22 avril 2008
Au Parlement de la Communauté française, en séance plénière, Richard Miller pose une question à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, relative à " l'évolution du dossier de TV5 "
Richard Miller - Il semble que l'évolution du dossier de TV5, qui nous tient particulièrement à coeur en tant qu'organe de la Francophonie internationale et de notre Communauté française de Belgique, soit plus négative que les récents articles de presse parus à ce sujet l'ont fait paraître.
Vos dernières déclarations à la presse, madame la ministre, donnaient plutôt l'impression que les choses avançaient positivement. Votre réponse en commission était déjà un peu plus réservée.
Où en est ce dossier ? Pensez-vous toujours qu'une solution satisfaisante, tant au niveau de la Communauté française que des bailleurs de fonds francophones, soit toujours possible ? Vous le savez, je suis persuadé que le gouvernement de la Communauté française porte une part des responsabilités dans les choix budgétaires qui ont été faits. J'espère que l'on pourra dégager une solution.
Nous suivrons en tout cas avec attention l'évolution de ce dossier.
Mme
Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Le dossier
de TV5 ne cesse d'évoluer, ce qui explique, monsieur Miller, que l'on
puisse parfois afficher un certain optimisme et déchanter quelque temps
plus tard. Je voudrais vous faire part de la situation actuelle du dossier de
façon claire et précise. Je commencerai par informer M. Galand
des derniers développements. Nous avons eu, la semaine dernière,
des discussions très tendues avec notre partenaire français. Considérant
ne pas être suffisamment entendus par la France, les partenaires francophones
ont pratiqué la politique de la chaise vide à la réunion
du mercredi. Pour diriger la holding - dont on ignore encore le nom mais qui,
en tout cas, ne s'appellerait plus France Monde -, Paris a désigné
M. de Pouzilhac. Celui-ci devait terminer le mandat de M. Bonnemain, président
de TV5. Cette nomination n'a pu être confirmée en l'absence des
partenaires francophones qui estimaient n'avoir pas reçu toutes les garanties
demandées. Dans un non paper, le Canada, sans remettre en cause la désignation
de M. de Pouzilhac comme président de TV5, souhaite qu'il soit secondé
par un directeur général. Pour l'instant, la France propose un
directeur général délégué. Mais, pour les
partenaires francophones, les missions proposées pour ce directeur général
sont assez légères et ne garantissent pas l'autonomie de gestion
de TV5. Ces questions peuvent paraître symboliques mais elles sont importantes
pour la gouvernance. Même si cette proposition ne recueille pas l'unanimité
des pays francophones, je défends l'idée d'un appel à candidatures
international, afin de recruter le meilleur directeur général
possible qui puisse assurer des missions concrètes. Plusieurs questions
ont été posée lors du débat qui a suivi ma proposition
: le directeur général doit-il être français ou seulement
appartenir à un État francophone ? Ce sont des questions superfétatoires.
Pour l'instant, le plus important est d'avoir un directeur général
qui assume de vrais missions à côté du président.
Il est aussi primordial qu'il conserve la maîtrise des missions touchant
à la distribution et à la commercialisation de TV5. Nous avons
fait des concessions à la France, notamment dans la désignation
de M. de Pouzilhac, mais nous ne pouvons pas en faire davantage. La direction
générale de TV5 doit être occupée par une personne
qui assume pleinement ses fonctions et travaille en collaboration avec son président.
Nous ne voulons pas d'un directeur général fantoche.
Monsieur Miller, je voudrais réagir à votre question d'actualité
qui me semble surtout polémique. De l'opposition, il est facile d'affirmer
que le gouvernement de la Communauté française est responsable
de la situation désastreuse de TV5. Mais le problème est bien
plus complexe ! Aujourd'hui, la France n'envisage plus le problème de
TV5 uniquement en termes de rééquilibrage financier. Ce n'est
plus à l'ordre du jour. Pour terminer sur une note positive, je voudrais
rassurer M. Galand et lui dire que nous n'oublions pas la piste de l'élargissement
de TV5 à des États francophones non encore partenaires. Vu le
battage médiatique et les difficultés pour les partenaires déjà
inscrits dans le projet, il me semble prématuré d'en associer
de nouveaux dans un dossier aussi conflictuel. Enfin, je vous informe qu'une
téléconférence est prévue aujourd'hui à 16
heures entre les représentants des quatre pays francophones. Le 29 avril
se tiendra une réunion du conseil d'administration qui doit en principe
avaliser la désignation de M. de Pouzilhac pour achever le mandat de
M. Bonnemain et envisager la mise en place d'un directeur général.
Pour ma part, je tiens vraiment à une sélection internationale
des candidatures.
