Lundi 7 décembre 2009
Au Parlement wallon, en commission des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité et du Patrimoine, question orale de Monsieur Richard MILLER à Monsieur Benoît LUTGEN, Ministre des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine sur la promotion des produits wallons
R. Miller - Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, chers Collègues, comme vous le savez, l Office des Produits Wallons fête ses 30 ans cette année. Je souhaiterais profiter de cette occasion pour vous interroger sur la promotion de ces produits.
L'Office a pour but principal de promouvoir les produits wallons et d'aider les producteurs wallons à mieux les faire connaître.
Plusieurs outils ont été mis sur Pied à cette fin : un journal " Wallonie Nouvelle ", qui présente les terroirs de Wallonie, les producteurs, leur histoire, etc. ; un service d'encadrement des producteurs sur des thèmes divers comme le marketing, l'exportation ; des formations abordant, par exemple, les négociations avec la grande distribution ou encore la prospection de nouveaux clients ; des actions de proximité dans les foires et marchés, etc.
Ces quelques outils ne sont que des exemples et, j en suis persuadé, les actions pour promouvoir nos produits sont multiples. Cependant, il faut bien avouer que cette promotion du produit wallon n est pas parfaite et est insuffisante. Peut-être est-ce dû à un manque de clarté dans la politique de promotion.
Peut-être faudrait-il rationaliser tout cela ?
Monsieur le Ministre, que prévoyez-vous de faire pour accroître cette communication, afin que les Wallons soient plus amenés à acheter les produits fabriqués près de chez eux ? Je reconnais que, dans ce domaine, il y a beaucoup de choses à faire. J ai vérifié, mais acheter un Mars dans une librairie ou dans un petit magasin, c'est 0,5 euro ; si on veut acheter une pomme, on n'est pas loin des 2 euros. Il y a donc làun gros problème.
Prévoyez-vous, par exemple, d étendre l expérience faite avec les boulangeries à d autres secteurs d activité ? Comment faire pour que la population arrive à distinguer les bons produits, les bons artisans de ceux qui ne font que redistribuer des produits de moindre qualité fabriqués à la chaîne ? Je parle de façon globale et ne vise pas un type de produit en particulier.
M. Lutgen, Ministre des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine. Je remercie chaleureusement M. Miller et je le pense -, c'est un vrai bonheur. Votre force et votre autorité naturelle ont permis à la Présidente, pour la première fois depuis plusieurs mois, de faire marche arrière et d'accepter que vous posiez vos questions, même si vous n'étiez pas là.
Mme la Présidente. C'est sans doute le charme de M. Miller...
M.
Lutgen, Ministre des Travaux publics, de l'Agriculture, de la Ruralité,
de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine. J'en connais quelques-uns
qui vont se laisser pousser la moustache dans les semaines qui viennent pour
avoir autant de faveurs de la part de la Présidente.
Par rapport à la promotion de l'agriculture dans notre Région,
que dit la DPR : " Pour promouvoir la consommation des produits wallons,
le Gouvernement s'engage à adapter le décret relatif à
la promotion des produits agricoles afin de faire de l'APAQ-W la structure
de promotion unique des produits agricoles wallons et de l'image de l'agriculture.
Son financement sera assuré par des fonds publics proportionnels aux
apports privés issus des cotisations de secteur. " .
Structurellement, par rapport à la réalisation, aux missions
de la promotion, l'idée est de faire de l'APAQ-W ce qui n'a pas été
le cas par le passé. Quand j'ai pris mes fonctions, il y a cinq ans,
la première chose que j'ai réalisée, c'est qu'il n'y
ait plus de concurrence entre les différents organismes : l'organisme
officiel de l'APAQ-W : l'ASBL OPW, par exemple, qui se retrouvait financé
par la Région pour aller sur des foires et sur des marchés en
même temps que l'APAQ-W. Pour un visiteur, il était pour le moins
étonnant de passer dans un chapiteau de promotion de l'APAQ-W et puis
d'aller dans le chapiteau suivant, d'avoir l'Office des produits wallons.
