M. Miller (MR). Ayant
été interpellé hier en commission du Budget, à la
fois par M. le Ministre du Budget et par mon Chef de Groupe, sur mon opinion
relative à l'industrie de l'armement en Région wallonne, je profite
de l'occasion de cette interpellation pour rappeler que je suis bien membre
de cette sous-commission chargée du contrôle de l'octroi, ou non,
des licences et d'exportations d'armes. C'est dans ce cadre que je vous interpelle
et il me semble d'ailleurs qu'en dehors du dossier Tanzanie, il n'y a pas eu,
à ma connaissance, en Région wallonne, de grandes difficultés.
Je pense que le maintien du contrôle parlementaire, qui a été
voulu, est un élément important du bon fonctionnement de l'ensemble
de processus de contrôle qui a été mis en place en Région
wallonne.
Je soutiens donc la production d'armements dans notre région si, comme
je le crois, cela se fait dans un cadre démocratique à destination
de pays démocratiques et dans la transparence.
On peut même supposer que tout le processus mis en place depuis l'examen
par l'Administration selon les différents mécanismes qui sont
en cours aujourd'hui jusqu'au contrôle parlementaire. Je pense même
que cela constitue une qualité et peut-être même, un argument
commercial supplémentaire en faveur de Nos entreprises.
La présente interpellation n'est pas, et n'a jamais été,
une critique utilisée à l'égard de l'État d'Israël,
mais veut simplement réaffirmer l'importance institutionnellement parlant
de cette compétence pour la Région wallonne.
L'interpellation peut d'ailleurs être l'occasion, pour vous-même,
de dire ce qu'il en est exactement des exportations wallonnes à destination
d'Israël, et probablement de montrer qu'elles sont loin des fantasmes de
certains.
Je vous remercie, M. le Ministre-Président, de m'avoir permis de recadrer
un peu la façon dont je voulais développer cette interpellation
puisqu'il y a eu quelques remarques à ce sujet.
L'opération " Plomb durci " menée par l'État
d'Israël à l'encontre du Ramas a suscité de très nombreuses
réactions sur la scène internationale et, tout légitimement,
au sein des Assemblées parlementaires.
Ce fut le cas aussi dans les différents parlements que compte notre pays.
Ainsi, au Sénat, un débat est né concernant les exportations
d'armes vers Israël ; exportations à partir des pays de l'Union
européenne et, plus particulièrement, à partir du territoire
belge.
Par ailleurs, plusieurs responsables politiques au niveau Fédéral
(M. Moureau pour le PS, Mme Milquet pour le CDH, Mme Durant pour Écolo
et M. Charles Michel pour le MR) ont déclaré, face à un
public pro-palestinien, au cours d'un meeting organisé à Molenbeek,
que les exportations d'armes belges à destination d'Israël devaient
être remises en question.
Mon interpellation ne porte pas tant sur le fond de la question que sur son
aspect institutionnel. Vous n'êtes pas sans savoir, en effet, M. le Ministre-
Président, que la Commission des Affaires générales de
notre Parlement a entamé un large échange de vues afin d'évaluer
les différentes procédures à l'issue desquelles une autorisation
d'exportation d'armement militaire est accordée ou non. La question du
caractère public du contrôle parlementaire, ainsi que l'étendue
de celui-ci, a été au centre des auditions de spécialistes
en charge de la matière.
Pour rappel, la compétence a été régionalisée
et, si une décision de révision des licences octroyées
à destination d'Israël devait être prise, c'est au niveau
des Régions wallonne, bruxelloise et flamande, qu'elle devrait être
débattue et éventuellement prise.
Le niveau fédéral n'ayant son mot à dire, si je ne me trompe,
que par le biais de l'accord de coopération qui existe dorénavant.
J'insiste sur ce point, car il ressort des auditions menées en commission
qu'au regard de notre système fédéral, la régionalisation
de la compétence en matière d'exportations d'armement revêt
une importance toute particulière en conférant aux régions
un rôle de premier plan dans le cadre de la politique étrangère
de la Belgique.
Mes questions sont donc les suivantes : en se basant sur les rapports publics
relatifs aux licences octroyées, quelle est l'ampleur réelle des
exportations à destination d'Israël à partir d'entreprises
wallonnes ? Avez-vous été informé d'une volonté
fédérale, voire européenne, de revoir la politique de la
Région wallonne en la matière ?
M. Demotte, Ministre-Président
du Gouvernement wallon.
Messieurs les Députés, c'est vrai que c'est une matière
qui a fait l'objet de beaucoup de commentaires et qui a déjà fait
couler de l'encre, mais, avant d'en venir à ce qui a été
dit et écrit au sujet des licences d'exportation à destination
d'Israël, je voudrais revenir sur une question qui a été
posée par M. Miller et qui a trait plus singulièrement au partage
des compétences, elle a été réabordée un
instant aussi par M. Wesphael.
