Actualité :
Jeudi 24 janvier 2008,
au Parlement de la Communauté française, en Commission
de la Culture, de la Jeunesse, de l'Audiovisuel, de l'Aide à
la Presse et du Cinéma
Question orale de M. Richard Miller à
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, relative
au " Magazine TV5 consacré au cinéma "
Richard Miller - Je quitte quelques instants
la présidence pour poser ma question.
Un article publié dans Le Monde de ce 13 janvier nous apprend
qu'à partir du 14 janvier, le critique de cinéma et
réalisateur Michel Pascal animera, du lundi au vendredi,
sur TV5 Monde une émission intitulée " 25e image
", avec au programme, l'actualité du Septième
Art, coulisses de tournage, portraits d'acteurs, de réalisateurs,
de producteurs, etc.
Le titre de l'article a attiré mon attention : " TV5
Monde lance un magasine consacré au cinéma français
". Le texte cite aussi le cinéma francophone.
Compte tenu de la réflexion en cours dans l'Hexagone sur
l'avenir français de la chaîne, je souhaiterais savoir
moyennant quel équilibre cette émission sera ou non
dédiée à l'ensemble du cinéma francophone,
en ce compris celui de la Communauté française.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture
et de l'Audiovisuel . - L'article du Monde couvre bien le cinéma
francophone et non le seul cinéma français, lorsqu'il
s'agit de définir le contenu de l'émission diffusée
quotidiennement par TV5 Monde. Le générique de l'émission
évoque du reste sa ligne éditoriale : " 25e image
, c'est l'info du cinéma francophone chaque jour de l'année
". Le président directeur général de TV5
Monde a tenu à m'indiquer que l'émission traiterait
de façon équitable de la production du cinéma
francophone de Belgique, de Suisse, de France, du Québec
et du Canada. Une place sera aussi réservée aux cinémas
du sud. Au passage, M. Bonnemain ajoute qu'une grande partie de
la production cinématographique francophone est constituée
de coproductions franco-belges. Concrètement, TV5 Monde devrait
aussi prochainement s'intéresser à la Cinémathèque
royale de Belgique. Même s'il s'agit d'une institution fédérale,
celleci est dépositaire de la mémoire du cinéma
belge francophone. La 25e image aura en effet aussi une dimension
patrimoniale. TV5 a tenu à rappeler le partenariat qui la
lie de longue date au Festival international du film francophone
de Namur. Si l'émission se révèle trop déséquilibrée,
je ne manquerai pas d'en faire part au PDG de la chaîne. Lors
de la conférence des ministres responsables de TV5 tenue
à Lucerne le 8 novembre 2007, la France s'est engagée
à déposer pour la midécembre 2007 une note
relative à l'évolution de TV5 Monde, dans le cadre
de la réforme de l'audiovisuel extérieur français.
