Mardi 24 juin 2008
Au Parlement wallon, en Commission des Affaires générales, de la Simplification administrative, des Fonds européens, du Règlement et de la Comptabilité : QUESTION ORALE DE M. MILLER À M. DEMOTTE, MINISTRE-PRÉSIDENT DU GOUVERNEMENT WALLON SUR " LE DIXIÈME ANNIVERSAIRE DU CODE DE CONDUITE EUROPÉEN EN MATIÈRE D'EXPORTATIONS D'ARMEMENT "
M. Richard Miller (MR). - Vous aurez, comme moi, je suppose, lu avec intérêt l'opinion publiée dans La Libre Belgique du 9 juin dernier, par M. Bernard Adam, Directeur du Groupe de Recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP). Il y rappelait que, depuis dix ans, l'Union européenne s'est dotée d'un Code de bonne conduite en matière d'octroi de licences d'exportations d'armes, et saluait l'efficacité de ce code.
Nous avons souvent eu l'occasion, durant les travaux de notre Commission, d'évoquer ce code et d'expliciter comment la Région wallonne applique, voire " dépasse " celui-ci, en appliquant une procédure stricte de contrôle administratif, parlementaire, diplomatique.
Tout en
soulignant que la Belgique est le seul Etat-membre à avoir, à
ce jour, intégré dans sa législation les huit critères
du Code européen, le Directeur du GRIP recommande d'autres avancées
:
- une plus grande précision dans la définition des huit critères
qui laissent actuellement trop de champ à l'interprétation ;
- une meilleure définition des données que les Etats membres doivent
communiquer dans leur rapport annuel ;
- l'adoption de règles communes pour le contrôle de la destination
et de l'utilisation finales, la bonne arrivée, et le maintien des armes
exportées au sein du pays acheteur, ainsi que la possibilité de
réaliser des contrôles " post-exportation ".
Enfin, il existe un projet de Traité international sur le commerce des armes, qui est l'amplification naturelle du code de bonne conduite européen, et qui est en discussion au sein des Nations Unies.
Proposé à l'origine par plusieurs ONG regroupées autour d'Amnesty International, d'Oxfam et du Réseau d'action International sur les armes légères, ce projet est soutenu par plusieurs pays européens.
Quel est votre point de vue sur l'ensemble de ces questions ? Avez-vous eu l'occasion de faire valoir le point de vue de la Région wallonne en la matière ?
M.
Rudy Demotte, Ministre-Président du Gouvernement wallon. - A
l'occasion de mes différentes interventions au sein de cette Commission,
j'ai eu l'occasion de vous dire à plusieurs reprises tout le bien que
je pense du Code de conduite européen.
J'ai l''occasion de vous dire également combien celui-ci fait office
de référence dans le cadre de notre gestion de la compétence
" armes ".
A l'heure où l'on célèbre son dixième anniversaire,
je me réjouis donc que bon nombre d'observateurs, notamment issus d'ONG,
considèrent cet instrument international de lutte contre la prolifération
comme le plus élaboré et le plus abouti en matière d'exportations
d'armes.
Je m'en réjouis d'autant plus que la Belgique a été le
premier pays à envoyer un signal fort de ralliement au Code de conduite
en rendant ses huit critères d'analyse juridiquement contraignants.
Je constate d'ailleurs que l'une des pistes d'amélioration proposées
est, soit l'adoption de ces huit critères dans les législations
nationales des autres pays signataires, soit l'adoption d'une position commune
au niveau européen.
Ceci dit, il est évident que cet outil international est, comme toute
chose, perfectible et que ses différents utilisateurs ont l'obligation
morale de rechercher sans cesse des pistes d'amélioration.
Ceci étant, je ne dois pas vous dire combien ces améliorations
sont parfois difficiles à concrétiser dans la mesure où
la pratique ne permet pas toujours de réaliser, à l'échelle
de 33 pays, des principes pourtant très séduisants en théorie.
S'agissant des quatre questions soulevées par M. Miller, je souhaiterais
vous communiquer quelques éléments.
Il est effectivement essentiel que les huit critères d'analyse sur la
base desquels doit se fonder une décision d'octroi ou de refus soient
les plus précis possible.
C'est pourquoi, dans un souci d'amélioration constante, les 27 partenaires
européens se focalisent sur cette tâche au sein du groupe COARM
qui réunit les experts nationaux en matière d'armement conventionnel.
La Région wallonne participe activement aux réunions de ce groupe
qui dépend du Conseil de l'Europe et y fait, bien entendu, valoir son
point de vue.
Concrètement, depuis 2005, le COARM s'est successivement penché
sur chacun des huit critères du Code de conduite. Cette réflexion
approfondie a permis d'améliorer la portée réelle de chacun
de ces critères dans un souci d'harmonisation.
Lancé, il y a trois ans, ce processus a déjà permis de
redéfinir le libellé des huit critères en vue de les rendre
plus précis.
En ce qui concerne les rapports annuels, je tiens à vous signaler que
l'Union européenne publie chaque année un rapport portant sur
l'activité de ses 27 membres.
Ce rapport COARM n'est sans doute pas parfait. C'est pourquoi, des pistes d'amélioration
ont également été ouvertes en vue de rendre disponible
une information toujours plus complète et plus précise.
