24 avril 2008

Au Parlement de la Communauté française, en commission de la Culture, de la Jeunesse, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la Presse et du Cinéma, question de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, relative au " départ de celui qui fut présenté comme le sauveur de la RTBF "

Richard Miller - Alors que le 27 mars dernier, M. Yves Bigot, directeur des antennes de télévision de la RTBF, certifiait encore qu'il assumerait sa tâche jusqu'au terme de son mandat, nous avons appris que notre télévision de service public n'était pas à la hauteur de ses ambitions et ne pouvait soutenir la comparaison avec la société Endemol, spécialisée dans la téléréalité.

Toute personne est bien entendu libre de choisir son plan de carrière. Nous ne pouvons lui reprocher d'avoir opté pour un poste plus prometteur ou plus rentable que celui qu'il occupait dans notre institution publique de l'audiovisuel.

Madame la ministre, vous avez annoncé le lancement d'un appel d'offres. On pourrait désigner un successeur à l'intérieur de la maison ou un Français, comme le suggère M. Bigot. Je n'y suis pas opposé. Les propos de M. Bigot valent tout de même la peine d'être cités, car ils sont quelque peu surprenants. " [. . . ] Un Français, déclare-t-il au journal Le Soir, car ceux qui ont suivi mon parcours portent peut-être un autre regard sur la Belgique désormais. J'ai tellement dit en France que c'était formidable de travailler ici que nombre de mes compatriotes seront intéressés. " Forcément !

Si, au moment où il a un problème en France, M. Bigot vient en Belgique pendant quelque temps pour repartir dès qu'il reçoit une offre plus prometteuse, sa formulation prête à sourire !

Il n'empêche que celui qui avait été présenté à son arrivée comme le Sauveur, celui qui devait insuffler un nouvel esprit dans la programmation de la RTBF, abandonne le navire. Je n'ai pas dit " le navire qui coule ", car ce serait incorrect à l'égard des professionnels de la RTBF, d'autant que ce n'est pas le cas.

Je vous cite un article publié dans le journal La Meuse : " Visiblement, Bigot a sous-estimé la tâche. Dans la très contraignante organisation ertébéenne, faire appliquer une décision, ce n'est pas si simple. Et les résultats du Français sont mitigés : les audiences ne squattent toujours pas le top 20, elles ne repartent pas non plus à la hausse.

Seule consolation, la tendance baissière a été légèrement enrayée. Et en décembre dernier, c'est la goutte d'eau : le conseil d'administration met un frein aux rêves de Bigot pour des raisons budgétaires.
Le mécontentement est réel chez le Français. Il n'aura pas les moyens de sa stratégie, c'est à partir de ce moment-là qu'il commence à s'inquiéter de son avenir professionnel. "

Comme vous aviez fondé de grands espoirs sur M. Bigot, je voudrais vous demander, madame la ministre, comment vous réagissez à ce " lâchage " ? Selon vous, M. Bigot a-t-il réellement été bénéfique à la RTBF en termes d'audience ou de qualité de programmes ? Si oui, comment envisagez-vous l'avenir ?

En conclusion, je rappelle mes déclarations lors d'un débat télévisé : " Je ne regrette en rien le départ d'un directeur des antennes de la RTBF qui avait opté pour le renforcement de la diffusion, sur la chaîne publique, de séries comme Californication "Je suis toutefois d'accord avec M. Bigot lorsqu'il déclare au journal Le Soir : " Je suis persuadé que la RTBF ira encore mieux après mon départ. " Je n'aurais pas osé le dire à sa place !

Sur quelle chaîne française est également programmé Californication ? D'autres séries acquises sous l'ère Bigot sont-elles également diffusées sur d'autres chaînes ? Le cas échéant, l'acquisition desdites séries a-t-elle fait l'objet d'un achat groupé ?