La Belgique a été le premier pays au monde à rendre juridiquement
contraignants les huit critères de notre Code européen. C'est
quand même un élément pour lequel on peut se targuer d'avoir
été à la pointe du combat.
Notre pays a, en outre, ajouté deux critères d'analyse supplémentaires,
je l'ai déjà dit dans cette Commission, à savoir, les intérêts
extérieurs et objectifs internationaux de la Belgique et l'enrôlement
d'enfants soldats dans l'armée régulière.
Pour chaque dossier d'exportation, la Région wallonne procède
à une analyse complète non seulement des huit, mais aussi des
deux critères supplémentaires que je viens de rappeler, avant
de prendre une décision de l'octroi ou du refus d'une transaction.
Donc si, depuis la régionalisation de la compétence, ce sont effectivement
les Régions qui sont responsables des décisions en matière
d'exportation d'armes, il n'en reste pas moins vrai non plus c'est aussi pour
répondre à ce souci de cohésion et de cohérence
que je partage aussi que, pour chaque dossier, on analyse à la lumière
de l'intérêt des objectifs internationaux de la Belgique, mais
aussi du premier critère du Code de conduite qui vise précisément
le respect des engagements internationaux du pays. On pourrait imaginer qu'ils
soient en contradiction, ce serait alors résolu par ce premier critère.
Ces deux domaines relèvent, au moins partiellement, de la compétence
du Gouvernement fédéral, ce qui implique de facto une coordination
entre les deux niveaux.
Voilà pourquoi, dans certains cas, le Gouvernement wallon souhaite connaître
la position du Gouvernement fédéral, et particulièrement
du Ministre des Affaires étrangères, et qu'il entame, à
cette fin, une procédure de consultation sur ces deux critères
avant de finaliser une analyse et de prendre la décision ultime qui lui
revient.
Depuis la signature, en juillet 2007, de l'accord de coopération que
nous avons soutenu, cette procédure est totalement formalisée.
Dans les faits, il s'agit d'une confirmation, puisque cette procédure
est spontanément appliquée par la Présidence wallonne depuis
septembre 2005 déjà et, de manière tout à fait concrète,
une dizaine de concertations portant sur des destinations différentes
ont été menées au cours des trois dernières années.
Pour donner encore une information plus précise, une réunion de
concertation portant précisément sur Israël s'est déroulée
hier matin, à la demande du SPF Affaires étrangères. Elle
a, notamment, permis de refaire le point sur la situation et de confronter les
différents points de vue (Fédéral et Régions). Il
ressort de cette réunion que la Région wallonne est tout à
fait en phase avec la position exprimée par le Fédéral,
et singulièrement par le Ministre des Affaires étrangères.
En ce qui concerne maintenant la position internationale adoptée à
l'égard de l'intervention militaire israélienne ces dernières
semaines, la Région wallonne n'a pas reçu de recommandation officielle.
Le Gouvernement wallon suit cependant, bien évidemment, de très
près les discussions multilatérales à l' uvre, tant au
sein de l'Union européenne que de l'ONU.
Le Gouvernement wallon soutient bien évidemment aussi une approche intégrée
européenne, constructive, coordonnée sur une matière comme
celle-là. Nous avons aussi entendu différentes positions, tantôt
de nos émissaires belges européens on a cité M. Louis Michel
qui a été assez dur sur cette matière, mais cela a été
également le cas, je le rappelle, du Secrétaire général
de l'ONU, Ban Ki-Moon, lors de sa récente visite à Gaza -. Mais,
nous souhaitons rester cohérents sur le plan européen.
Plus spécifiquement sur nos exportations vers Israël, les membres
de cette Commission se souviennent que, le 16 janvier 2007, c'est mon prédécesseur
qui répondait, dans le cadre d'une procédure de huis clos, à
une question parlementaire portant sur ce thème.
À cette occasion, il avait été fait un relevé des
octrois et des refus et, si l'Assemblée le souhaite, je suis bien entendu
disposé à effectuer un exercice similaire, dans les mêmes
conditions, s'étendant de cette période à aujourd'hui.
Cet exercice devrait, en toute logique, se dérouler à huis clos
au sein de la sous-Commission chargée du contrôle des exportations
d'armes. Dès à présent pourtant, je tiens à profiter
de l'opportunité qui m'est donnée par le contexte dans lequel
nous sommes, pour vous communiquer quatre informations.
