|
Actualité :
Parlement wallon, séance publique,
le 2 février 2005
Intervention de Richard Miller au Parlement
Wallon, le 2/2/2005, dans le débat sur la proposition de
résolution relative à la politique des services
dans l’Union Européenne
Monsieur le président,
Chers collègues,
Le projet de résolution relative à
la politique des services dans l’Union européenne,
initialement déposée par notre collègue M.Janssens
et entièrement remaniée par un amendement déposé
par le parlementaire socialiste et un Membre CDH de la Commission,
M.Brotcorne est un texte important. Important sur le fond, mais
aussi politiquement. Importance politique confirmée -le
hasard fait bien les choses !- par le fait que le texte remanié
a été déposé hier matin, c'est-à-dire
concomitamment aux propos de rentrée du président
du parti socialiste, publiés dans les colonnes du journal
Le Soir. Propos à l’encontre, je cite « des
dégâts irréversibles au modèle de société
européen, et belge en particulier, fait de prospérité
économique, d’un haut degré de protection
sociale et de diversité culturelle ».
Le président du PS est de retour du
Brésil, où vous le savez se sont réunis plusieurs
dizaines de milliers de personnes venues dire leur opposition
à la pauvreté dans le monde. Même si entre
« dire » et « faire », il y a de la marge,
on ne peut qu’approuver l’objectif général
: apporter aux populations délaissées par le progrès
économique et social, un bien-être et une prospérité
tout à fait légitimes.
Ce bien-être et cette prospérité
leur ont été refusées par l’Histoire
et ce, nous le savons tous, en raison de la convergence de plusieurs
facteurs religieux, politiques, économiques, techniques,
militaires…De la colonisation au pillage des ressources
naturelles, du partage du monde à Tordesillas sous l’autorité
de l’Eglise, du massacre des populations indigènes
aux entraves apportées au développement de la démocratie
dans ces pays…l’Occident, dans toutes ses composantes
idéologiques, a une responsabilité réelle
dans le déséquilibre Nord-Sud. Personne ne peut
le nier. De même qu’il est difficile de nier qu’un
déséquilibre a existé et existe encore entre
l’Ouest et l’Est au détriment des populations
ayant vécu sous économies planifiées.
Le président du parti socialiste établit
le lien entre l’engagement « altermondialiste »
et le débat sur la proposition de directive européenne
relative aux marchés de services. Dans la foulée
il repère « un nouveau choc droite contre gauche,
un affrontement avec les tenants de l’ultralibéralisme
». L’objectif est clair : identifier sous ce vocable
les responsables de toute forme de pauvreté et rassembler
la gauche dans ce combat. Ce faisant, il ose une assimilation
pour le moins rapide entre le socialisme tel que nous le connaissons
en Wallonie et l’altermondialisme. Assimilation affirmée
puisqu’il est annoncé que le PS désormais
sera aux côtés d’Attac et que des initiatives
communes seront prises.
A ceci, je vais apporter les éléments
de réponse suivants :
Par rapport au projet de directive européenne
: celui-ci a franchi le cap de la Commission européenne
le 13 janvier 2004, avec l’accord et l’appui de nombreux
gouvernements et commissaires socialistes, dont le commissaire
belge de l’époque, M.Busquin.
Le MR n’a aucune difficulté,
je l’ai dit durant les travaux de commission, à débattre
de cette proposition de directive et à voter un texte -
ce que j’ai fait- qui recommande au gouvernement wallon
de protéger les services d’intérêt public
dans les domaines de la santé, de l’enseignement,
et de la culture. C’est en ce sens que j’ai voté
la proposition de M.Janssens, que je remercie pour la correction
avec laquelle il m’a invité à participer aux
côtés du PS et du CDH au point de presse organisé
ce matin.
Cependant, deuxième remarque, je voudrais
préciser un point qui a malheureusement échappé
au journaliste du Soir, M.David Coppi. Lorsque le Président
du PS dit : « il y a une prise de conscience, c’est
vrai, mais il est moins une », il a raison : toutefois la
question est de savoir qui est visé par ses propos. Qui
vise-t-il quand il parle de prise de conscience ? Cela ne peut
être que des partis politiques qui ont changé d’avis
; faut-il en conclure que ce sont les partis qui ont voté
la ratification des accords instituant l’organisation mondiale
du commerce ainsi que l’accord sur les marchés publics.
Accords qui sont aujourd’hui la cause principale de toutes
les menaces qui pèsent sur les services publics que sont
l’enseignement, la santé, ou la culture. Or ces accords
ont été adoptés, comme le compte-rendu intégral
des travaux de notre Assemblée du 16 décembre 1994
le montre, par le parti socialiste et le parti CDH de l’époque,
le PSC. Les libéraux réformateurs, eux, se sont
abstenus sur ces votes et ont justifié leur abstention,
il y a donc déjà plus de dix ans, par la nécessité
de protéger davantage les services d’intérêt
général et de garantir le droit à l’exception
culturelle. Tous les parlementaires socialistes et sociaux-chrétiens
ont adopté les règles régissant aujourd’hui
le commerce international. Pas les libéraux wallons.
