Mardi 1er décembre 2009
Au Parlement de la Communauté française, en commission de la Culture, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la presse, du Cinéma, de la Santé et de l'Egalité des chances, question de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des chances, relative aux " inégalités subies par les femmes à l'égard de la douleur, des maladies et des soins "

Richard Miller - Le Conseil des femmes francophones de Belgique, le CFFB, a récemment publié les conclusions de son colloque 2009 consacré, de façon générale, à la douleur. Une tribune a été publiée par La Libre Belgique ce 20 novembre ; elle était signée par Mme Denise Deliège, professeur émérite de l'Université catholique de Louvain, Mme Anne Berquin, vice-présidente de la Belgian pain association, et par Mme Chantal Couvreur, présidente de la commission Santé du CFFB.

Il en ressort que la douleur est globalement mal soignée et que nombre de traitements sont inadaptés et établis sur la base de diagnostics erronés. Diverses études cliniques et expérimentales démontrent que la population féminine est particulièrement victime de cet état de fait.

La cause première de la douleur féminine est l'appareil reproducteur féminin qui, tout au long de la vie, induit des douleurs spécifiques tels que les syndromes prémenstruels, règles, accouchements, ménopause. Il en résulte un affaiblissement qui favorise des maladies et douleurs comme migraine, arthrose, fatigue chronique, arthrite, cancer, fibromyalgie.

Les douleurs ressenties par les femmes sont plus fréquentes et davantage invalidantes. Leur intensité est souvent plus forte que celle des douleurs ressenties par les hommes. Les douleurs féminines auraient également une durée plus longue et agresseraient davantage le corps.

Loin des clichés traditionnels relatifs à la faiblesse de la gent féminine, les femmes sont amenées à endurer un haut degré de pénibilité.

Nombre de facteurs sont en jeu : physiologiques, hormonaux, neurobiologiques, fonctionnels, socioculturels, économiques et psychologiques voire simplement liés au quotidien. La vie professionnelle de la femme en est handicapée : absentéisme, absence de promotion, licenciement, chômage, etc. La vie affective et conjugale en pâtit également. Une prise en charge adéquate est donc nécessaire. Elle doit se fonder sur une bonne information du public concerné et de son entourage familial et professionnel. Il importe que des femmes n'aient pas recours par ignorance ou en désespoir de cause à des soins paramédicaux complémentaires coûteux et inappropriés.

Vos services ont-ils participé aux travaux de la commission de la Santé du Conseil des femmes francophones ? Quel regard portent-ils sur les conclusions ? Existe-t-il déjà des initiatives dans ce domaine visant, comme le demande le Conseil des femmes francophones, à synthétiser la littérature relative aux différences de ressenti de la douleur entre hommes et femmes ? L'objectif serait de mettre au point des procédures et des traitements plus appropriés et de mettre du baume sur les effets douloureux spécifiques au corps féminin. Quelles sont les campagnes d'information existantes ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des chances. - Je n'ai pas eu la chance de participer aux travaux du Conseil des femmes francophones en 2009, n'ayant pas en charge à cette époque les compétences de santé. Je partage le constat de la commission de la Santé de ce Conseil selon lequel les femmes et les hommes ne sont pas égaux devant la douleur, ni dans les représentations, ni dans les épisodes, ni dans les traitements proposés.
La prise en charge de la douleur par les professionnels doit se défaire d'une vision fataliste et prendre en compte le genre dans l'accompagnement et les soins. La douleur comme maladie dans la maladie doit être soulagée rapidement et adéquatement. L'avancée des connaissances scientifiques et médicales permet aujourd'hui de réduire parfois considérablement la douleur mais ce sont surtout les mentalités qui doivent évoluer. Comme le rappelle le docteur Alexandra Collard, la douleur est souvent traitée identiquement entre les sexes malgré une efficacité différente, selon le genre, de divers agents thérapeutiques. La douleur est parfois moins bien reconnue chez les femmes surtout quand aucune cause organique n'est décelée. Elle est alors traitée avec retard alors que le traitement doit être rapide pour éviter les séquelles. Un traitement inadéquat peut être influencé par des facteurs socioculturels. On constate que les traitements peuvent varier selon le sexe du praticien et du malade.
La lutte contre la douleur est un enjeu de santé publique. C'est un critère de qualité et d'évolution de notre système de soins de santé. Ma collègue ministre fédérale de la Santé, Laurette Onkelinx, a initié cette analyse grâce à des centres de référence de la douleur. À ma connaissance, il n'existe pas dans le secteur de la santé en Communauté française de synthèse de la littérature à ce sujet. Cette demande devrait être confiée au Conseil supérieur de la santé qui est l'organe d'avis scientifique du service public fédéral " santé publique, sécurité de la chaîne alimentaire et environnement ". Le Conseil a pour mission d'informer sur des sujets d'actualité et de fournir des avis objectifs, indépendants et scientifiquement fondés en matière de santé publique.
Il n'existe pas de campagne d'information spécifique à la douleur en Communauté française. Cela ne signifie pas que ce thème soit oublié par les associations de terrain. Je soutiens des programmes de promotion de la santé et d'éducation permanente destinés aux femmes. Ces programmes les encouragent à reconnaître leur vécu bio et psychosocial et à le communiquer à leur soignant afin qu'il en tienne compte dans son offre de soins.
Ainsi par exemple, l'asbl " Femmes et santé " veut favoriser l'autonomie et la responsabilité des femmes en valorisant leurs ressources dans chaque cycle de vie, selon leurs propres rythme, valeurs et vérités. Les Femmes prévoyantes socialistes proposent des modules " destination santé " permettant de mieux comprendre le système des soins.

Richard Miller - Je remercie la ministre pour ces éléments de réponse. Nous retrouverons cette question d'une démarche conjointe avec votre collègue Mme Onkelinx. C'est un élément