Cette note m'est finalement parvenue par voie diplomatique, le 11
janvier 2008. Jamais les ministres responsables de TV5 Monde n'ont
demandé à la France d'obtenir copie du rapport français
relatif à cette réforme. A priori, il s'agit d'un
document politique interne qui entend redéployer les moyens
que la France souhaite accorder à son secteur audiovisuel
extérieur. La note française sert de base à
l'analyse des gouvernements bailleurs de fonds de TV5 Monde. La
France s'est engagée à tenir des réunions bilatérales
au niveau politique. À ce jour je n'ai encore fixé
aucune date, dans la mesure où on ne m'en a pas encore proposé
une. Sachez que le Canada, le Québec la Suisse et notre Communauté
se sont entretenus de manière informelle afin de prendre
position. Il s'agissait dans un premier temps d'échanger
des informations sur le retard de la France dans le dépôt
de sa note, alors que la presse de l'Hexagone publiait régulièrement
des articles sur le contenu du rapport français. Dans un
second temps, ce dossier a fait l'objet d'une conférence
téléphonique, ce mardi, entre hauts fonctionnaires
responsables afin de discuter de la note française et de
définir une position commune. Des contacts bilatéraux
ont été noués sans attendre les autres gouvernements
bailleurs de fonds. Il y a une réelle convergence dans l'analyse
du document français. La volonté d'adopter une position
commune est manifeste. Ce document est critiquable à bien
des égards. Il ne s'étend guère sur les constats
ni sur les solutions proposées. En fait, le texte ne peut
se comprendre sans être relié au rapport français
sur la réforme de l'audiovisuel extérieur. D'une manière
ou d'une autre, les partenaires étrangers devront disposer
de certaines données factuelles contenues dans le rapport
Benamou. Je vous livre une première analyse de la note datée
du 11 janvier 2008. L'auteur commence par mettre en avant les quatre
principes fondateurs du partenariat pour TV5 Monde, principes attachés
à la notoriété d'une chaîne perçue
comme francophone, pluraliste, indépendante et porteuse de
diversité. Il s'agit d'assurer la continuité de la
marque TV5, de maintenir la gouvernance multilatérale tout
en prônant les valeurs universelles - dont la diversité
culturelle-, de conserver la nature généraliste de
la chaîne et de continuer à proposer des émissions
d'informations en toute indépendance éditoriale avec
un regard pluraliste et, enfin, de pérenniser les réseaux
de distribution. De ces titres-principes, l'auteur tire les premières
conclusions opérationnelles. Tout d'abord, la marque TV5
Monde doit également être développée
au Canada. Ensuite, le pilotage politique entre partenaires égaux
doit être maintenu en vue de définir les grandes orientations
de la chaîne. Par ailleurs, la gouvernance quotidienne de
la chaîne doit respecter les droits de chaque actionnaire.
TV5 Monde continuera à diffuser des journaux télévisés
des chaînes partenaires. La position favorable de TV5 dans
sa distribution mondiale ne doit pas faire oublier l'enjeu fondamental
de diffusion que représente internet. Jusque-là, la
note reste dans la perspective des lignes rouges tracée à
Lucerne. Il apparaît ensuite que la note est rédigée
par une autre personne que celle qui a été chargée
de l'introduction. Les intentions restent louables dès lors
qu'il s'agit de redynamiser TV5. Sur le plan éditorial, la
note propose une chaîne généraliste mais limitée
à la diffusion de fictions, de productions cinématographiques
reflétant la diversité de la production francophone
et de JT, magazines et documentaires constituant une télévision
du réel. La programmation actuelle de TV5 est décrite
comme hétéroclite, ce qui l'empêcherait de se
forger une identité forte et moderne et nuirait à
une stratégie de communication efficace et novatrice. La
note propose pour TV5 une mission de rayonnement du patrimoine audiovisuel
francophone et de promotion de la langue française. La chaîne
doit rassembler son public autour des valeurs de la Francophonie
: démocratie, diversité culturelle, laïcité,
défense des grandes causes planétaires (développement
durable, lutte contre la pauvreté et la maladie). Elle doit
constituer une alternative aux dynamiques de rupture entre les peuples.
TV5 Monde est clairement présentée comme complémentaire
des grands réseaux d'information continus comme France 24.
Sur le plan technologique, la note propose que TV5 Monde multiplie
son offre de programmes en la rapprochant des attentes et des modes
de consommation de son public. La diffusion d'un ou de plusieurs
signaux sur internet est présentée comme un impératif
absolu, ainsi que l'offre de contenus délinéarisés
comme la VOD, utile pour surmonter la difficulté des fuseaux
horaires. Cette évolution serait facilitée par la
mise en commun de fonctions de veille technologique au sein de l'audiovisuel
extérieur français, tout en exploitant l'expérience
acquise par les chaînes partenaires de TV5 Monde. À
propos du financement, la France note queles gouvernements partenaires
n'ont pas accompagné le plan stratégique adopté
à Bruxelles en septembre 2005, sous ma présidence,
lors de la conférence ministérielle sur TV5. Elle
estime que TV5 Monde a atteint les limites de son modèle
économique et qu'il convient de trouver de nouvelles ressources.