Je partage donc le souci du président
actuel du parti socialiste, que ce soit dans la défense
des services d’intérêt général
ou dans la lutte contre la pauvreté dans le monde. Mais
s’il y a eu prise de conscience tardive, ce n’est
pas dans le chef du MR qu’elle a eu lieu. Tout ce qui a
été réalisé par les responsables du
MR aux différents niveaux de pouvoir, que ce soit à
la région wallonne, à la Communauté française
en matière culturelle, au niveau fédéral,
au Ministère des affaires étrangères, au
Ministère de la coopération au développement,
démontre à suffisance que le clivage gauche-droite
n’est pas aussi net, n’est pas aussi transparent que
le parti socialiste voudrait le faire croire. C’est, par
exemple, le Ministre MR M.Michel qui a proposé la création
d’un Conseil social mondial, et ceci me permet, chers collègues
de poser la question de savoir si l’Europe sociale n’a
pas plus de chance d’enfin avancer, maintenant que le Commissaire
belge est M.Michel, plus vite qu’à l’époque
où ce Commissaire était socialiste.
Par ailleurs, dans le texte adopté
à l’unanimité par notre commission des relations
extérieures, figure un appel « à rendre le
processus démocratique plus participatif » et ce,
parce que cela concerne je cite « une multitude de services
à la population ». J’ai appuyé cet esprit
de participation car il me paraît important de conforter
le besoin d’informer et de consulter le plus largement possible
la population pour ce qui concerne les matières européennes.
Quelle occasion meilleure pourrions-nous trouver que l’adoption
du texte de la constitution européenne pour organiser une
telle information et une telle consultation de nos concitoyens.
Le MR, sur la proposition du président Reynders organise
en ce moment une pétition allant en ce sens.
Enfin, tout en approuvant l’esprit général
du projet de résolution, j’ai mis en garde contre
le fait de se tromper de débat. Vouloir préserver
les services d’intérêt général
est un objectif en soi. Mais cela ne doit pas prendre la forme
d’une position de repli par rapport au projet européen.
Or, lorsque M.Brotcorne dit en commission que ce ne sont pas les
technocrates de Bruxelles qui vont décider de ce qui est
bon pour tous les Etats membres, ce qui point le nez c’est
un antieuropéanisme court d’idées. Doit-on
faire table rase de tout ce que le projet européen apporte
à nos concitoyens, à notre pays et donc à
la Wallonie, et de façon très précise, à
certaine province de Wallonie ?
En ces matières, il ne faut pas de
position excessive, mais une attitude équilibrée
entre tout ce qu’il est nécessaire de mener à
bien pour réussir ce formidable projet politique qu’est
l’Union européenne, et ce malgré bien entendu
les difficultés réelles, et l’absolue nécessité
de maintenir les spécificités sociales et culturelles
qui caractérisent les entités constituantes de l’Europe,
en ce compris la Wallonie, et, notamment pour l’audiovisuel,
la Communauté Wallonie-Bruxelles.
C’est pourquoi, Chers collèges,
c’est avec un profond sentiment de satisfaction que j’annonce
à la présente tribune que ce matin même, le
Commissaire belge M.Michel a déposé deux amendements
importants à la directive qui retient notre attention.
Ces amendements tendent à garantir la nécessité
de services publics de qualité offerts à des prix
accessibles pour tous, et à définir de secteurs
comme n’étant pas marchandisables. Ces secteurs étant
les services de proximité assurant le bien commun.
C’est bien dans ce sens que va la proposition
de résolution soumise à notre approbation. Il faut
aussi insister sur le fait qu’il est demandé au gouvernement
wallon d’associer à sa démarche un maximum
de partenaires européens que sont les entités fédérées
et régionales de l’Union européenne. C’est
là un aspect très important car si les Etats membres
constituent la colonne vertébrale, la charpente osseuse
de l’Europe, ce sont les régions qui en sont la chair.
Par-delà la métaphore j’ai tenu à insister
sur la nécessité d’aller vers une Europe forte,
puissante et démocratique, mais une telle Europe jamais
elle ne sera une Europe de l’uniformité : la diversité
culturelle est garantie de fait, M.Van Cauwenberghe, par la diversité
régionale.
Enfin et je conclurai par là, si lutter
contre la pauvreté dans le monde est un devoir de l’humanité
et si, désormais, un haut développement technologique
dans nombre de pays, peut, si la volonté politique existe
pour le faire, apporter des réponses aux famines, aux épidémies
et aux conditions indignes qui constituent le cadre de vie de
millions de nos semblables, ce n’est pas en rayant, on ne
sait par quel coup de baguette idéologique, les instruments
de la richesse que sont l’esprit d’entreprise, l’économie
de marché et la démocratie, que l’on pourra
rendre le monde meilleur.
R.Miller
Retour
interventions parlementaires
|