La première, pour dire que, dans un souci d'objectivité et de
prudence, le Gouvernement wallon analyse toutes les demandes qui concernent
Israël au cas par cas. C'est d'ailleurs la règle générale,
mais je vais dire que nous sommes tout particulièrement attentifs à
cela. Et on tient compte, ce faisant, à la fois de la spécificité
de chaquetransaction et de l'attitude de la communauté internationale
par rapport à des transactions comparables.
Le deuxième point d'information que je voulais apporter et qui va dans
le sens opposé d'une Carte blanche que j'ai pu parcourir la semaine dernière
dans la presse, je peux vous dire que le Gouvernement wallon n'a pas eu à
se prononcer, au cours des deux dernières années, sur des demandes
portant sur du transit de matériel militaire destiné à
Israël.
Le troisième point, c'est qu'au cours de ces quatre dernières
années, si quelques licences d'exportation ont été octroyées
à destination d'Israël, toutes l'ont été dans le cadre
de transactions que l'on peut qualifier de tout à fait spécifiques.
Je pense, notamment, à un programme que j'ai suivi avec plusieurs casquettes
sur ma tête à travers le temps, je parle de Galileo. J'en étais
à l'origine, en tant que Ministre de la Politique scientifique à
l'époque, de la participation belge à ce programme international.
Dans le cas de Galileo, il y a évidemment des éléments
qui pourraient avoir des
affectations militaires, tout le monde le sait, civiles, bien sûr, primordialement
-, mais il y a des entreprises israéliennes qui entrent dans la fabrication
d'équipements qui sont destinés à des armées européennes
et/ou alliées. Cela dit, aucune des licences octroyées par le
Gouvernement wallon depuis la fin 2005 n'a permis le renforcement des capacités
militaires israéliennes à ce sujet. Il faut le savoir.
En ce qui concerne le quatrième point d'information que je voulais vous
livrer, dans le même état d'esprit, plusieurs licences d'exportation
ont été refusées sur base de l'analyse des critères
du code de conduite européenne et l'une d'entre elles l'a d'ailleurs
été, compte tenu de la position de pointe qui avait été
tenue par la Belgique sur la matière que vous connaissez ô combien
dans cette Commission des armes à sous-munitions, laquelle a fait l'objet,
encore récemment, de grosses discussions sur le plan international.
À ce sujet, et je vais d'ailleurs conclure par cela, vous vous souviendrez
qu'au cours des auditions qui ont été menées par votre
Assemblée parlementaire, il y a maintenant deux semaines, un expert du
SPF Affaires étrangères a attiré l'attention du Parlement
sur l'importance du processus de ratification la Convention qui porte sur l'interdiction
de l'usage d'armes à sous-munitions. C'est une convention, je dois vous
le rappeler aussi, qui a été signée le mois dernier par
une centaine de pays. À cet égard, je voulais aussi évoquer
le fait que ce point va déjà être abordé par notre
Gouvernement ce jeudi. On a déjà un avant-projet de décret
qui va faire l'objet d'une discussion pour montrer qu'on est très réactifs.
Si je ne me trompe, nous sommes d'ailleurs les premiers, ce qui est très
bien.
Je peux aussi vous dire qu'en décembre dernier, et sans attendre d'ailleurs
l'entrée en vigueur de la convention saluée par tous comme une
victoire diplomatique et humanitaire, j'ai donné de nouvelles instructions
à l'administration wallonne.
En conséquence de ces instructions, depuis le début de l'année,
nous avons intégré le fait que la convention prévoit, par
exemple, de ne pas transférer, directement ou indirectement, des armes
à sous-munitions. Ce qui veut dire que nous sommes aujourd'hui déjà
dans un stade opérationnel.
Concrètement, cela signifie aussi que toute demande de licence d'exportation
concernant un pays non-signataire de la convention, doit être assortie
d'un engagement formel du pays de destination, suivant lequel celui-ci s'engage
à ne pas utiliser d'armes à sous-munitions avec de l'équipement
wallon.
Je pense que cet exemple concret illustre parfaitement bien comment, dans la
gestion de ses compétences, le Gouvernement wallon fait non seulement
preuve d'efficacité, mais singulièrement, d'une volonté
d'ouverture et d'éthique.
Mais nous pouvons aussi, par là, servir des positions qui sont défendues
par le Gouvernement fédéral de manière générale
puisque je vous ai dit que, dans notre ordre de marche, un des critères
était bien celui-là : la défense des intérêts
internationaux de notre pays.
Je vous remercie tous deux de m'avoir donné l'occasion de revenir sur
ce sujet sensible.
M. Miller (MR). Je
remercie M le Ministre- Président pour sa réponse.
Une toute petite remarque au passage par rapport au caractère du huis
clos. Vous avez répondu et vous avez apporté des éléments
de réponse.
