Actualité :
Jeudi 28 février
2008, au Parlement de la Communauté française, en
Commission de la Culture, de la Jeunesse, de l'Audiovisuel, de l'Aide
à la Presse et du Cinéma
Question de M. Richard Miller à Mme Fadila
Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, relative au
" financement de TV5 "
Richard Miller- Récemment, nous
avons polémiqué, l'espace d'un week-end et par communiqués
de presse, sur le financement de TV5.
Je vous reprochais - telle est la dure loi de
l'opposition - d'essayer d'occulter la responsabilité politique
du gouvernement de la Communauté française dans l'impact
éventuel de la disparition de TV5 sur notre audiovisuel public
et sur les Belges francophones, en tout cas, la fin d'une TV5 francophone
dont la Communauté française Wallonie-Bruxelles ne
serait désormais plus partie prenante.
À mes yeux, l'échec de la chaîne
TV5 francophone ne serait pas seulement dû à la France,
mais engagerait également la responsabilité de la
Communauté française. J'invoquais notamment votre
décision de ne pas participer à l'augmentation des
moyens demandée aux pays bailleurs de fonds. Vous avez répondu
par communiqué que la participation financière de
la Communauté française avait toujours été
respectée.
Je continue toutefois à penser que le
financement du décrochage d'Arte, venant chapeauter les émissions
culturelles de la RTBF, a pu empêcher la Communauté
française de répondre aux besoins économiques
de TV5, ce qui a constitué un élément parmi
d'autres amenant la France à revoir sa position. Cet élément
est d'ailleurs écrit en toutes lettres dans la " non-note
" que vous avez remis aux commissaires : " Sur le plan
financier, la France note d'abord que les gouvernements n'ont pas
accompagné financièrement le plan stratégique
adopté à Bruxelles en septembre 2005. La France estime
que TV 5 Monde a atteint les limites de son modèle économique.
Il convient dès lors de trouver de nouvelles ressources.
"
Quels étaient les termes du plan stratégique
de 2005 ? Pourquoi ne pas y avoir répondu positivement dans
l'intérêt des dizaines de milliers de Belges à
l'étranger ? Pourquoi avoir opté pour le financement
d'une émission que la RTBF aurait dû financer avec
sa dotation propre ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture
et de l'Audiovisuel. - Les axes du plan stratégique de
TV5 proposé pour les années 2006-2009 étaient
les suivants : transformer l'audience potentielle, à savoir
les téléspectateurs qui ont accès aux programmes,
en audience réelle ; rendre les programmes plus accessibles
aux publics locaux et rendre les programmes plus attractifs, compte
tenu de l'identité bien connue de la chaîne : généraliste,
multilatérale et francophone.
Les moyens à mettre en œuvre comprenaient la consolidation
du réseau mondial de TV5 en dédoublant des signaux
et en installant des relais locaux, moyennant fixation de priorités
géographiques ; le renforcement du sous-titrage des programmes
pour toucher les non-francophones ; le renforcement de la dimension
multilatérale francophone de l'information ; la poursuite
de l'action éducative grâce au site TV5.org et le renforcement
de la communication.
Vous aurez compris, Monsieur Miller, que ce plan stratégique
n'était pas destiné à répondre aux demandes
de dizaines de milliers de Belges résidant à l'étranger.
À l'instar des dirigeants actuels de la France, vous confondez
l'outil multilatéral francophone qu'est TV5 Monde avec une
chaîne nationale destinée aux nationaux. Quant aux
Belges francophones de l'étranger, le programme par satellite
de la RTBF peut informer sans difficulté plus de deux cent
dix mille Belges sur les deux cent nonante mille qui, en novembre
dernier, étaient enregistrés auprès de nos
ambassades. Ces Belges peuvent du reste voir la vitalité
de leurs créateurs et artistes francophones, puisque "
50° Nord " est diffusé par RTBF Sat.
Pour en revenir au plan stratégique, vous noterez qu'il prévoyait
un effort de la part de l'ensemble des gouvernements. Cet effort
devait être de cinq millions et demi d'euros en 2006, de sept
millions et demi en 2007, de neuf millions deux cent mille en 2008
et de dix millions en 2009. Or, les ministres des cinq gouvernements
ont estimé ne pas pouvoir suivre ce rythme. Vous noterez
que la Communauté française a néanmoins poursuivi
la politique du gouvernement précédent en accordant
une augmentation annuelle nette de 2,5 % de sa contribution à
TV5 Monde. Au même moment, la France bloquait puis commençait
à réduire son financement annuel à TV5 Monde.
Monsieur Miller, le financement de Arte Belgique n'a aucune influence
sur l'évolution du dossier de TV5 Monde. Cette dernière
est avant tout dictée par la volonté répétée
de la France de réformer son audiovisuel extérieur
qui englobe, pour son malheur, également TV5 Monde mais,
curieusement, ni Arte ni Euro News. La France veut que sa voix soit
mieux portée dans le monde et à moindre coût,
ce qui n'est pas la vocation de TV5. De là vient l'idée
de prendre ce qu'il y a de meilleur dans TV5 Monde, en particulier
son savoir-faire dans la distribution des programmes et le marketing
international, pour le mettre à disposition de France 24
et de RFI. TV5 devrait alors être directement contrôlée
par le PDG de France Monde ; qui sera la holding devant regrouper
la participation de l'État français dans son audiovisuel
extérieur.
Richard Miller - Je remercie la ministre
pour ces réponses. Le caractère polémique de
vos répliques, qui vous honore, suggère que c'est
celui qui vous interpelle qui commet une erreur. Cela étant,
je constate qu'un plan stratégique de développement
de TV5 Monde a été décidé en 2005 et
que le gouvernement de la Communauté française n'y
a pas répondu positivement.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture
et de l'Audiovisuel. - Pas seulement la Communauté française
! Les quatre autres partenaires défendaient la même
position.
Richard Miller - Malgré tout
le plaisir que j'aurais à le faire, ce n'est pas à
moi d'interpeller le ministre suisse de l'audiovisuel. Les partenaires
de TV5 Monde, dont le gouvernement de la Communauté française,
n'ont donc pas répondu positivement. Sur cette base, le gouvernement
français a décidé de revoir sa position.
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture
et de l'Audiovisuel. - Cela n'a rien à voir avec le financement
de TV5 et vous le savez ! Ne mettez pas de mauvaise foi dans votre
réplique. M. Sarkozy a décidé de revoir sa
politique audiovisuelle extérieure et d'y englober TV5, mettant
ainsi en péril son caractère auquel nous sommes attachés.
Votre réplique est tout à fait hypocrite.
Richard Miller - Vous y allez un peu
fort, je veux bien être gentil, mais pas naïf non plus
! La note que vous nous avez remise et sur laquelle j'ai fondé
ma question orale, indique que les bailleurs de fonds n'ayant pas
répondu à leur demande, la France a revu sa position.
Cela se trouve dans votre texte, ne me traitez donc pas d'hypocrite
!
En 2005, une proposition d'augmentation du capital de TV5 Monde
a été formulée, les bailleurs de fonds, dont
le gouvernement de la Communauté française, ont dit
non et aujourd'hui, une évolution en France risque de mettre
à mal…
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture
et de l'Audiovisuel. - C'est donc à cause de la Communauté
française que M. Sarkozy a revu sa politique audiovisuelle
? Franchement, vous dépassez les bornes, M. Miller !
Richard Miller - Je n'ai pas dit ça
! Je trouve néanmoins trop facile de dire que c'est uniquement
la faute de la France. Le gouvernement de la Communauté française
porte sa part de responsabilité à l'égard de
la situation de TV5 Monde.
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