Richard Miller- Par deux fois, la ministre a reproché à ma question son manque de fond et a jugé mes propos polémiques. Dans une assemblée politique dont le rôle est de contrôler l'action du gouvernement, rappeler qu'en 2005 le gouvernement de la Communauté n'a pas répondu à la demande de révision du financement de TV5 n'a rien de polémique !
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - M. Sarkozy n'était pas encore président de la République, monsieur Miller !
Richard Miller- J'ai la parole, madame la ministre ! Dès qu'une question met en évidence votre responsabilité dans un dossier, vous le prenez toujours très mal. Les parlementaires sont toujours des polémistes, ils sont toujours de mauvaise volonté. Non, je fais mon travail de député !
Vous avez déposé en commission parlementaire une note dans laquelle il est précisé qu'en 2005 la France avait demandé aux pays bailleurs de fonds de revoir le financement de TV5, ce que ces pays, dont la Communauté française, ont refusé.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Il n'y a donc pas que la Communauté française !
Richard Miller - À la même époque, vous avez fait un choix en faveur d'Arte. Notre souhait est qu'on résolve le problème de TV5 et que la Francophonie internationale continue à utiliser cet outil.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Nous l'avons fait, monsieur Miller.
Richard Miller - Ce n'est pas ce que vous avez fait en 2005 et c'est mon droit de le dire et de le répéter à la tribune. Cela se trouve dans votre note même.
Vous nous dites ne pas être une ministre qui influencerait la grille de la RTBF en fonction de ses goûts personnels. Je voudrais préciser que, lorsque j'étais en fonction, je n'ai jamais imposé une émission à la RTBF.
Mme
Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Mais vous
avez fait des déclarations sur vos goûts personnels lorsque vous
étiez ministre de l'Audiovisuel.
Richard Miller - Je suis encore maître de mes déclarations !
Mme
Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Je voulais
simplement dire que nous sommes différents.
Richard Miller - Je pense que nous sommes différents
parce que vous avez imposé une émission, " 50 Degrés
Nord ", qui arrangeait le parti socialiste.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel
. - Je ne l'ai pas imposée, je n'ai fait que répondre à
une demande du secteur.
Richard Miller - Non, vous avez imposé une émission en accord avec Arte, parce que cela arrangeait le parti socialiste.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - À quel point de vue ?
Richard Miller - On connaît la couleur politique de Jérôme Clément et d'Arte.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Vous faites un procès d'intention et j'espère qu'il en sera pris acte dans le compte rendu.
Richard Miller - J'assume mes propos. Je constate cependant que lorsqu'un parlementaire vous pose une question qui vous gêne, il s'agit toujours pour vous d'un procès d'intention.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Je n'aime pas les procès d'intention. Les questions ne me dérangent pas et j'y réponds toujours avec précision comme vous avez pu le remarquer puisque vous êtes président de cette commission. Ce que je ne supporte pas, c'est la mauvaise foi, le mensonge et les procès d'intention. J'ai connu aujourd'hui des situations de ce type lors des échanges autour de deux questions et je trouve cela dommage.
Richard Miller - Les parlementaires ont le droit de s'exprimer. M. Reinkin a le droit de vous poser une question sur le Botanique et j'ai le droit de vous faire remarquer que l'accord financier avec la chaîne ARTE. . .
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Dire que c'est pour faire plaisir à Jérôme Clément, alors là, c'est chapeau !
M. le président. - Je propose de revenir au sujet.
Richard Miller - Sans procès d'intention, je persiste à dire que, de mon temps, aucune émission n'a été imposée à la RTBF. Ensuite, il ne s'agit ni de vos goûts personnels ni des miens, mais de missions de service public qui sont bel et bien définies dans le contrat de gestion. Je reviendrai sans cesse avec la même question : comment les séries achetées par M. Bigot cadrent-elles avec ces missions ?