Monsieur le Minstre-Président, soyez tranquille, vous pouviez tout à
fait le faire, puisque notre Réglement prévoit que, lorsqu'un
problème est sur la scène internationale, les interpellations
peuvent être développées en séance publique. Il n'y
a donc pas de difficulté à ce niveau.
Deuxième remarque, je me réjouis d'avoir entendu votre réponse
parce qu'à la suite de l'interpellation que j'ai déposée
et qui a été complétée par notre Collègue
M. Wesphael, il apparaît, à travers tous les éléments
que vous avez apportés, que les fantasmes selon lesquels la Région
wallonne serait un fournisseur particulièrement important de l'armement
d'Israël ne tiennent pas, que ce sont des illusions. Cependant, et c'est
la question qui vous est posée et sur laquelle M. Wesphael a davantage
insisté, il faut être certains qu'il n'y a pas d'autres formes
de transit. Vous nous avez bien dit que, depuis deux ans, la Région wallonne
n'a pas été soumise à une demande à ce niveau.
Troisièmement, vous avez bien dit qu'une réunion s'est tenue hier
matin avec le Gouvernement fédéral et que la Région wallonne
est tout à fait sur la même position. Je ne sais pas si je peux
susciter une petite question, mais vous n'avez pas explicité davantage
cette position.
Peut-être qu'elle relève du confidentiel. Dans ce cas là,
je retire ma question, mais si vous pouviez nous en dire un mot, ce serait quand
même bien.
M. Demotte, Ministre-Président
du Gouvernement wallon. Je laisse évidemment la faculté, comme
il est de coutume, aux Parlementaires de réintervenir mais, comme il
y a d'autres questions qui viennent et que je pense qu'il est utile qu'on approfondisse,
je voudrais réagir.
Pour réexpliciter les choses, M. Miller, je n'ai rien dit qui porte atteinte
au caractère public de notre réunion. Vous savez que c'est moi-même
qui ai ouvert la porte pour que cela se passe comme cela. J'ai, notamment, signalé,
c'est une précaution oratoire, que je ne citais pas le nom des firmes
pour ne pas devoir demander le huis clos.
Deuxième chose : que va exactement mettre en lumière la réunion
d'hier matin ? Où est la cohésion " intrabelge " ? Elle
est dans le fait que, dans notre attitude, nous adoptons exactement ce que l'État
Fédéral aurait souhaité que nous fassions et que nous avons
découvert, en le confirmant, lors de la réunion, que, toutes les
relations ayant trait à ces matières sensibles avec l'État
d'Israël, comme d'ailleurs pour beaucoup d'États, ne faisons pas
là une fixation, fassent l'objet d'une étude très sensible
au cas par cas. Nous veillons aussi à ne pas renforcer le pouvoir structurant
de l'armée. C'est un peu cela, la philosophie qui ressortait de la réunion
que nous avons eue hier matin.
En d'autres termes, ne pas renforcer, dans les décisions que nous pourrions
prendre au cas par cas, le dispositif armé israélien. C'est un
élément qui fait l'objet d'une discussion qui a eu lieu hier,
entre les autorités fédérales et les Régions. Nous
avons exposé nos points de vue et nous avons vu que nous étions
sur la même longueur d'onde.
En ce qui concerne le transit, M. Wesphael a parfaitement raison. Nous sommes
aujourd'hui exactement dans la situation que j'ai décrite. Nous respectons
et nous sommes très attentifs à tout ce qui touche au transit.
Le transit est défini par qui ?
Pas par la Wallonie, mais par la Belgique en tant qu'État fédéral.
Or, pour qu'il y ait transit, il faut qu'il y ait transbordement. Quand il n'y
a pas de transbordement, le droit belge estime qu'il n'y a pas de transit.
Je sais qu'une interpellation va se faire au niveau Fédéral à
ce sujet qui relève de nos compétences, mais vous avez parfaitement
raison de poser la question.
M. Miller (MR). Je
remercie M. le Ministre- Président pour la clarté de ses réponses
et le fait également qu'il a montré qu'à travers l'action
menée en Région wallonne, ce dossier est maîtrisé.
S'il y a maintenant une question par rapport au niveau fédéral,
c'est à un autre niveau que cela doit se traiter mais, je l'ai dit, mon
interpellation s'inscrivait dans un cadre institutionnel et tant au point de
vue institutionnel qu'au niveau du fonctionnement du contrôle de l'octroi
des licences d'exportation d'armes par notre Région. Étant donné
l'importance qui a été soulignée par les spécialistes
au niveau du fait que cette compétence situe notre Région au premier
plan de la politique internationale de notre pays, je pense qu'il faut saluer
le travail du Ministre- Président.