Double emploi, image de la Région surprenante parce que c'était
une double promotion par rapport à l'ensemble de la clientèle.
D'autres actions ont été menées ou sont en cours, notamment
la Cellule Qualité produits fermiers dans notre Région. Des
actions sont menées par " Saveurs paysannes ". Ces éléments-là
doivent être regroupés en termes de concertation, mais aussi
d'organisation et de transversalité au travers de l'APAQ-W qui peut
déléguer des missions à des organismes, à des
ASBL suivant la qualité, suivant la pertinence de ces actions du passé.
Si je prends l'OPW, en termes de commercialisation et de promotion, toute
une série de talents et de compétences existent ; on doit pouvoir
en faire bénéficier la Région, mais plus spécifiquement
les producteurs et les agriculteurs.
Une série d'autres actions sont liées à la transformation
à la ferme, comme l'organisation de l'octroi d'un " coq de cristal
", il y a toute la labellisation.
Par rapport à ces éléments-là, l'accent doit être
mis sur le marketing et sur la présentation de nos produits. On a,
pour répondre de façon brève, des produits de très
haute qualité sur le plan gastronomique et sur le plan de la diversité,
dans tous les secteurs, que ce soit au niveau des fromages, de la viande,
que ce soit au niveau des produits moins connus comme les escargots ou le
foie gras. Nous avons des produits de haut de gamme, avec une qualité
remarquable sur le plan de la qualité européenne et mondiale.
Reconnaissons aussi que nous devons améliorer, et de façon importante,
le marketing, la présentation, le packaging. Des efforts particuliers
en matière de formation, de promotion, d'harmonisation doivent être
faits, pour qu'on puisse avoir une reconnaissance plus forte de l'ensemble
de nos produits. Cela doit se faire avec l'ensemble des producteurs l'APAQ-W
peut jouer un rôle important -, mais aussi avec d'autres acteurs.
Concernant la promotion à l'étranger, le décret APAQ-W,
qui a été voté sur la législature arc-enciel,
interdit l'APAQ-W de faire de la promotion en dehors du territoire belge,
ce qui est pour le moins étonnant, puisqu'a fortiori il n'y a pas eu
de contact ou d'obligation de concertation avec, par exemple, l'AWEx. Je souhaite
que l'AWEx soit une vraie vitrine, une grande possibilité pour l'APAQ-W
en termes de lien, et pour les agriculteurs de promotion de nos produits,
partout dans le monde, avec des niches spécifiques qu'il faut pouvoir
trouver au travers de la qualité de nos produits, quels que soient
les produits.
Des efforts ont déjà été réalisés
par l'AWEx sur différents salons agricoles et autres de valorisation
des produits, mais on doit aller plus loin en termes d'échange. Je
souhaite, par exemple, qu'on puisse avoir, à terme, dans la réforme
de l'APAQW, un membre de l'AWEx qui peut être présent au Conseil
d'administration de l'APAQ-W ; et inversement, qu'il y ait une représentation
aussi des producteurs au travers de l'AWEx de façon très importante.
Des formations des commerciaux de l'AWEx, aussi, de façon régulière,
pour qu'ils puissent connaître les produits, la valorisation de ceux-ci,
comment aider les petites et moyennes entreprises dans le secteur de la valorisation
des produits, pour mettre en avant ces produits au travers des différentes
activités, des différentes missions économiques que la
Région peut mener à l'étranger.
Concernant la promotion, le développement des circuits courts, c'est
une priorité absolue au niveau de la Région, en mettant en avant
l'agriculture durable, par exemple. Toute une série d'actions ont été
menées au niveau du bio. On doit pouvoir aller beaucoup plus loin durant
cette législature. Je parle de l'aspect promotion, et sur les circuits
courts, en tenant compte de deux éléments : le circuit "
classique " des produits moyenne et grande distribution -, les circuits
très courts, locaux, que les agriculteurs, au travers de la transformation
de leurs produits, ont pris et prennent de plus en plus, puisque la crise
a montré qu'il y a eu un engouement pour ce type de circuit court.