Quatre pistes sont proposées : premièrement, rationalisation
de certaines fonctions à mettre en commun au sein de l'audiovisuel
extérieur français ; deuxièmement, accroissement
des recettes propres par une action groupée, avec développement
d'une régie publicitaire intégrée et grâce
à l'évolution d'Internet ; troisièmement, rééquilibrage
du refinancement multilatéral pour développer un nouveau
potentiel et non pour combler les déficits. Enfin, élargissement
des partenariats avec recherche de nouveaux gouvernements bailleurs
de fonds, et association opérationnelle avec des partenaires
privés pour constituer de nouvelles chaînes ou pour
gérer les élargissements commerciaux (services interactifs,
produits dérivés, etc.) Jusque-là, la note
constitue une bonne base de discussion. Ce qui suit est plus inquiétant
et laisse planer un doute sur les bonnes intentions de son rédacteur.
Le document propose la création d'une holding française
qui remplacerait, au sein de TV5 Monde, les actuels actionnaires
français (France Télévision, Arte et l'INA).
Non contente de disposer de la majorité absolue du capital
de TV5 Monde, cette holding hébergerait des fonctions essentielles
développées par TV5-Monde, à savoir la distribution
internationale des chaînes, le marketing, la commercialisation.
Le président de la holding serait également président
de TV5 Monde, de France 24 et de Radio France international (RFI).
Cette dernière conserverait son propre directeur général,
étant entendu que le directeur général de TV5
Monde serait désigné " après concertation
approfondie " avec les autres gouvernements bailleurs de fonds.
C'est encore la holding qui répartirait les moyens financiers
entre les filiales. Sur le plan de l'information, la note recommande
de créer une " news room " (atelier de fabrication
de l'information) commune aux trois chaînes et logée
dans la holding. Une rédaction subsisterait au sein de TV5
Monde, en qualité d'éditeur de l'information mais
plus de producteur. Dans cette note française, l'optimiste
verra une rationalisation des moyens de l'audiovisuel extérieur
français au bénéfice d'une TV5 Monde redynamisée,
avec un projet multilatéral renforcé. Le pessimiste
y verra une absorption pure et simple de l'instrument télévisuel
de la Francophonie dans une structure de décision francofrançaise.
Pour cette raison, la fin de notre participation à TV5 Monde
ne doit pas être considérée comme totalement
irréaliste. Aujourd'hui, notre Communauté siège
au sein de TV5 Monde, vous conviendrez que pour le prix relatif
du ticket, nous méritons mieux qu'un strapontin. Je continue
à m'inscrire pleinement dans la perspective d'un outil audiovisuel
international francophone et multilatéral. Un effort pédagogique
est à accomplir auprès de certains conseillers du
Président de la République française. La note
française devra être clarifiée, il faudra analyser
sereinement ses orientations. Les prochaines semaines y seront consacrées.
Afin d'éclairer les membres de votre assemblée actifs
dans les structures parlementaires de la Francophonie, j'ai remis
ce jour au président de cette commission un dossier de synthèse
relatif à TV5 Monde. Je vous tiendrai au courant des développements
de ce dossier.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture
et de l'Audiovisuel. - L'idéal serait en effet d'impliquer
de nombreux gouvernements bailleurs de fonds. Je partage évidemment
cette volonté d'ouverture. Mais il n'en demeure pas moins
que la France doit s'interroger sur la manière dont elle
veut maintenir cet outil dans son giron. S'il doit servir uniquement
à être la voix de la France dans le monde, il n'y a
plus de discussion possible. Il vaudrait mieux alors utiliser les
fonds que nous destinions à TV5 à un réel projet
multilatéral représentant la Francophonie.
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