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Jeudi 28 février 2008, au Parlement de la Communauté française, en Commission de la Culture, de la Jeunesse, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la Presse et du Cinéma

Question de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, relative à " l'arrêt du financement du Centre d'études " Cobra " de l'ULB "

Richard Miller - Je reviens sur un dossier déjà évoqué par la presse lors de la récente inauguration à Mons d'une exposition d'œuvres du groupe Cobra. Les œuvres ont été réunies par le collectionneur Neyrinck et mises en dépôt au Musée des Beaux-Arts de Mons par la Fondation Baudouin, en collaboration avec le centre d'études " Cobra " de l'Université libre de Bruxelles.

 

Plusieurs participants ont déploré votre décision de mettre un terme au financement de ce centre. On ne peut s'empêcher de la juger arbitraire, étant donné l'excellent travail accompli, mais surtout l'importance du travail qui reste à accomplir.

 

Le mouvement Cobra, qui signifie " Copenhague-Bruxelles-Amsterdam ", est le plus grand mouvement artistique européen d'après-guerre. Cette exposition de même que le succès de la rétrospective de l'œuvre de Pierre Alechinsky aux Musées royaux des Beaux-Arts en sont des témoignages. La rétrospective atteindra probablement bientôt les cent mille visiteurs.

 

Né en 1948, à l'initiative de Danois, de Hollandais et de Belges, le mouvement Cobra a regroupé quelques-uns des plus grands noms de l'art moderne, y compris dans notre pays.

 

Cette année, à l'initiative de M. Draguet, les Musées royaux des Beaux-Arts consacreront une exposition de grande envergure afin de célébrer, comme il se doit, le soixantième anniversaire de la naissance de ce mouvement qui avait placé Bruxelles au centre de ses activités. Et c'est l'année que vous avez choisie pour mettre un terme aux subventions nécessaires à un centre d'études, certes bien modeste, mais qui aurait dû voir ses moyens renforcés. En outre, le mouvement Cobra devrait être considéré avec toute l'attention qui lui est due par un cabinet chargé institutionnellement des compétences culturelles.

 

Pourriez-vous nous exposer les justifications d'une telle décision ? Ne pensez-vous pas que le centre d'études " Cobra " de l'ULB est plus que nécessaire afin de promouvoir des artistes de talent ? Il serait regrettable que votre décision ait pour effet de reproduire l'échec, malheureusement célèbre dans le monde artistique, survenu en 1988 rue de la Paille, malgré l'intervention du chef de cabinet de l'époque, M. Baras.

 

Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Lorsque M. Miller était ministre des Arts et des Lettres, il a conclu en 2003 avec le centre " Cobra " de l'ULB une convention de deux ans allouant à ce dernier une subvention de septante-cinq mille euros la première année et de cent septante-cinq mille euros la deuxième année. Cette convention s'est terminée le 4 juin 2005.
À l'époque, les missions du centre étaient la conservation, l'étude et la préservation des œuvres conservées à l'ULB et à la Communauté française d'art belge apparenté au mouvement Cobra depuis 1945 jusqu'à la création contemporaine, notamment la collection Neyrinck ; le développement des projets relatifs à l'histoire du mouvement Cobra, à ses origines et à sa descendance ; la mise à disposition des chercheurs du fonds d'archives ; la mise en place de partenariats avec d'autres institutions soutenues par la Communauté française ; l'appui à des expositions sur ces thèmes.
En 2005, j'ai décidé de ne pas renouveler cette convention pour diverses raisons. D'abord, l'ULB s'est retirée de la Maison Bernheim qui abritait le centre " Cobra ". Par conséquent, son investissement dans le centre a fortement diminué. Ensuite, M. Neyrinck a confié sa collection à la Fondation Roi Baudouin qui l'a mise en dépôt aux Beaux-Arts de Mons, le BAM. En outre, la Communauté française a décidé de ne pas mettre ses œuvres relatives à ce mouvement artistique en dépôt à la Maison Bernheim et de les déposer à Mons. On peut donc dire que le projet s'est vidé de son sens. Enfin, le centre n'était pas ouvert au public et servait surtout de support pédagogique à la section d'Histoire de l'art de l'Université libre de Bruxelles. Le question s'est donc posée de savoir s'il revenait au département de la Culture de prendre en charge le financement d'un centre de recherche universitaire.
Je suis consciente de l'importance du mouvement Cobra dans l'histoire de l'art européen et belge. C'est pourquoi j'ai décidé de mettre l'accent sur l'étude et la mise en valeur des collections Duvivier et Neyrinck qui comprennent nombre d'œuvres proches du mouvement Cobra. Un accord est intervenu avec la Ville de Mons à ce sujet pour un budget raisonnable. En effet, en 2005, le centre, que vous qualifiez de modeste, recevait des subventions supérieures à celles de certains de nos musées conventionnés. Il fallait donc rééquilibrer les budgets pour appliquer le décret du 11 juillet 2002 relatif à la reconnaissance et au subventionnement des musées et autres institutions muséales.
Enfin, et sans vouloir polémiquer, quand vous soulignez l'échec des pourparlers de 1998 concernant le projet de musée consacré au mouvement Cobra rue de la Paille à Bruxelles, je vous rappelle que c'est au moment où vous étiez ministre des Arts et des Lettres que les archives Dotremont ont été déposées par son héritier, en France, à l'Institut " Mémoires de l'édition contemporaine ", à défaut de trouver un musée en Communauté française pour les abriter.

 

Richard Miller. - Madame la ministre, la première partie de votre réponse est assez réconfortante par l'intérêt que vous marquez envers le mouvement Cobra et les méthodes que vous préconisez pour sa promotion. Même si je déplore la suppression du financement de ce centre d'études universitaires, j'estime que votre action ne restera pas inutile.

 

Mais la deuxième partie de votre réponse est moins réjouissante. L'absence d'un musée Cobra à Bruxelles constitue une tare qui pèse sur la Communauté française depuis 1988. En effet, Amsterdam dispose d'un musée Cobra, tout comme Copenhague.

 

Ce sont des ministres socialistes qui sont responsables de cet échec retentissant. Si M. Guy Dotremont a transmis les archives de son frère Christian Dotremont en France, passant ainsi outre à la volonté de celui-ci, c'est qu'il n'existait pas de musée Cobra à Bruxelles : il a donc voulu confier ces archives à un pays plus conscient de l'importance de la création artistique. Affirmer que l'origine de l'affaire date de mon ministère est excessif.

 

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