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Comme vous le soulignez, chacun est libre de choisir son plan de carrière. M. Bigot ne déroge pas à cette règle, vous en conviendrez. Il a contribué à insuffler une dynamique nouvelle et une certaine audace parmi les équipes de la RTBF. Je pense notamment à la diffusion des deux séries de fiction purement belges qui ont marqué l'amorce d'une nouvelle politique. C'est un signal positif lancé aux professionnels de l'audiovisuel en Communauté française.
D'autres évolutions me semblent aussi très positives, même si vous ne partagez sous doute pas mon avis. La diffusion culturelle a connu des progrès évidents, notamment avec " 50 Degrés Nord ". La politique dite " événementielle " a donné lieu à de belles réussites comme " Stars of Europe " ou " Tenue de Soirée " qui s'est déroulée sur la Grand'Place. Les audiences de certains divertissements sont bonnes et répondent à la mission de service public comme les émissions " J'ai Pigé ", " Il n'y a pas pire conducteur " qui ont aussi attiré un grand public. La Deux semble se trouver une identité plus claire. Les chantiers sont encore nombreux comme dans le domaine de l'information par exemple. Certaines émissions ont par ailleurs du mal à trouver leur rythme de croisière.
C'est le cas de " Bonnie and Clyde " ou d'" Opinion publique ".
Si un travail de forme doit encore être effectué, je constate que la RTBF tente d'accomplir au mieux ses missions de service public.
Je fais donc confiance au comité chargé de désigner le successeur de Yves Bigot. Les défis sont nombreux et toujours renouvelés. Le service public ne peut se permettre de s'endormir sur ses lauriers mais doit toujours se remettre en question.
J'espère que l'évaluation qualitative qui sera disponible à l'automne lui permettra d'affiner sa réponse aux attentes de ses publics.
La série Californication diffusée par la RTBF est actuellement programmée avec succès sur la chaîne française M6 et sur la chaîne publique suisse TSR. Je ne fais pas la programmation de la RTBF en fonction de mes goûts personnels. Elle relève des décisions de l'entreprise.
Selon la RTBF, les séries achetées sous l'autorité de Yves Bigot sont diffusées sur France 2, France 3, France 4, TF1, Canal + en France, et Channel 4 de la BBC, au Royaume Uni. Monsieur Miller, la RTBF et moi-même ne percevons pas le sens exact de votre sous-question relative aux achats groupés. Pouvez-vous nous préciser les termes de votre interrogation ? Je pourrai alors interpeller les autorités de la RTBF afin de vous répondre de façon précise.

Richard Miller - Je remercie la ministre pour ses éléments de réponse. Comme elle le souhaite, je préciserai le sens de ma sous-question lors d'une prochaine séance de notre commission.


Vous nous dites ne pas être une ministre qui influencerait la grille de la RTBF en fonction de ses goûts personnels. Je voudrais préciser que, lorsque j'étais en fonction, je n'ai jamais imposé une émission à la RTBF.


Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Mais vous avez fait des déclarations sur vos goûts personnels lorsque vous étiez ministre de l'Audiovisuel.


Richard Miller - Je suis encore maître de mes déclarations !


Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Je voulais simplement dire que nous sommes différents.


Richard Miller - Je pense que nous sommes différents parce que vous avez imposé une émission, " 50 Degrés Nord ", qui arrangeait le parti socialiste.


Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel . - Je ne l'ai pas imposée, je n'ai fait que répondre à une demande du secteur.


Richard Miller - Non, vous avez imposé une émission en accord avec Arte, parce que cela arrangeait le parti socialiste.


Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - À quel point de vue ?


Richard Miller - On connaît la couleur politique de Jérôme Clément et d'Arte.


Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Vous faites un procès d'intention et j'espère qu'il en sera pris acte dans le compte rendu.


Richard Miller - J'assume mes propos. Je constate cependant que lorsqu'un parlementaire vous pose une question qui vous gêne, il s'agit toujours pour vous d'un procès d'intention.


Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Je n'aime pas les procès d'intention. Les questions ne me dérangent pas et j'y réponds toujours avec précision comme vous avez pu le remarquer puisque vous êtes président de cette commission. Ce que je ne supporte pas, c'est la mauvaise foi, le mensonge et les procès d'intention. J'ai connu aujourd'hui des situations de ce type lors des échanges autour de deux questions et je trouve cela dommage.


Richard Miller - Les parlementaires ont le droit de s'exprimer. M. Reinkin a le droit de vous poser une question sur le Botanique et j'ai le droit de vous faire remarquer que l'accord financier avec la chaîne ARTE. . .


Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Dire que c'est pour faire plaisir à Jérôme Clément, alors là, c'est chapeau !


M. le président. - Je propose de revenir au sujet.


Richard Miller - Sans procès d'intention, je persiste à dire que, de mon temps, aucune émission n'a été imposée à la RTBF. Ensuite, il ne s'agit ni de vos goûts personnels ni des miens, mais de missions de service public qui sont bel et bien définies dans le contrat de gestion. Je reviendrai sans cesse avec la même question : comment les séries achetées par M. Bigot cadrent-elles avec ces missions ?