Lundi 5 octobre 2009
Au Parlement wallon, en Commission des Affaires générales, de la Simplification administrative, des Fonds européens et des Relations internationales, question orale de M. Miller à M. Demotte, Ministre- Président du Gouvernement wallon, sur « l'interview accordée au Vif l'Express par un haut fonctionnaire wallon ».
M. Miller . Indépendamment du respect que nous pouvons avoir pour le travail accompli par M. Suinen à la tête de l'Agence wallonne à l'exportation et aux investissements étrangers, ainsi qu'à la tête de Wallonie-Bruxelles International, j'ai éprouvé un sentiment de malaise à la lecture de l'entretien qu'il a accordé à l'hebdomadaire Le Vif/l'Express, tel que publié dans le numéro du 25 septembre dernier.
Que le haut fonctionnaire des exportations et des relations extérieures de la Wallonie et de la Communauté française, s'exprime en lieu et place du Gouvernement, nous y sommes habitués. Il n'empêche que ses propos me paraissent « borderline » comme on dit dans le milieu allophone des relations extérieures, « équivoques » comme on dit chez nous.
Parle-t-il en tant que haut responsable du département des relations extérieures, ou comme supporter de la politique menée par le Gouvernement wallon et, plus précisément et je le mentionne parce que lui-même dans son entretien nous y invite -, de la composante socialiste du Gouvernement wallon ?
Ainsi, si on peut comprendre qu'il fasse preuve d'un optimisme volontariste en défendant l'idée que les exportations wallonnes et que les investissements étrangers en Wallonie se portent bien, il est néanmoins forcé par le journaliste de reconnaître sur ces deux aspects que ça ne va pas : il reconnaît qu'il y a une chute des exportations et que les investissements étrangers se raréfient. Dans quelle mesure un haut fonctionnaire est-il tenu de pratiquer béatement cette méthode ? Dans quelle mesure n'est-il pas tenu à une présentation exacte des faits, sans même parler d'un devoir de réserve ?
Dans quelle mesure peut-il commencer en prenant les gens pour des niais, dire que tout va bien dans son département, et n'acquiescer que lorsque la situation réelle est formulée par le journaliste ?
Deuxième raison de mon malaise : si l'on considère normal que les propos de M. le Ministre- Président soient critiqués par un haut fonctionnaire de l'Administration wallonne, il faut néanmoins reconnaître que le sujet n'est pas banal, car il portait sur votre vision du rapport entre le politique et l'Administration ? Après avoir lu la façon dont M. Suinen vous remontait en quelque sorte les bretelles, M. le Ministre Président, pouvez-vous nous dire si vous maintenez ou non votre point de vue ?
Enfin, troisième point : je trouve dérangeant les propos tenus par M. Suinen à propos du Président du MR. Tout le monde sait que le dossier de la politisation de l'Administration wallonne, notamment par plusieurs nominations récentes est une réelle complexité et que ce n'est pas avec des formules à l'emporte-pièce qu'il sera résolu. En ce sens, qu'un fonctionnaire du niveau de M. Suinen traite cela avec une formule aussi stupide que « M. Reynders a déconseillé à ses amis de se présenter, c'est donc normal qu'il n'y ait pas de lauréats libéraux » constitue, je crois, une véritable faute.
M.
Demotte, Ministre-Président du Gouvernement wallon. Il y a plusieurs
thèmes qui apparaissent dans la question : une qualification du redressement
de l'économie wallonne, la qualité de l'Administration et aussi,
l'indépendance de l'Administration par rapport aux politiques et un mot
peut-être plus particulier sur les propos tenus à l'endroit de
M. Reynders, Ministre des Finances et Président du MR. J'épargnerai
des commentaires sur moi-même, parce que je pense qu'il est toujours mieux
de se préoccuper des autres que de soi, en tout les cas, quand on est
altruiste.
D'abord, sur la manière dont les choses ont été présentées
par M. Suinen dans les médias. J'ai pris connaissance comme vous de ce
qui avait été dit. Son rôle, c'est celui d'un « super
attaché commercial wallon ». Il doit effectivement faire en sorte
que les Ambassades belges et étrangères, les sièges de
nos grandes entreprises, reçoivent effectivement de l'information. Qu'il
fasse un boulot offensif, agressif positivement, me paraît quelque chose
d'absolument essentiel. Il me paraît dans son rôle quand il rappelle
les conséquences de la crise sur les investissements en Wallonie. Il
dit « on a senti qu'il y avait un problème. L'exportation, même
si elle ne baisse pas au même rythme que dans d'autres Régions
du pays, connaissent aujourd'hui un problème. En termes d'investissements,
c'est vrai que même si l'on a encore des investissements intéressants,
il y a des éléments que je voudrais souligner », dit-il.
