Mardi 29 septembre 2009
Au Parlement de la Communauté française, en Commission de la Culture, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la presse, du Cinéma, de la Santé et de l'Egalité des chances, question orale de Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Égalité des chances, relative à la " présence culturelle de la Communauté française à Paris "
Richard Miller - M. Gouteyron, sénateur français auteur d'un rapport sur la crise de la diplomatie culturelle française, a publié un article dans Le Monde début septembre. Ce texte concerne la politique culturelle en France, mais un passage a retenu mon attention puisqu'il cite la Flandre comme exemple à suivre. Adrien Gouteyron recommande de comprendre " pourquoi, sans centre culturel à Paris, sans relation politique privilégiée, la création flamande bat le pavé des musées et des théâtres français avec les Guy Cassiers, Jan Fabre, Anne Teresa de Keersmaeker et autres Wim Vandekeybus ".
Loin de moi l'idée de sous-estimer le travail et les qualités des artistes flamands cités par le Le Monde. Mais pourquoi ce quotidien ne parle-t-il pas de la Communauté française qui possède pourtant un centre culturel idéalement situé juste en face du Centre Pompidou ? Bien sûr, on peut se contenter de répondre que l'auteur de l'article est libre de choisir ses exemples. Il n'empêche : alors que la Communauté française finance et subsidie un centre et des activités culturelles à Paris, et faisait jusqu'ici figure d'exemple à suivre en France et dans les autres pays francophones, il est surprenant de constater que c'est la Flandre impressionne.
Qu'en pensez-vous ? Avez-vous le sentiment que nous assistons à un fléchissement de l'impact de notre présence à Paris ? Si tel est le cas, comment comptez-vous réagir ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture, de l'Audiovisuel, de la Santé et de l'Egalité des chances. - Sans éluder votre question, permettez-moi de vous informer que le fonctionnement du Centre Wallonie-Bruxelles relève des compétences du ministre des Relations internationales, M. Demotte. Seule la subsidiation de la librairie me concerne. Elle est de 105 000 euros et est destinée à couvrir les frais de fonctionnement.
En accord avec M. Demotte, je vais toutefois vous fournir les éléments d'informations suivants.
Le Centre Wallonie-Bruxelles a accueilli la saison dernière plus de trente mille personnes. Parmi elles, on compte mille professionnels issus des diverses disciplines artistiques qui est le public cible du centre dans sa mission de développement de nos réseaux culturels pour le marché français. Plus de cinquante spectacles ont été présentés dans plusieurs domaines comme la musique, le théâtre ou la danse. Plus de cent films francophones belges ont été projetés au cours de 307 séances de cinéma. L'exposition Cris et chuchotements produite par le centre de la Gravure de La Louvière a connu une fréquentation record avec plus de dix mille visiteurs en trois mois. La presse locale et notamment Le Monde ont fait l'éloge de l'exposition.
La semaine dernière, à Paris et à Bruxelles, des artistes renommés sont venus témoigner du fait que le Centre, qui fête ses trente ans fin septembre, a énormément compté dans leur carrière.
Faut-il rappeler le rôle fondamental que joue le centre dans la reconnaissance des talents cinématographiques, ce qui nous vaut d'être très souvent les hôtes d'honneur de festivals partout en France. Peut-être faudrait-il conseiller au sénateur Gouteyron de relire le numéro de février de la revue Positif entièrement consacré à notre cinéma comme le sera Le Film français du 9 octobre prochain avec un cahier spécial sur le Centre Wallonie-Bruxelles.
Nos danseurs, nos femmes et hommes de théâtre savent ce que le Centre représente pour eux. Les multiples sollicitations dont ils font l'objet en sont la preuve. Il en va de même pour la littérature. Ce 27 septembre, le Centre a consacré une journée entière à la littérature francophone de notre pays. Il fournit un travail de fond de découvreur et de défricheur.
La Communauté flamande, elle, joue sur le prestige et privilégie les valeurs sûres, ce qui ne l'empêche pas de dépenser beaucoup. La seule soirée d'ouverture de l'exposition James Ensor au musée d'Orsay lui coûtera près de cinquante mille euros, sans compter l'opération consacrée à Jan Fabre à Avignon qui selon mes sources a dépassé les cent mille euros.
Loin de nous l'intention de poser un jugement. Pour ma part, je préfère privilégier une politique qui favorise les jeunes créateurs sur le long terme en les aidant à poser les jalons de leur carrière plutôt que soutenir ceux que la célébrité qu'il n'est plus indispensables de soutenir.
De plus, le marché français constituant le premier pôle de développement de nos industries culturelles, il nous est essentiel de créer et d'entretenir des réseaux qui profient à tous nos artistes toute l'année.
Á cette fin, le centre, équipé d'une salle de théâtre de 190 places, d'une salle de cinéma de 100 places, d'une libraire et d'une salle d'exposition de près de 200 mètres carrés, dispose d'un budget de deux millions d'euros dont sept cent mille consacrés aux activités, un million aux frais de personnel comprenant 25 personnes dont les techniciens et trois cent mille à l'entretien du bâtiment. Nos artistes y sont choyés et y trouvent les conditions techniques idéales pour se faire connaître du public et des professionnels français.
J'espère vous avoir rassuré, monsieur Miller, sur le bien-fondé de l'existence du Centre Wallonnie-Bruxelles à Paris et sur la qualité de son travail.
Richard Miller
- Votre réponse me laisse dubitatif. Vous vous faites finalement à
l'idée que la Communauté flamande prenne de plus en plus d'importance
aux yeux des Français. Le sénateur auquel je faisait référence
s'est entouré d'une équipe très compétente pour
rédiger son rapport, considéré comme important en France,.
La politique défendue par la Communauté française est essentielle
pour nos jeunes créateurs. Il semble néanmoins qu'il faille revoir
cette politique pour le marché français - ce sont vos termes -
qui est fondamental pour nos acteurs culturels. Nous en reparlerons au moment
des débats budgétaires, et notamment avec votre collègue
M. Demotte.