Mardi 20 octobre 2009
Au Parlement wallon, en Commission de l'Economie, du Commerce extérieur et des Technologies nouvelles, Question orale de Monsieur Miller à Monsieur Marcourt, Ministre de l'Economie, des PME, du Commerce extérieur et des Technologies nouvelles, sur « les fonds islamiques et l'accord intervenu entre l'AWEX et la banque saoudienne ».
M. le Président. - M. Prévot étant toujours dans une autre Commission, l'ordre du jour appelle la question orale de M. Miller à M. Marcourt, Ministre de l'Économie, des PME, du Commerce extérieur et des Technologies nouvelles, sur « les fonds islamiques et l'accord intervenu entre l'AWEX et la Banque saoudienne ».
La parole est à M. Miller.
M. Miller (MR). - Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, chers Collègues, un des avantages, qui est très maigre je peux en convenir - d'une présence « durable » dans l'opposition, c'est de pouvoir revenir sur des questions que l'on a déjà posées précédemment et où l'on n'avait peut-être pas obtenu toutes les réponses nécessaires. Alors on se dit .. .
M. Marcourt, Ministre de l'Économie, des PME, du Commerce extérieur et des Technologies nouvelles. - Je vous souhaite de vivre longuement avec ce privilège.
(Rires dans l'Assemblée).
M. Miller (MR). - Vous êtes gentil, mais je vais essayer que cela ne soit pas le cas. C'était une entrée en matière humoristique. Je ne savais pas exactement quel jour je la poserais et je ne savais pas que ce serait aujourd'hui qu'il faudrait faire preuve d'humour.
C'est le cas d'une question orale que je vous avais adressée, M. le Ministre, le 18 novembre 2008 et qui était relative aux « Fonds islamiques »; question suscitée par une déclaration de M. Swinnen selon qui l'AWEx « développait une réflexion » sur de tels fonds. Votre réponse n'avait pas apporté d'élément nouveau et donnait plutôt le sentiment - sans vouloir vous vexer - que vous aussi vous aviez découvert la problématique et la réflexion engagée par l'AWEX, à travers l'article.
C'était en novembre 2008, en plein démarrage de la crise financière qui allait secouer l'univers de la haute finance. Le 1er septembre dernier, le journal Le Monde a publié un article fort intéressant, intitulé, je cite : « Ignorant la crise financière mondiale, les banques islamiques prospèrent ». On y découvre que les actifs des 100 plus grandes banques islamiques ont augmenté de 66 % en 2008. Or, comme vous le savez, la Charia interdit de prêter de l'argent contre intérêt.
Ce précepte, et c'est là toute sa subtilité, doit se concilier, d'une façon ou d'une autre, avec l'obligation pour un organisme financier de proposer une gamme de produits présentant une plus-value et un rendement. Pas évident d'autant plus que la Charia interdit d'investir dans certains types d'entreprises, comme les casinos, l'alcool et l'industrie de la défense.
Selon le journal Le Monde, ce succès peut s'expliquer par la hausse du prix des hydrocarbures. Il faut bien constater que l'interdiction du prêt à intérêt a évité aux banques islamiques de se lancer sur le marché des crédits à risque, style subprimes, qui eux, sont à la base de la crise née aux États-Unis.
On peut également pointer l'expansion de la classe moyenne musulmane dans les économies émergentes. Cela étant, l'article insiste aussi sur des faiblesses de la finance islamique due notamment au manque de connaissances de leur fonctionnement par les experts en finance. De là, dès lors, la reprise de la question que je vous adressais, et où je trouvais d'ailleurs excellente l'initiative de l'AWEx, surtout au moment où il faut constater que nos exportations chutent et que les investissements étrangers en Wallonie suivent la même pente.
Dans la Libre Belgique du 30 septembre dernier, M. Swinnen confirme « la volonté de l'AWEx d'offrir de nouvelles opportunités à nos entreprises en travaillant avec les banques islamiques et un accord serait bientôt signé avec la banque saoudienne après un an de travail ».
Je reviens donc à la question : quel est ce nouveau modus operandi davantage adapté à la finance islamique ? Quel est l'apport de l'accord intervenu avec la banque saoudienne ? Peut-on voir s'étendre cette politique à d'autres pays islamiques ? Quelles sont les garanties évoquées par M. Swinnen relatives au non-financement d'activités suspectes par ces banques ?