Objectivement, notre situation est meilleure que celle nos principaux concurrents.
Là-dessus, je pense qu'il est important aussi pour notre image internationale
de répéter qu'il y a de plus en plus de PME exportatrices en Wallonie,
que c'est notamment grâce au dynamisme de ces PME-là que nos exploitations
sont moins touchées que celles des Régions qui nous entourent.
C'est important aussi pour notre image de rappeler que des investissements récents
dans des grands domaines se poursuivent. On a cité Google à de
maintes reprises. Maintenant, ces investissements se réalisent.Microsoft,
Baxter, tout cela montre qu'il y a encore des investissements de la part d'entreprises
importantes.
C'est utile de le souligner.
Je souhaiterais dire un mot maintenant sur l'Administration et son indépendance
par rapport au monde politique. Dans un système démocratique,
les rôles sont définis. Il y a les rôles qui sont ceux du
politique. Le politique définit des choix stratégiques.
C'était un peu l'objet de la discussion du début de cette commission.
Et puis, il y a aussi la gestion quotidienne des dossiers qui est définie
par le Gouvernement wallon, qui est mise à charge de l'Administration
et au service de tous les citoyens.
Là-dessus, dire qu'un service public de qualité est dans l'intérêt
général, c'est évident. Dire qu'un
service public, comme a fait allusion M. Suinen, formé d'agents sélectionnés
sur base de compétences et qui va pouvoir bénéficier d'une
formation continue afin de justement aiguiser encore plus les compétences
tout au long de la carrière, sont des éléments essentiels.
Évidemment que les échelons administratifs, en ce compris les
top managers, doivent être sélectionnés sur base de critères
qui soient clairement des critères de compétences. Sur cette déclaration,
je n'ai pas non plus de difficulté.
Sur les déclarations qui portent sur les efforts encore nécessaires
en matière de formation permanente et de connaissance linguistique, c'est
évident dans ce secteur. Il ne manquerait plus que ça. Ce point
sera un des aspects de l'important audit externe de WBI que notre Déclaration
de Politique Régionale demande au Gouvernement wallon de faire réaliser.
Le lire dans la presse, de sa bouche, n'a rien d'inquiétant, puisque
ce n'est rien d'autre que ce que nous disons.
L'essentiel est que nous devons maintenant, par rapport aux hauts fonctionnaires,
sortir un peu de l'esprit hérité du passé. De l'époque
de la Belgique unitaire, je rappellerai que nous avons hérité
d'une certaine culture du « standen », du « verzuiling »
que je traduirais ici par la « polarisation » -, c'est-à
dire une polarisation historique de la société un peu partout
dans les secteurs de la vie, autour de piliers qui correspondaient aux familles
politiques traditionnelles. L'époque où dans la Belgique d'antan,
tout haut fonctionnaire francophone recevait nécessairement un adjoint
CD&V est heureusement révolue. Le Gouvernement wallon s'emploie à
mettre en oeuvre une nouvelle gouvernance.
Je ne vais pas aller beaucoup plus loin là-dessus pour le moment, mais
je vais quand même faire un commentaire final sur l'indépendance
de l'Administration. Je tiens, comme vous-même et comme nous tous, à
ce que l'Administration agisse dans un cadre indépendant. Elle reçoit
des ordres, elle agit pour mettre en oeuvre les stratégies que nous allons
donner avec cette liberté qui est la sienne, sans pour autant pouvoir
dépasser un certain nombre de limites ? A quoi tiennent ces limites
? Pour moi, je partage une interrogation que vous avez formulée, qui
est une interrogation sur la manière d'interpeller. Je pense qu'un haut
fonctionnaire doit faire en sorte que dans un média, quel qu'il soit,
il soit tenu, par rapport à des propos ad hominem et de nature politique,
à un devoir de réserve.
À titre de conclusion, je peux vous dire simplement que je vais le signifier
formellement à l'intéressé, car il est important aussi
que quand on détecte ce type d'attitude, on ait immédiatement
le réflexe de dire que cette attitude pose un problème sur le
plan des usages, avec le ferme dessin que cela ne se reproduise pas.
M.
Miller. Je remercie M. le Ministre- Président pour sa réponse,
plus spécialement pour la conclusion de celle-ci. Il est bien entendu
que, moimême, si j'ai posé cette question, ce n'était pas
par une espèce de volonté de pointer M. Suinen à titre
personnel. C'est bien entendu dans ce cadre également. Il est un haut
fonctionnaire, il doit avoir ce devoir de réserve auquel M. le Ministre
Président vient de se référer.
Je le remercie pour sa réponse.