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Parlement wallon, Commission des Relations internationales, de la Coopération internationale, du Commerce extérieur et des Fonds européens - 4 juillet 2005

QUESTION ORALE DE RICHARD MILLER A M. JEAN-CLAUDE VAN CAUWENBERGHE, MINISTRE-PRESIDENT DU GOUVERNEMENT WALLON SUR L’AVENIR DES FONDS STRUCTURELS EN RÉGION WALLONNE CONSÉCUTIVEMENT À L’INCAPACITÉ DES PAYS EUROPÉENS À S’ACCORDER SUR LE BUDGET EUROPÉEN 2007-2013 ET REPONSE DU MINISTRE

Richard Miller, en lieu et place de Jean-Luc Crucke, retenu en Commission de l’Action sociale, de la Santé et du Logement.

 

- L’échec du Sommet de Bruxelles a relancé le débat sur l’avenir des Fonds structurels en Région wallonne après 2006. Une situation que je déplore alors que les rumeurs semblaient placer la position belge sous des auspices plutôt favorables.

Pour l’heure, la situation de blocage que connaît l’Europe suscite mes plus vives inquiétudes: je lisais encore récemment, dans la presse, que les négociations sur la manne financière tant convoitée allaient devoir repartir de zéro et que la mise en oeuvre de politiques ayant trait notamment à la cohésion, à la croissance et à l’emploi nécessitait impérativement au préalable un accord sur le Budget.

Mes questions sont dès lors les suivantes.

Pouvez-vous nous indiquer l’état actuel de ce dossier? Quelle stratégie entendez-vous déployer au niveau européen? Vous êtes-vous déjà concerté avec vos collègues du fédéral ?

Comment envisagez-vous le contrat d’avenir de la Wallonie au vu de la situation d’enlisement que connaît l’Europe?

Quels sont les cas de figure qui pourraient se présenter en l’absence de Fonds structurels? Le Gouvernement a-t-il prévu un «système D» au cas où la Wallonie ne bénéficierait pas ou plus de Fonds suffisants? J’estime, en effet, qu’en l’état actuel, une vision réaliste et proactive s’impose. Réaliste au vu de l’élargissement de l’Europe entraînant une inévitable baisse des Fonds structurels - les réactions passéistes de certains membres de votre Parti s’insurgeant contre toute réduction des montants ne sont pas pour me rassurer - et proactifs en ce qu’il nous appartient, dans l’attente de la manne céleste, de trouver des solutions pour nous-mêmes. Quelle est votre réaction à ce sujet?

Dans la droite ligne de ce qui précède, je me permets également de me référer à la Déclaration de Politique Régionale prévoyant la mise en place du fonds d’impulsion de développement économique et rural. Jusqu’à présent, ce Fonds n’a toujours pas été mis en place, ce qui m’inquiète, d’autant plus que lors de l’ajustement du budget, vous avez retiré tous les moyens de paiement afférents à celui-ci.

Dès lors, ma question coule de source. Quand pouvons-nous espérer la mise en place de ce Fonds ainsi qu’un débat au Parlement sur la question ?

 

M. Jean-Claude Van Cauwenberghe, Ministre-Président du Gouvernement wallon. -

 

Comme beaucoup d’entre nous, défenseurs de la construction européenne, j’ai été profondément déçu par l’échec des négociations sur les perspectives financières de l’Union européenne. Cet échec, survenu lors du dernier Sommet de Bruxelles, le 17 juin dernier, après celui des ratifications française et néerlandaise du projet de Constitution, a achevé de plonger l’Europe dans une crise profonde dont il est difficile aujourd’hui de mesurer tous les impacts.

Par voie de conséquence, le Conseil européen a mis un frein au calendrier de mise en place de la nouvelle politique de cohésion qui doit constituer un élément essentiel de la relance de l’économie européenne. La programmation des fonds structurels pour les années 2007-2013 risque de s’en trouver retardée, même si, pour l’instant, il n’y a pas encore péril en la demeure puisque les présidences anglaise et autrichienne tenteront logiquement de débloquer la situation.

L’idéal eut été bien évidemment une décision positive lors du Sommet de Bruxelles, ce qui aurait constitué la plus belle des anticipations. Si une décision pouvait intervenir pour l’année 2006, cela ne handicaperait pas trop lourdement les politiques à mettre en place à partir de 2007. Si une solution n’intervenait pas avant, nous allons alors prendre un an de retard ou davantage en fonction de la date effective de la décision. Je rappelle que nous sommes «couverts» jusqu’à fin 2006 en ce qui concerne la programmation, mais pas au-delà. Le plus grave serait donc de ne pas parvenir à une décision favorable d’ici fin 2006. Il sera alors tout simplement impossible au Parlement européen de voter les crédits au budget 2007 pour alimenter les fonds structurels, faute de base juridique adéquate. En effet, les actuels règlements financiers concernant les fonds structurels ont une durée d’application limitée à fin 2006.