M. le Président. - La parole est à M. Marcourt.
M. Marcourt, Vice-Président et Ministre de l'Économie, des PME, du Commerce extérieur et des Technologies nouvelles. - Je voudrais peut-être apporter, avant d'en venir au coeur de la question, une nuance à ce qui vient d'être indiqué par M . Miller. C'est vrai que nos exportations sont en baisse, pour le premier semestre de cette année. Autant elles sont en diminution - mais elles sont en moins forte diminution d'ailleurs que nos voisins sur le marché européen -, autant elles continuent à croître dans les pays émergents, que l'on appelle les pays « briques » (le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine), où là, elles sont toujours en croissance . Je voudrais donc qu'on nuance cet élément qui me parait être intéressant. Mais globalement, il a raison, il y a eu, pour la première fois, une réduction d'exportations en 2009.
M. Miller l'a indiqué. Depuis 2008, suite à des contacts avec des décideurs financiers du Golfe, l'AWEx s'est plus particulièrement intéressée à la finance islamique. Trois études complémentaires ont été menées en 2008 par des experts extérieurs. Le réseau des attachés économiques commerciaux de l'AWEx dans les pays concernés a été sollicité pour valider les conclusions de ces études.
Sur ces bases, l'AWEx s'est dotée
en 2009, et par concours extérieur, d'une expertise de base sur cette
question. L'objectif de l'AWEx est double :
• supporter la démarche exportatrice des entreprises wallonnes,
sensibiliser nos exportateurs à l'avantage concurrentiel que peut représenter
cette dimension lorsqu'ils développent leurs activités dans les
pays du Golfe ;
• favoriser l'accueil d'investisseurs musulmans.
•
Une réflexion est actuellement en cours pour définir le type d'outils
qu'il conviendrait de mettre sur pieds pour pouvoir attirer en Wallonie des
investisseurs en provenance de ces États. L'AWEx, organisme d'intérêt
public, cherche donc simplement à doter nos exportateurs d'un avantage
concurrentiel spécifique et à accueillir avec une plus grande
empathie, des investisseurs de ces régions.
Durant l'été 2009, l'AWEX a mené des contacts exploratoires avec la Banque islamique de développement basée à Djedda en Arabie Saoudite où je me rendrai d'ailleurs le week-end prochain. Sorte d'équivalent de la Banque mondiale, elle est cependant focalisée sur les 57 pays de l'Organisation de la Conférence islamique abritant au total environ 1,5 milliard de personnes ce qui représente 22 % de la population mondiale à fin 2008,
Un memorandum of understanding sera d'ailleurs signé au cours de la mission économique qui se déroulera fin de la semaine et début de la semaine prochaine en Arabie Saoudite et que j'aurai l'occasion de parrainer.
Cet accord portera sur des échanges
équilibrés entre les deux parties couvrant les domaines suivants
:
• la Banque islamique de développement aidera l'AWEX à développer
les échanges commerciaux et les investissements réciproques entre
les acteurs économiques et financiers des pays du Golfe et leur contrepartie
en Wallonie, en Belgique et en Europe ;
• l'AWEX de son côté, facilitera l'accès des entreprises
des pays du Golfe aux techniques entrepreneuriales européennes que la
Banque islamique de développement souhaite promouvoir.
•
Nous en sommes là aujourd'hui. Nous continuerons à travailler
avec eux et je ne manquerai pas, à mon retour, de vous faire un rapport
plus complet, si vous le souhaitez, sur les éléments que j'aurai
recueillis des divers entretiens que j'aurai eus avec les responsables de la
Banque de développement.
M. le Président. - La parole est à M. Miller pour une courte réplique.
M. Miller (MR). - Je crois effectivement que ce dossier mérite d'être à la fois suivi par nous et poussé par le Gouvernement. Je me réjouis donc de cette visite annoncée par M. le Ministre. Je ne manquerai évidemment pas d'être attentif à ce qu'il en ressortira. Je reviendrai vers vous par le biais d'une question ou d'une interpellation pour montrer l'intérêt de mon groupe pour ce type de dossier, ce type de démarche. J'avais eu l'occasion l'année dernière, je pense, de vous interroger M. le Ministre sur les relations commerciales entre la Wallonie et la Turquie. Vous aviez apporté des éléments de réponse extrêmement intéressants, démontrant l'existence des liens conséquents et prometteurs d'avenir entre la Wallonie et ce pays.