010 mais au plus tard en 2012, en fonction des moyens disponibles. L'expérience
de La Trois ne pourra être considérée comme réussie
que si cette chaîne enrichit effectivement l'offre des contenus du service
public pour les téléspectateurs de la Communauté française
et permet à la RTBF de mieux atteindre les différents publics
visés par son contrat de gestion. Je note d'emblée qu'en accueillant
l'ensemble de la programmation pour enfants, La Trois rendra cette offre plus
cohérente et permettra de proposer à nos enfants une chaîne
à accès libre qui leur sera dédiée et dépourvue
de publicité.
Richard
Miller - Je précise une fois encore que ma question ne se voulait
pas polémique. Je remercie la ministre de toutes ces informations qui
devraient nous mener à un débat sur l'ensemble de l'offre télévisuelle
et radiophonique de la RTBF.