Mercredi 21 mai 2008

Au Parlement de la Communauté française, en Commission des Relations internationales et des Questions européennes : Question de M. Richard Miller à Mme Marie-Dominique Simonet, vice-présidente et ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales, relative à " la Chine et à notre enseignement supérieur "

M. Richard Miller (MR). - Il y a chaque année en Chine douze millions de candidats à l'enseignement supérieur pour 1 300 universités. En mai2005, un accord, signé entre le ministère chinois de l'?ducation, l'université des Langues étrangères de Pékin et l'ensemble des institutions d'enseignement supérieur de la Communauté française, visait à créer un Centre Confucius de langue et de culture chinoises à Liège.

Grâce à cet accord, vous souhaitiez développer un lieu de référence commun à l'ensemble des institutions d'enseignement supérieur de la Communauté française pour mieux valoriser nos expertises.

Quel est le bilan des activités du centre Confucius ? Où en est l'accord de coopération entre, d'une part, le CGRI, le FNRS et nos trois académies et, d'autre part, le Chinese Scholarship Council, qui gère l'envoi des meilleurs doctorants et post-doctorants chinois à l'étranger ainsi que l'accueil des étudiants étrangers en Chine ? Cet accord demandé par nos universités était censé être un outil primordial pour l'accueil des meilleurs chercheurs chinois dans nos laboratoires et l'envoi des chercheurs de la Communauté française en Chine.

Où en est l'accord de coopération entre le CGRI, la Communauté flamande, la Communauté germanophone, le SPF des Affaires étrangères et le DAAD, c'est-à-dire le service allemand d'échanges universitaires ? Son objectif répondait à un besoin précis : sélectionner au départ de Pékin les étudiants chinois désireux d'étudier en Europe en détectant ceux qui utilisaient ce moyen dans le seul but de rejoindre la Belgique.

Enfin, vous annonciez la nomination, via le CGRI, d'un lecteur de français à Pékin pour la rentrée académique 2006-2007. Outre ses missions d'enseignement, il devait assurer la promotion de l'enseignement supérieur et de la recherche de la Communauté française en Chine et collaborer étroitement avec le DAAD. Est-il déjà en fonction ?

En octobre 2006, ayant bien compris les opportunités de collaboration entre nos établissements, vous vous rendiez en Chine avec des représentants de notre enseignement supérieur et du FNRS.

Quel est le nombre d'étudiants du supérieur en Chine ? Augmente-t-il ? Dans quelles filières sontils le mieux représentés ?

Plusieurs sources concordantes affirment que les autorités chinoises délivrent les visas plus difficilement qu'auparavant. Est-ce aussi le cas pour les étudiants ? Quels conseils donnez-vous à ceux qui doivent impérativement se rendre en Chine pour y poursuivre leur cursus et qui rencontrent des problèmes ?

M. le président. - Je me permets de rappeler que j'ai déposé une proposition relative à l'enseignement du chinois qui n'a pas encore été examinée. Il est temps de faire le point sur notre collaboration avec la Chine et cette question vient à propos.