Aucune Région ne pourrait alors bénéficier de l’intervention des fonds structurels.
Nous n’en sommes heureusement pas là.
Si tel devait être le cas, le Parlement européen ainsi que la Commission devraient intervenir ponctuellement par rapport à telle ou telle ligne budgétaire. Cette situation serait hautement dommageable étant donné l’absence notamment de vision globale. Nous verrons donc ce que pourront faire respectivement la présidence anglaise ainsi que la présidence autrichienne.

Dans la dernière proposition de la présidence luxembourgeoise à la veille du Sommet, les moyens étaient réduits de l’ordre de 13 % pour le Hainaut, de 27% ailleurs en Wallonie, Liège y compris, de 4,7 % pour la Flandre, tandis que pour Bruxelles, les moyens augmentaient de 11 %.

D’aucuns diront qu’il est «proactif» de se contenter de cela étant donné l’inévitable déplacement des dépenses de cohésion vers les dix nouveaux États membres. Certains ultra-libéraux, comme M. Destexhe, soutiennent même que ne plus bénéficier des fonds structurels européens permettrait de mieux stimuler les efforts de redressement.
Je conteste fermement semblable position.

 

Richard Miller, en lieu et place de Jean-Luc Crucke, retenu en Commission de l’Action sociale, de la Santé et du Logement.

 

- J’ai donc accepté de poser cette question orale en lieu et place de mon Collègue, M. Crucke. Je sais qu’il est un ardent défenseur notamment du Hainaut. Monsieur le Ministre-Président, pouvez-vous dès lors éviter certaines digressions comme celle relative à la position de M. Destexhe?

 

M. Jean-Claude Van Cauwenberghe, Ministre-Président du Gouvernement wallon.

 

- Je me suis justement permis une digression à l’égard de M. Destexhe parce que je sais que ce n’est pas le fait de M. Crucke.

La politique de cohésion doit permettre aux Régions les plus pauvres de combler leur retard de développement économique. Il s’agit des Régions dont le PIB par habitant se situe à moins de 75 % de la moyenne européenne. Sont visés les Pays d’Europe centrale et orientale. Dans le cadre du débat européen du Sommet de Bruxelles, tout le monde concevait cette orientation prioritaire, mais in fine aucun accord ne fut possible étant donné d’abord la position anglaise puis les positions néerlandaise et espagnole. Cette dynamique d’échec a ensuite embrasé tout le Conseil.

Pour notre part, nous estimons que ce n’est pas parce qu’une grande part de la solidarité doit aller vers les Pays de l’Europe centrale et orientale, qu’il doit y avoir un sevrage total à l’égard des Régions comme la nôtre. Nous avons encore besoin d’un soutien car nous sommes, en quelque sorte, au milieu du gué.
Nous maintiendrons la pression au sein du Comité des Régions, mais également au niveau du pouvoir fédéral.

Nous devons garder la même pression au niveau européen et poursuivre le même travail de lob - bying auprès des Anglais et des Autrichiens.

Il s’agit d’un combat d’avenir qui ne peut être négligé comme d’ailleurs aucun autre susceptible de bénéficier à la création d’activités et à l’emploi en Wallonie.

La réunion de la Commission de cohésion territoriale que j’ai présidée, il y a deux semaines, à Namur, a d’ailleurs rappelé nos exigences en la matière.

Quant aux Fonds d’impulsion, ils pourraient constituer un outil de financement permettant de compenser, en partie, une diminution progressive de l’apport des Fonds structurels européens. Les Fonds d’impulsion ne dégagent cependant comme moyens que 62,5 millions d’euros. Ils ne sont donc pas comparables au milliard d’euros que l’Union européenne devrait octroyer. Nous ne sommes pas dans le même ordre de grandeurs. Selon les décisions prises par les Anglais, des Régions seront moins bien traitées que d’autres. Les Fonds d’impulsion pourraient alors constituer une alternative de compensation, mais de façon très marginale et très modeste.

En conclusion, rien n’est mal fait, mais rien n’est bien fait non plus. Il vaut mieux ne pas avoir d’accord qu’un mauvais accord. Nous avons tellement failli perdre dans les différents scénarios proposés, la situation aurait pu être pire. Je ne désespère pas que les choses évoluent dans un bon sens.

Je voudrais enfin vous rassurer quant au calendrier de mise en oeuvre de ces Fonds d’impulsion. Le Gouvernement adoptera des orientations précises à la rentrée en ce qui concerne la définition des terri- toires éligibles, le processus de sélection des projets et le type d’actions à soutenir. Il n’y aurait pas eu de sens à adopter ces orientations avant que les Plans stratégiques transversaux nos 1 et 2 ne soient finalisés.

Les Fonds d’impulsion seront mis en oeuvre dès 2006, mais ils ne compenseront rien lors de cette année-là. Ils ne seront véritablement opérationnels qu’en 2007.

La réflexion relative aux Fonds d’impulsion ne peut être isolée de celle qui concerne les mesures énergiques que le Gouvernement présentera dès septembre pour susciter un sursaut de l’économie wallonne.

 

Richard Miller, en lieu et place de Jean-Luc Crucke, retenu en Commission de l’Action sociale, de la Santé et du Logement.

 

- Je n’ai rien à ajouter. Je remercie M. le Ministre- Président pour sa réponse.

 

 

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