Mercredi 4 juin 2008
Au Parlement de la Communauté française, en commission des Relations internationales et des Questions européennes : Question orale de M. Richard Miller à Mme Marie-Dominique Simonet, vice-présidente et ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales, relative au " Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée "
M. Richard Miller (MR). - Nous avons adopté le projet de décret portant assentiment au traité de Lisbonne. Ce dernier résulte de négociations entreprises au lendemain de l'échec du projet de traité constitutionnel. Lors de ces négociations est apparu le projet du président français, M. Sarkozy, d'une union méditerranéenne rassemblant les pays riverains de la mare nostrum. Ce projet a suscité un débat européen au cours duquel l'Allemagne, notamment, a exigé d'être associée à ce projet rebaptisé dès lors " Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranéenne ".
Ce projet ne participent pas seulement les Etats riverains, comme le souhaitait M. Sarkozy, mais 44 membres dont les 27 Etats de l'Union européenne. Cette dernière a fait une proposition devant être avalisée par les Etats membres. Cette proposition détaille cinq dossiers de projets régionaux financés par des fonds publics et privés : création d'une autoroute du Maghreb reliant la Mauritanie, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Libye, création d'une autoroute de la mer reliant les infrastructures portuaires, coopération renforcée pour la protection civile, dépollution de la Méditerranée et promotion de l'énergie solaire. ? ces cinq projets doivent s'ajouter le développement d'une zone de libre-échange et la promotion de l'éducation.
Quel est votre point de vue sur ce projet européen ? Quelles sont les initiatives dans le domaine de l'éducation prises dans le cadre du processus de Barcelone ? Comment voyez-vous la suite de ce dernier ? Pour éviter toute ambiguïté, je souligne que je me réjouis que le projet de M. Sarkozy n'ait pas été retenu.
Mme
Marie-Dominique Simonet, viceprésidente et ministre de l'Enseignement
supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales.
- En 1995, le partenariat euroméditerranéen prenait son envol
à Barcelone. L'initiative était intéressante, ambitieuse
et audacieuse. Une initiative intéressante par le fait de rassembler
pour la première fois, à l'époque, les quinze Etats membres
de l'Union européenne et douze pays méditerranéens : huit
pays arabes et quatre pays non arabes, à savoir Israël, la Turquie,
Chypre et Malte. Une initiative audacieuse car le partenariat euroméditerranéen
s'est donné pour objectif de créer un espace de stabilité
et de paix respectueux des droits de l'homme, de développer les échanges
culturels pour favoriser le dialogue et la compréhension mutuelle et
de développer les relations économiques et financières,
notamment par la mise en place d'une zone de libre-échange à l'horizon
2010. Une initiative ambitieuse car le partenariat se fixait des objectifs vastes,
dans un contexte marqué par une grande diversité de situations,
tant au nord qu'au sud de la Méditerranée, le tout conforté
par un contexte politique apaisé grâce aux accords d'Oslo du 13
septembre 1993 qui aboutirent à la poignée de mains historique
entre Itzhak Rabin et Yasser Arafat. Avec le processus de Barcelone, pour la
première fois, les pays méditerranéens allaient devenir
des partenaires d'un futur commun basé sur une sécurité
commune, une volonté économique et financière et une volonté
de dialogue social et culturel. Cependant, aujourd'hui, treize ans se sont écoulés
et le partenariat euroméditerranéen n'est toujours pas parvenu
à prendre de l'altitude. Les faiblesses du processus de Barcelone sont
nombreuses. Les écarts de développement n'ont pas été
réduits. Au contraire, l'insuffisance de la croissance et la poursuite
de l'expansion démographique ont eu pour effet d'élargir l'écart
de prospérité entre l'Union européenne et la plupart des
pays méditerranéens. La paupérisation et la pression migratoire
se sont accrues. Les pays méditerranéens continuent à souffrir
d'une faible attractivité pour les investisseurs étrangers. Autres
faiblesses : l'absence d'équilibre institutionnel entre l'Union européenne,
d'un côté, et les pays méditerranéens, de l'autre
; le cloisonnement entre les Etats de la rive sud de la Méditerranée,
les pays du bassin méditerranéen ayant fait peu d'efforts pour
se rapprocher et dépasser leurs rivalités ; la stigmatisation
des pays arabes et de l'Islam en général, à la suite des
attentats terroristes du 11 septembre 2001 ; l'hypothèque pesant sur
la situation au Proche-Orient et l'avenir du processus de paix car, bien que
le partenariat Euromed n'ait pas pour vocation de résoudre cette crise,
le conflit au Moyen-Orient s'apparente ni plus ni moins à une épée
de Damoclès. Enfin, l'objectif d'une zone de libre-échange en
2010 paraît aujourd'hui hors de portée. Si le processus de Barcelone
a permis de formaliser les relations entre l'Union européenne et ses
voisins méditerranéens et d'encourager les relations multilatérales
et bilatérales, il nécessitait un nouvel élan, une évolution
qualitative et quantitative pour remplir l'objectif d'une Méditerranée
réconciliée, pacifiée et prospère. L'objectif du
président Nicolas Sarkozy de créer une Union pour la Méditerranée
et de relancer ainsi le partenariat euroméditerranéen était
donc louable. Il a posé les bonnes questions mais n'a pas apporté
la bonne réponse. Le mardi 20 mai 2008, la Commission européenne
a adopté une communication sur l'avenir des relations euroméditerranéennes
: "Le processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée".