Mme Marie-Dominique Simonet, viceprésidente et ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales. - L'enseignement du chinois progresse en Communauté française. Comme vous le soulignez, les activités et les partenariats de nos institutions d'enseignement supérieur se multiplient tant pour les échanges avec les établissements chinois que pour l'apprentissage de la langue.
Le Centre Confucius de la Communauté française fonctionne actuellement avec quatre enseignants qui dispensent des cours de langue chinoise moderne et d'introduction à la peinture et à la calligraphie chinoises. De nouveaux cours pour le secondaire ont été créés en collaboration avec le lycée Saint-Jacques de Liège. Ils sont ouverts à tous les élèves de la Communauté française et comptent 26 inscrits pour l'année 2007-2008. Le Centre a également développé un cycle de conférences en collaboration avec l'UCL, l'ULB, l'Institut libre Marie Haps et la Haute-école de Bruxelles. Il offre également des formations pour les entreprises en collaboration avec l'Awex et la Chambre de commerce de Belgique-Chine. Nous profiterons de la prochaine visite de M. Zhang Xinsheng, vice-ministre chinois de l'éducation, pour signer l'accord entre le China's scholarship Council (CSC), le FNRS et le
CGRI/DRI dont les négociations avaient débuté en 2006. Celui-ci se concrétisera par l'échange d'étudiants, de chercheurs et d'enseignants entre les institutions universitaires de la République populaire de Chine et de Wallonie-Bruxelles, soit une trentaine de boursiers par an dans les deux sens. Dans le cadre de cet accord, chaque partie financera ses ressortissants. Depuis 1992, le CGRI ne finançait plus les échanges de boursiers avec la Chine. La mise en oeuvre de l'accord avec le CSC et du programme de travail établi fin 2007 lors de la session de la première commission mixte " Sciences et Technologies " permettra de relancer ces échanges. L'accord entre le CGRI et le DAAD a été signé en mai 2007. C'était également le cas pour les Communautés flamande et germanophone. Le système en place depuis la rentrée 2007-2008 fonctionne bien, à la satisfaction de tous les intéressés, y compris du SPF Affaires étrangères - l'ambassade à Pékin ne délivrant en effet le visa étudiant que sur présentation du certificat APS, fourni par le bureau du DAAD près l'ambassade d'Allemagne en Chine - et de l'Office des ?trangers, qui est pour sa part soucieux d'éviter les abus rencontrés précédemment dans le cadre de la délivrance de visas étudiants. Un expert recruté par le CGRI/DRI, professeur à la Haute école de Bruxelles, se rend sur place deux fois par an et fait partie de l'équipe APS à Pékin qui s'occupe des interviews. Pour rappel, le mécanisme mis en place par l'Allemagne et que nous avons repris vérifie l'authenticité et la plausibilité du diplôme du candidat, ses connaissances de base dans la filière choisie et son niveau de français. La sélection des candidats relève de la compétence de nos institutions. Ce système est très pragmatique et permet d'éviter des candidatures non appropriées. Par ailleurs, depuis deux ans, un lecteur du CGRI est en poste à l'Université des Langues étrangères à Pékin. En septembre 2008, un second lecteur sera en poste à Shanghaï. Comme prévu dans son cahier de charges, le lecteur à Pékin s'occupe, parallèlement à sa fonction d'enseignant, de promouvoir notre enseignement supérieur à travers divers salons de l'étudiant organisés en Asie du Sud-Est. Il a ainsi pu nous représenter aux salons de Pékin, de Shanghaï, d'Hanoï, de Ho-Chi- Minh-Ville et de Kuala Lumpur. Par contre, pour des raisons diplomatiques, il n'a pas pu collaborer directement avec le DAAD. En effet, notre expert à l'APS doit être enregistré en tant que personnel technique de notre ambassade, ce qui l'empêche de travailler sur le territoire chinois. Le nombre de nos étudiants en Chine est en augmentation. Il a quadruplé, passant d'une douzaine de boursiers en 2004-2005 à 48 en 2007- 2008. Durant cette dernière année académique, un peu plus d'une centaine d'étudiants belges se sont inscrits auprès de notre ambassade à Pékin. Ces chiffres concernent uniquement Pékin et pas les consulats de Shanghai et de Canton. Les francophones représentent environ un tiers des inscrits. Le nombre d'étudiants flamands est majoritaire en raison de la présence, en Communauté flamande, de deux universités, KUL et Gand, qui organisent des formations en sinologie. Les francophones sont presque exclusivement des étudiants en langue chinoise. Rares sont les étudiants belges se rendant en Chine pour suivre une autre formation qui nécessite a priori la maîtrise du chinois. Peut-être cela changera-t-il à moyen terme. Nous avons pris contact avec notre poste diplomatique à Pékin qui ne nous a fourni aucun élément objectif témoignant d'une quelconque entrave dans la délivrance des visas d'étudiants. J'ai entendu parler du problème que vous évoquez. Cependant, ni mon administration ni notre poste diplomatique à Pékin n'ont été saisis de plaintes de ce type émanant d'étudiants francophones. Peutêtre des jeunes désirant se rendre en Chine en dehors d'un projet d'études sont-il confrontés à un refus de visa mais il s'agit là d'une autre problématique. Les étudiants étrangers reçoivent un visa correspondant à la durée effective de leurs études. Il n'est normalement pas renouvelé quand il arrive à échéance sauf si l'étudiant prolonge sa formation dans une institution reconnue en Chine. Les recommandations classiques sont d'usage pour les étudiants voulant étudier en Chine. Ceux qui disposent d'une preuve d'inscription dans une institution chinoise, comme une attestation d'inscription, une preuve de paiement du minerval ou l'octroi d'une bourse, ne rencontrent généralement pas de problème de visa.

M. Richard Miller (MR). - Je remercie la ministre de sa réponse extrêmement complète et très positive sur le fond. Ces éléments méritaient d'être soulignés.