Mardi 7 octobre 2008

Au Parlement de la Communauté française, en commission de la Santé, des Matières sociales et de l'Aide à la jeunesse question de Richard Miller à Mme Catherine Fonck, ministre de l'Enfance, de l'Aide à la jeunesse et de la Santé, relative à la " polémique autour d'un test de dépistage du cancer des ovaires "

Richard Miller - Une polémique s'est engagée récemment en France à propos d'un test de dépistage du cancer des ovaires commercialisé par la firme américaine Labcorp, susceptible de dépister précocement le cancer de l'ovaire à partir d'un simple prélèvement de sang. Il semblerait toutefois que les essais cliniques ayant précédé sa commercialisation n'aient pas été réalisés dans les conditions adéquates.

Ce test est-il commercialisé en Communauté française ? Dans l'affirmative, je souhaiterais connaître la position de la ministre sur cette polémique.

Mme Catherine Fonck, ministre de l'Enfance, de l'Aide à la jeunesse et de la Santé. - C'est vrai que le pronostic du cancer de l'ovaire est sombre.
La tentation est donc grande de pouvoir le dépister chez des femmes asymptomatiques à un stade curable et le plus précoce possible avec, dès lors, un pronostic meilleur et des thérapies moins lourdes.
Selon l'article du Dr Gilmore de la Yale School of Medicine publié, en 2005, dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, un nouveau test sanguin pourrait aider les médecins à diagnostiquer les cas de cancers ovariens avant qu'ils ne soient trop développés.
Ce test permettrait d'identifier la maladie à un stade où elle peut être traitée. Il est fiable à 95 % mais, selon les épidémiologistes, c'est insuffisant pour être utilisé dans des programmes de dépistages nationaux qui demandent une fiabilité supérieure ou égale à 99,6 %
Le test se base sur le dosage de quatre protéines : la leptine, la prolactine, l'ostéopontine et le facteur de croissance 2. Aucune de ces protéines ne permet, à elle seule, de faire la distinction entre une patiente porteuse de cancer et une autre. Ce dépistage est similaire à d'autres, notamment à celui, par triple test, de la trisomie 21 auquel on a ajouté l'échographie. Labcorp, en partant de ces travaux, a mis au point un test combinant six biomarqueurs : la leptine, la prolactine, l'ostéopontine, le facteur de croissance insuline-likeII, lefacteur inhibiteur de macrophages, le CA- 125 et un index de risques calculés. Plus le cancer est à un stade avancé, plus le test est fiable. Cependant, c'est au stade précoce du cancer de l'ovaire que ce test doit prouver son utilité. Il ne sert à rien de confirmer ce que l'on sait déjà, d'autant plus qu'il existe d'autres marqueurs tumoraux pour la détection du cancer de l'ovaire, tel que le CA-125.
Ce test de dépistage vise à détecter le cancer dans sa phase initiale et à diminuer ainsi le nombre de décès grâce à l'application d'un traitement avant les premiers symptômes.
Les études scientifiques n'en sont qu'à la phase II qui ne correspond pas encore à une phase de mise sur le marché. Connaître l'efficacité du test prendra un certain temps puisque sa mesure est le taux de mortalité. Labcorp se défend en arguant que ce test de dépistage vise les femmes ayant un risque élevé de développer un cancer de l'ovaire, en vertu notamment d'antécédents familiaux
Les femmes enceintes ou allaitantes ne peuvent être soumises aux tests car ces tests peuvent être faussés. En effet, environ 10 % des femmes ayant une masse bénigne à l'ovaire peuvent être dépistées positives. Le test peut donc se révéler positif bien qu'il ne s'agisse pas de lésions cancéreuses.
Dans le jargon médical, ce sont des " faux positifs ". Il faut donc rester vigilant lors de ces dépistages non seulement aux " faux positifs ", mais aussi aux " faux négatifs ".
En résumé, le débat intéresse d'abord et avant tout les scientifiques. Pour ma part, je considère qu'il s'agit de médecine basée sur des faits prouvés (evidence based medicine) et non de prises de positions de différents acteurs ou de firmes commerciales.
À ce jour, scientifiquement, le test est toujours en cours d'évaluation même par rapport à des études cliniques. Il est encore trop tôt pour se prononcer. Je ne veux pas prendre de position sur l'opportunité de procéder ou non à ce test car nous ne possédons pas suffisamment d'éléments scientifiques rationnels, argumentés et de résultats de tests effectués sur un nombre suffisant de femmes.
À ma connaissance, ce test n'est pas commercialisé en Belgique pour l'instant, mais cette information est à prendre avec prudence. Peut-être estil accessible autrement.
Pour être tout à fait complète, je rappelle que sa commercialisation éventuelle ne relève pas de mes compétences. Le cas échéant, il m'appartiendrait de prendre position sur un éventuel programme de dépistage plus général.

Richard Miller - Je remercie Mme la ministre pour sa réponse. Je me réjouis de constater à quel point tous ces produits sont sous stricte surveillance.