Reste, entre les deux, une belle marge de progression, de parts de marché,
pour des projets de moyenne envergure, de regroupement de producteurs. Cela
se retrouve notamment au travers du Plan Marshall, dans le FIDER, concernant
les ateliers de travail partagé : on voit toute une série de
projets qui vont sortir de terre, d'autres projets déposés qui
sont financés à concurrence de 95 %, avec des aspects de production
et de commercialisation et promotion ; donc avec un aspect de volume critique
suffisant. C'est aussi un regroupement de différents producteurs qui
se mettent ensemble par rapport à un projet commun, ce qui réduit
les coûts de fonctionnement, ce qui donne une plus grande diversité
au niveau de la présentation et de la promotion des différents
produits.
Pour répondre à votre question concernant les différentes
expériences similaires à celles entreprises par les boulangers,
une campagne promotionnelle relative aux friteries a eu lieu la semaine passée.
On met en valeur les pommes de terre de notre Région et l'obligation
pour les producteurs d'utiliser des frites fraîches, sinon ils n'ont
pas le macaron. D'autres conditions sont imposées pour être reconnu.
De mémoire, plus ou moins 150 friteries ont fait la demande et respectent
ces différentes conditions. Il y a des aspects environnementaux, mais
aussi des aspects de filière par rapport à la qualité
de la frite. Pour les boulangeries, même chose. Une première
campagne a été réalisée par rapport à la
" labellisation " des boulangers.
De plus en plus, et vous le verrez au fil du temps, mais il faut le faire
de façon progressive, sinon on exclut toute une série de personnes
; l'objectif est bien d'amener tous ces secteurs d'activité et il y
en a peut-être d'autres à utiliser un maximum de produits de
notre Région ; à utiliser aussi le savoirfaire de notre Région
en matière de transformation des produits, de le valoriser. Si c'est
pour aller promouvoir des boulangeries qui, in fine, utilisent 5 % de produits
wallons et tout le reste vient de l'autre bout du monde, cela n'a qu'un intérêt
mineur.
De façon importante et progressive, on doit pouvoir y arriver. M. Dupriez
avait fait des suggestions notamment concernant le pain français labellisé
Label rouge : voilà le type de produit et de labellisation qu'on devrait
mettre en oeuvre demain pour permettre une valorisation la plus complète
possible de l'ensemble de la filière. Cela a des
conséquences pour les agriculteurs, cela a des conséquences
au niveau de l'emploi dans le secteur de la transformation chez nous.
Il y a vraiment des parts de marché à prendre, différentes
études l'ont démontré. C'est aussi de la cohérence
et de la crédibilité par rapport à l'image de la Région,
chez nous par rapport aux touristes, pour pouvoir avoir une identification
rapide, d'avoir une identification forte de notre territoire, une fierté
de celui-ci ; et enfin, pour la promotion de nos produits vis-à-vis
de l'extérieur en collaboration avec l'AWEx, d'avoir quelque chose
le plus complet possible par la valorisation de la filière.
Bref, il y a du pain sur la planche au travers des différents secteurs
d'activité. On y va pas à pas. On doit y aller petit à
petit pour amener l'ensemble des producteurs, sans qu'il y ait d'effet de
rupture, à aller vers cette filière la plus complète
possible, de valoriser au maximum des produits de notre agriculture. Tout
le monde y sera gagnant. L'emploi dans notre Région n'en sortira que
renforcé, c'est bien mon objectif.
R. Miller - Je remercie M. le Ministre pour sa réponse très fouillée, mais aussi pour le contenu de cette réponse, parce que cela montre bien l'ampleur de ce dossier. Des opérations comme celles qui ont été menées, à propos des boulangeries, des friteries, sont des opérations qui ont leur importance.
Je crois aussi que cela doit être le résultat d'un processus évolutif : il faut du temps pour arriver à acquérir une réputation suffisante pour tel et tel produit, ou telle et telle production. Non seulement évolutif mais, vous en avez parlé, interdisciplinaire, c'est-à-dire qu'il y a plusieurs secteurs à toucher : la formation, le circuit de vente, tout l'aspect touristique, la mise en valeur, mais il y a aussi tout ce qui concerne la valorisation historique de notre patrimoine.