Il est par ailleurs vrai que les 27 Etats-membres devraient idéalement
tendre vers la publication, si possible plus ou moins au même moment,
de rapports nationaux comprenant les mêmes éléments d'analyse
et les mêmes informations. Ceci permettrait évidemment une meilleure
comparaison entre les différents pays.
Malheureusement, dans la pratique, force est de constater qu'il est tout à
fait impossible à ce stade d'atteindre totalement cet objectif très
ambitieux.
Les législations nationales des 27 pays sont en effet assez largement
différentes. De plus, vous n'êtes pas sans savoir que les opinions
publiques ont une perception très différente des questions liées
à l'armement. A titre d'exemple, un exportateur moyen comme les Pays-Bas
aime à témoigner d'une totale transparence tandis qu'une Nation
comme la France considère l'industrie de défense comme un secteur
relevant de la sécurité d'Etat.
Par ailleurs, on constate dans les faits que les caractéristiques des
industries nationales ou régionales ont une influence sur la manière
de communiquer.
A titre d'exemple, la Flandre est logiquement disposée à faire
preuve de plus de transparence dans la mesure où elle est rarement confrontée
à des destinations considérées comme plus sensibles puisque
l'essentiel de l'activité de ses entreprises concerne de la sous-traitance
au profit de pays occidentaux avant réexportations éventuelles
vers des pays plus sensibles.
Néanmoins, il est important de continuer à tendre vers l'uniformisation.
Comme vous le savez, la Région wallonne veille chaque année à
améliorer la qualité de son " rapportage ". Elle le
fait en s'inspirant de la pratique internationale et dans le respect le plus
complet de la législation belge.
Le problème de contrôle de la destination et de l'utilisation finale
n'est pas nouveau. Comme vous le savez, il constitue, par définition,
le talon d'Achille du système.
Pleinement conscient de cela, mon prédécesseur avait eu l'occasion
de vous expliquer quelle est notre attitude en la matière.
Pour rappel, notre politique actuelle définit cinq types de garanties
pour aborder cette problématique.
D'abord, pour toute exportation destinée à un pays n'appartenant
ni à l'Union européenne, ni à l'Amérique du Nord,
il est exigé un certificat d'usage final. Il s'agit d'un document par
lequel les autorités du pays importateur certifient :
- que l'équipement vendu ne sera pas réexporté ;
- ou qu'en cas de réexportation, l'avis de la Belgique - ou de la Région
wallonne - sera systématiquement demandé par ces autorités.
Un premier contrôle est donc opéré par cette clause de non-réexportation
et de non-cession.
Deuxièmement, pour s'assurer du respect de ce principe, la Région
wallonne impose que le certificat d'usage final soit authentifié par
l'Ambassade belge du pays de destination.
Ces deux exigences interviennent donc a priori, avant même l'analyse du
dossier de demande de licence.
Lorsque ces préalables sont rencontrés, l'Administration prend
en compte, dans le cadre de l'instruction des dossiers, les refus opposés
par d'autres pays européens.
Les refus justifiés par l'existence d'un risque de détournement
sont, en effet, identifiables. Ils constituent donc la base d'une forme de jurisprudence
en la matière, élaborée en application du Code de conduite
européen et fixant le degré de fiabilité d'un destinataire
final.
Par ailleurs, quatrième garantie, l'Administration prend systématiquement
en considération, lors de l'instruction des dossiers, les listes de destinataires
douteux établies par certains pays, comme les Etats-Unis.
Enfin, et a posteriori cette fois, la Région wallonne exige (contrairement
à bon nombre de partenaires européens) que l'arrivée à
bon port de l'équipement livré soit confirmée par l'envoi
de documents officiels, appelés " preuves d'arrivée à
destination " et émis par les services douaniers du pays de destination.
Pour information, ces pratiques ne sont pas obligatoires au sens du guide d'utilisation
du Code de conduite, mais simplement suggérées, ce qui confirme
la volonté, dans le chef de la Région wallonne, d'adopter un maximum
de rigueur en cette matière.
Ceci rappelé, je vous dirais être évidemment favorable à
l'entrée en vigueur d'un traité international sur le commerce
des armes.
Ce traité serait, au demeurant, une véritable consécration
pour le Code de conduite européen puisqu'il signifierait de facto son
extension à l'ensemble de la planète, y compris aux pays suspectés
de faire preuve de plus de " souplesse " en matière d'exportation
d'armes.
Pas d'utopisme cependant, le chemin qui mènera à son adoption
est encore long et semé d'embûches. C'est pourquoi la Belgique
et ses Régions continueront leur travail de persuasion pour faire progresser
cet ambitieux projet au plan international.
M. Richard Miller (MR). - Je vous remercie pour votre réponse. Il est vrai qu'il n'y avait rien de très neuf dans ma question ni dans votre réponse, mais c'est un sujet qui méritait tout de même confirmation de l'intérêt que le Gouvernement wallon y porte.
Par ailleurs, j'aimerais vous indiquer que, relativement au courrier que vous avez adressé aux différents Chef de Groupe, nous marquons notre accord. Nous souhaiterions toutefois que soit également entendue une personne de la FN et un professeur d'université spécialiste dans le domaine.