La Commission a ainsi répondu au mandat que lui a confié le Conseil
européen de mars dernier de créer une Union pour la Méditerranée,
sur la base du projet déposé par le président français
en prévision du Sommet de Paris du 13 juillet. Dans sa communication,
la Commission s'est surtout employée à confirmer la validité
du processus de Barcelone lancé en 1995 et à en souligner l'importance
vitale. Elle a confirmé le rôle central et la prééminence
du comité Euromed et a nettement marqué la volonté de ne
pas remettre en cause le cadre politique actuel basé sur des relations
bilatérales et des actions régionales. Dans sa communication,
la Commission propose une remise à niveau politique du partenariat euroméditerranéen
par l'organisation d'un sommet des chefs d'?tat tous les deux ans. Actuellement
en treize années de partenariat, il n'y a eu que deux sommets. L'un s'est
tenu en 1995 pour le lancement du processus de Barcelone, l'autre en 2005. La
Commission a fixé comme autre objectif le rééquilibre du
partenariat Euromed grâce à la création de nouvelles structures
: une coprésidence assumée par un Européen et un représentant
choisi par les pays méditerranéens ; un secrétariat doté
d'un mandat orienté vers les projets et la recherche de financements
privés et un groupe de contact basé à Bruxelles responsable
du dialogue politique et de la réaction rapide en cas de crise. Le financement
réunira des capitaux privés, des contributions provenant du budget
communautaire, des ?tats membres, des pays partenaires, des institutions financières
internationales et des banques régionales. Les projets seront plus concrets
et plus visibles et ont pour objet de contribuer à l'interconnexion des
infrastructures au niveau intra- et inter-régional. Il s'agit, par exemple,
de soutenir l'effort d'intégration régionale par l'interconnexion
autoroutière de tout le Maghreb, de la Mauritanie à la Lybie ;
ou de la dépollution de la méditerranée dans la droite
ligne du programme Horizon 2020 pour lequel les ressources budgétaires
sont prévues ; ou encore d'un plan solaire méditerranéen
décidé par les ministres de l'énergie de 2007. La liste
de la Commission n'est pas exhaustive. L'intention de la Commission est de renforcer
le partenariat Euromed en offrant un soutien multilatéral aux politiques
arrêtées de commun accord dans le domaine de la coopération
politique, économique, sociale, éducative, culturelle et sécuritaire
mais son intention est aussi de consolider les relations multilatérales,
d'accroître le partage des responsabilités dans le processus et
de rendre cedernier plus visible pour les citoyens. Je considère très
favorablement l'initiative de la Commission consistant à prendre appui
sur les acquis de la coopération euroméditerranéenne depuis
1995 tout en insufflant une nouvelle dynamique pour surmonter les lacunes et
les insuffisances. C'est une base de travail. Il s'imposait de relancer ce processus.
Le partenariat issu du processus de Barcelone comporte trois volets : un volet
politique, un volet économique et financier, et un volet culturel, socialet
humain. Dans le domaine de l'?ducation, les initiatives prises dans ce cadre
sont les facilités budgétaires qui ont permis l'amélioration
du système éducatif au Maroc, en Jordanie, en Egypte et en Tunisie.
Un forum Euromed des syndicats a été créé pour former
les acteurs sociaux en matière de droits sociaux. Depuis 1995 sept forums
civils euroméditerranéens ont eu lieu. Plusieurs centaines de
représentants de la société civile des trente-cinq pays
membres ont tenu une assemblée constitutive à Luxembourg, le premier
avril 2005. Cette réunion appuyée et financée par la Présidence
et la Commission a permis l'adoption d'une charte de principes et de valeurs
qui a débouché sur la création d'une plate-forme euroméditerranéenne
non gouvernementale. Cette plate-forme a pour objectif de permettre un dialogue
approfondi entre les gouvernements et la société civile afin de
faire progresser le partenariat Euromed. Dans ses conclusions, le sommet propose
également comme domaines prioritaires : les droits de l'homme, la démocratie,
la croissance économique durable et l'éducation. Euromed Héritage
participe à la préservation et au développement du patrimoine
culturel ; Euromed Jeunesse appuie une plate-forme d'associations de jeunesse
; Euromed Audiovisuel promeut la coopération dans le secteur de l'audiovisuel.
La conférence de Naples, en décembre 2003, a lancé le projet
de Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindt pour le dialogue
des cultures. Cette fondation a été inaugurée en avril
2005 et son siège se trouve à Alexandrie. Elle a pour tâche
essentielle de développer les échanges entre les société
civiles et de favoriser le dialogue des cultures et des civilisations en s'appuyant
sur des réseaux nationaux. Ma conviction est qu'à côté
de ses volets politiques et économiques, le partenariat euroméditerranéen
a besoin d'une intensification des contacts, des échanges, des collaborations
et des relais dans les sociétés civiles. J'ai souhaité
renforcer cette dimension dans nos accords bilatéraux et, notamment,
dans les accords avec le Maroc et l'Algérie, dans l'intensification des
échanges scientifiques avec Israël et par la saison culturelle palestinienne,
entre autres projets. Il est important d'agir même modestement. ? notre
échelle, nous avons un rôle à jouer.
M. Richard Miller (MR). - Je vous remercie, madame la ministre, de votre réponse. Vous avez raison lorsque vous soulignez l'importance de ce projet Euromed. La Commission européenne a bien fait de substituer cette Union pour la Méditerranée au projet du président français.
Je crois, madame la ministre, que vous avez également raison d'insister sur l'importance de l'ensemble des relais avec le Maroc, l'Algérie, l'Autorité palestinienne, Israël, même si leur contribution peut paraître minime au regard des objectifs.
Je vous poserai des questions du même genre au parlement wallon, non que je sois mécontent de vos réponses mais parce que j'aimerais revenir sur les aspects économiques.