Mardi 27 mai 2008
Au Parlement wallon, en commission de l'Economie, de l'Emploi, du Commerce extérieure, du Patrimoine et de la Formation, INTERPELLATION DE M. MILLER À M. MARCOURT, MINISTRE DE L'ÉCONOMIE, DE L'EMPLOI, DU COMMERCE EXTÉRIEUR ET DU PATRIMOINE SUR « LA LICENCE TANZANIENNE REFUSÉE ET LES DÉDOMMAGEMENTS DE LA RÉGION WALLONNE À L'ENTREPRISE NEW LACHAUSSÉE »
Richard Miller - Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, chers Collègues, le 20 juillet 2005, sur initiative du Ministre-Président et du Ministre de l'Économie, le Gouvernement wallon décidait de verser des dédommagements à l'entreprise liégeoise New Lachaussée.
Ces dédommagements
faisaient suite aux tergiversations et à toutes les diffi cultés
liées à ce dossier de refus de la licence d'exportation pour une
unité de production
de munitions en Tanzanie. La décision du 23 juin 2005 a sonné
la fi n de tout ce dossier.
L'entreprise New Lachaussée a perdu un marché de 12 millions d'euros et devait rembourser à l'État tanzanien un acompte de 5 millions d'euros.
L'aide wallonne comporte deux volets : un prêt, via la SOGEPA, d'un montant de 4,2 millions d'euros et une subvention d'un million d'euros.
Par ailleurs, le Ducroire couvrait 95 % du risque financier supporté par l'entreprise.
Une étude juridique avait d'ailleurs été commandée par M. le Ministre Verwilghen afi n de vérifier si l'entreprise n'allait pas être indemnisée deux fois : d'une part par le Ducroire et d'autre part par la Région wallonne. Interrogé le 15 mai dernier au Sénat, le Gouvernement fédéral a indiqué que l'indemnité du Ducroire n'avait toujours pas été versée à l'entreprise.
En effet, je cite la réponse qui a été formulée par le Ministre Reynders, mais je pense qu'il s'exprimait au nom d'un autre Ministre, « le Ducroire n'est pas au courant de ce qu'il est advenu du dédommagement de la Région wallonne ».
À l'époque, le Ducroire avait recommandé à la Région de prévoir dans son intervention que toute indemnité éventuellement payée par lui vienne automatiquement en déduction de cette intervention. Cette recommandation avait précisément pour but d'éviter tout double emploi.
Mes questions, Monsieur le Ministre, sont donc les suivantes : quel est exactement le montant des indemnités reçues par New Lachaussée à la suite du retrait de la licence tanzanienne ?
Quelle somme la Région wallonne a-t-elle fi nalement payée ?
Vu qu'il s'agissait d'un prêt dont le remboursement devait commencer début 2008, ce remboursement a-t-il débuté ?
Vu le risque de « double emploi » entre le Ducroire et la Région, quels ont été les contacts entre les parties pour fixer les sommes allouées à l'entreprise ? En d'autres termes, qui payera quoi à l'entreprise ?
Enfin, au total, quelle est la somme consolidée que percevra New Lachaussée dans cette affaire ?
M.
Marcourt, Ministre de l'Économie, de l'Emploi, du Commerce extérieur
et du Patrimoine. - Monsieur le Président, chers Collègues,
je me réfère à la réponse que j’ai donnée
à M. Wesphael, Député wallon le 19 décembre 2005
sur « l'aide accordée à New Lachaussée, à
la suite du retrait de la licence pour l'implantation d'une usine d'armement
en Tanzanie ».
Je vais vous relire la réponse écrite à cette question.
En date du 14 juillet 2005, le Gouvernement wallon a pris connaissance de la
situation de trésorerie diffi cile de la SA New Lachaussée, consécutive
au retrait de la licence d'exportation relative à la livraison d'une
ligne de production de munitions en Tanzanie. Cette ligne de production représentait
un contrat d'un montant de l'ordre de 7,2 millions d'euros, dont une partie
devait être réalisée par New Lachaussée et une autre
partie par des sous-traitants.
La SA New Lachaussée sollicitait le soutien fi nancier de la Région
wallonne, compte tenu de ses diffi cultés de trésorerie.
Divers éléments ont eu un impact négatif sur la situation
de trésorerie de New Lachaussée.
Tout d'abord, la Tanzanie a réclamé le remboursement des acomptes
versés, qui totalisaient un montant de 4,2 millions d'euros. Ensuite,
compte tenu de l'incertitude quant à la capacité financière
de l'entreprise à rembourser ces acomptes et quant à la réalisation
du chiffre d'affaires prévisionnel établi par l'entreprise, les
banquiers de l'entreprise ont remis en cause les lignes de crédit qu'ils
avaient consenties, exigeant notamment le blocage de sommes correspondant au
montant total des garanties bancaires (restitution d'acomptes et de bonne exécution)
émises ou à émettre dans le cadre de contrats à
l'exportation. La SA New Lachaussée s'est de ce fait retrouvée
face à une situation de trésorerie très tendue, d'autant
que près de 2 millions d'euros avaient déjà été
engagés sur ce contrat.
À ces éléments, il convient d'ajouter le manque à
gagner auquel New Lachaussée est confrontée du fait du retrait
de la licence. Cette décision prive en effet l'entreprise d'un chiffre
d'affaires de 7,2 millions d'euros répartis sur les années 2006
et 2007.
La décision de soutien décidé par le Gouvernement wallon
envers l'entreprise a consisté en l'octroi d'un prêt de 4,2 millions
d'euros, d'une durée de maximum 6 ans, remboursable par trimestrialités
à partir du 31 décembre 2007, afi n de permettre à New
Lachaussée de faire face à ses besoins de fonds de roulement et
de trésorerie immédiats.
Vu l'intervention rapide de la Région wallonne, avant indemnisation de
l'Offi ce National du Ducroire, le Gouvernement wallon a prévu, en toute
logique, que le montant du prêt consenti serait réduit :
- du produit éventuel, dans le cadre de la vente d'une machine,
résultant de pièces entrant initialement dans la composition de
la machine tanzanienne;
- du montant de l'indemnisation à verser par l'Offi ce National
du Ducroire, déduction faite des éventuels montants à payer
aux sous-traitants.
En effet, l'indemnisation de l'Office national du Ducroire n'intervient qu'après
une période de six mois du sinistre. Selon les informations reçues
au moment de l'instruction du dossier, cette indemnité devrait s'élever
à quelque 1,7 million d'euros, dont quelque 800.000 euros à verser
aux sous-traitants.
En agissant de la sorte, la Région wallonne a permis à la société
New Lachaussée de disposer dans l'urgence des moyens fi nanciers nécessaires
pour passer un cap de trésorerie difficile. À ce stade, et alors
que l'Offi ce National du Ducroire va incessamment verser cette indemnité,
je compte charger la SOGEPA de refaire le point sur le dossier afin d'évaluer
la situation de trésorerie actuelle de l'entreprise et ses perspectives
d'activité pour 2006 et 2007. ». Je pense ainsi avoir répondu
: il n'y a pas une double intervention et il ne s'agit pas d'une compensation,
mais bien d'un prêt de trésorerie qui doit être remboursé
par l'entreprise.
Richard Miller - Je remercie Monsieur le Ministre pour sa réponse.