Mardi
1er décembre 2009
Au Parlement de la Communauté française,
en commission de la Culture, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la presse,
du Cinéma, de la Santé et de l'Egalité des chances, question
de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de
l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des chances,
relative à " l'interruption volontaire de grossesse "
Richard
Miller - Dans la région de Mons-Borinage, seuls deux établissements
hospitaliers pratiquent l'avortement : Ambroise Paré à Mons
et Louis Caty à Baudour. Selon le quotidien La Province, près
de 600 interruptions volontaires de grossesse seraient pratiquées annuellement
: soit 190 à Mons et 400 à Baudour. Légal depuis 1990
en Belgique, l'avortement reste toutefois un sujet sensible. Certains établissements
de la région de Mons-Borinage refusent encore de pratiquer les IVG.
Les demandes augmentent et émanent de femmes de plus en plus jeunes.
Les raisons sont propres à chacune et il ne m'appartient pas d'en juger.
J'aimerais
avoir votre point de vue sur le nombre élevé d'IVG. La prévention
des grossesses non désirées est-elle suffisante en Communauté
française ? Une assistante sociale interrogée dans l'article
cité précise qu'elle rencontre parfois de très jeunes
filles de quatorze ans. Un médecin estime même que, depuis dix
ans, la contraception régresse. Parallèlement au rôle
crucial des parents que d'aucuns négligent, une prévention importante
devrait être mise en place dans les écoles. Qu'en pensez-vous
?
La Communauté
française accorde-t-elle assez d'attention à ce problème
? Que faire pour éviter le plus possible que des jeunes femmes ne traversent
cette épreuve psychologiquement douloureuse ? Où en est la généralisation
de l'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle
dans les écoles ? Une résolution avait été votée
en 1998 par notre parlement, à l'unanimité, si je ne me trompe.
Je ne saurais insister davantage sur l'importance de ce sujet d'autant que
les jeunes commencent à confondre IVG et contraception, surtout dans
une région socialement défavorisée comme celle de la
région de Mons-Borinage. C'est regrettable.
Mme
Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé
et de l'Egalité des chances. - L'éducation à la vie affective
et sexuelle est un thème qui me tient particulièrement à
cœur.
Outre
la prévention des grossesses non désirées et des infections
sexuellement transmissibles, l'éducation à la vie affective
et sexuelle est une opportunité pour promouvoir les relations égalitaires
entre les hommes et les femmes. La loi du 3 avril 1990 qui dépénalise
partiellement l'avortement met les médecins et leurs patientes à
l'abri des poursuites judiciaires. Elle permet surtout aux femmes en détresse
d'obtenir une interruption volontaire de grossesse dans de bonnes conditions
médicales et financières et de bénéficier d'un
soutien psychologique. Vous parlez de douleurs psychologiques ou morales.
J'ajouterai que l'IVG, tant médicamenteuse que chirurgicale, peut aussi
entraîner des douleurs physiques.
Il ressort des recherches réalisées en 2006 et 2007 par l'unité
d'éducation pour la santé de l'UCL que les grossesses involontaires
touchent davantage les milieux socioéconomiques défavorisés,
et se concentrent principalement dans les quartiers les plus pauvres, là
où les jeunes filles ont de faibles attentes sur leur avenir scolaire
et professionnel. Le statut socioéconomique aurait également
un impact sur les comportements contraceptifs et notamment sur l'utilisation
de la contraception d'urgence. Une étude réalisée en
mars 2009 par la Fondation roi Baudouin établit un lien entre les grossesses
précoces et la précarité sociale. Le phénomène
des grossesses chez les adolescentes est plus marqué en Région
wallonne, et tout spécialement dans le Hainaut.
Les centres laïques de planning familial qui réalisent des IVG
organisent une consultation psychologique avec la patiente avant et après
l'acte médical. Si cela se passe bien pour de nombreuses patientes,
il est probable que certaines d'entre elles vivent cette intervention plus
difficilement.
Au niveau de la prévention, dans la DPCn nous prévoyons la généralisation
de modules d'éducation à la vie relationnelle, affective et
sexuelle. Des projets pilotes ont été menés en 2008.
Le rapport d'évaluation devrait me parvenir très prochainement.
Après lecture, je prendrai les dispositions nécessaires en concertation
avec les acteurs du secteur afin de mettre en place les conditions d'une généralisation
progressive de ces modules. Dans la DPC, on prévoit également
un accord de coopération avec la Région wallonne et la Cocof
en vue d'établir un programme d'action et des mesures concrètes.
J'ai eu l'opportunité hier de visiter un centre de planning familial
à Bruxelles. Il pratique près de sept cents IVG par an. Certaines
femmes qui décident d'avorter ne peuvent malheureusement bénéficier
des prescriptions médicamenteuses en raison de difficultés financières.
La question du remboursement des médicaments relève de la compétence
de Mme Onkelinx. Je pense ici au Mifégyne qui est utilisé pour
les avortements médicamenteux. Mais ce médicament atténue
également la douleur des IVG chirurgicales. Certains plannings rencontrent
des difficultés à se faire rembourser le Mifégyne par
l'Inami puisque ce médicament n'est disponible que dans les hôpitaux
et les pharmacies hospitalières. Je ferai cependant mon possible pour
faciliter la vie des femmes en situation de détresse et promouvoir
les campagnes de prévention.
Enfin, différentes études, tant belges qu'européennes,
ont mis en évidence les éléments qui déterminent
une prise de risque en matière de sexualité. Il s'agit surtout
de la consommation d'alcool, de la maltraitance ou de l'absence de perspective
d'avenir. Les professionnels préconisent de développer des programmes
conséquents pour les écoles accueillant des jeunes qui cumulent
des vulnérabilités et sont donc plus susceptibles de multiplier
les prises de risques. Il est également essentiel de développer
ces mêmes programmes dans les lieux d'accueil et d'hébergement
pour jeunes dépendant des services d'aide à la jeunesse et de
protection judiciaire pour les jeunes en rupture scolaire.
Richard
Miller - Dans votre réponse, vous avez fait allusion aux coûts
des médicaments ou des interventions chirurgicales, et au montant remboursé
par la mutuelle. Je reviendrai sur cet aspect demain en séance plénière
car il me semble important d'aborder de manière globale la question
de la vie sexuelle et affective de ces jeunes filles qui, dans certains quartiers
du Borinage, vivent vraiment dans des conditions déplorables.
Vous avez
cité Mme Onkelinx. Je ne peux dès lors que vous encourager à
réfléchir sur les moyens d'obtenir davantage de soutiens financiers
pour améliorer à ces situations.