Mercredi 8 octobre 2008

Au Parlement de la Communauté française, en commission des Relations internationales et des Questions européennes, question de M. Richard Miller à Mme Marie-Dominique Simonet, viceprésidente et ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales, relative au " déclin de l'usage du français au Rwanda "

Richard Miller - Madame le ministre, mon attention a été attirée par un article publié en juillet 2008 dans la revue Jeune Afrique. Il fait état du déclin du français au Rwanda depuis la dégradation des relations avec la France, la rupture officielle en 2006 et la fermeture subséquente du Centre culturel français. En plus du kinyarwanda parlé par toute la population, deux langues sont également utilisées comme langues officielles au Rwanda, le français et l'anglais. D'après les auteurs de l'article, la Coopération britannique fournit d'ailleurs aux écoles des manuels en anglais mais aussi en français.

La préférence de la génération actuelle va à l'anglais. Nombreux sont en effet les jeunes à avoir grandi en exil dans les pays anglophones de la sous-région, ou au Canada. Seuls ceux qui étaient en exil au Burundi, au Congo ou en Belgique ont continué à pratiquer le français.

Comme vous le savez, le Rwanda est membre fondateur de l'Organisation internationale de la Francophonie. Toutefois, l'anglais est la langue de travail des deux importants ensembles régionaux auxquels appartient le Rwanda : la Communauté de l'Afrique de l'Est et le marché commun d'Afrique orientale et australe.

Madame la ministre, je souhaiterais savoir si la Communauté française développe des actions au Rwanda en faveur du maintien et du développement de l'usage du français et en particulier s'il y a une action spécifique pour les manuels scolaires de langue française qui, d'après les auteurs de l'article, seraient à présent fournis par la Coopération britannique, ce qui est surprenant.

Mme Marie-Dominique Simonet, vice-présidente et ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales. - Il est important de rappeler d'emblée que le Rwanda est un État souverain qui détermine librement sa politique étrangère, les organisations internationales dont il souhaite ou non être membre ainsi que le choix de ses langues officielles.
On constate en effet que l'usage du français baisse au Rwanda, surtout au profit de l'anglais. Une illustration explicite nous en est donnée par l'Université nationale du Rwanda où la langue quasi exclusive de travail pour le corps académique est l'anglais. Il y a deux causes principales à ce phénomène.
D'une part, comme vous le souligniez, monsieur Miller, à la suite des événements tragiques de 1994, de nombreux Rwandais ayant vécu en exil dans les pays anglophones de la sous-région, tels que l'Ouganda, le Kenya ou la Tanzanie, prolongent, au retour dans leur pays d'origine, l'usage de la langue pratiquée en exil.
D'autre part, la force d'attraction exercée par les pays de la sous-région et a fortiori par les organisations internationales auxquelles ils appartiennent incitent les jeunes Rwandais à apprendre l'anglais. Le développement des relations du Rwanda, notamment sur le plan économique et commercial, en priorité en direction de l'Est du continent, en est l'une des raisons invoquées.
Cependant, à l'heure actuelle, un certain nombre d'actions sont menées par la Communauté française dans le domaine de la culture et de l'enseignement supérieur. Elles sont de nature à favoriser l'usage du français au Rwanda. Je citerai à cet égard le partenariat avec l'Université nationale du Rwanda, concrétisé par l'octroi de bourses de cotutelle dans des domaines tels que la psychopédagogie, les droits de l'homme, l'agronomie ou la biologie. Autres exemples : l'appui à la formation des enseignants du primaire et du secondaire, dans le domaine de la lecture pour la jeunesse en français ; des échanges artistiques ; ou encore le soutien apporté à l'organisation de la Journée de la Francophonie par l'envoi d'artistes de la Communauté française.
Parallèlement à ces actions, je voudrais souligner que le Rwanda est le sixième pays bénéficiaire de l'aide de la Commission universitaire pour le développement dont le financement est fédéral.
Celle-ci a appuyé des projets au Rwanda pour un montant total de plus d'un million d'euros en 2007. C'est une somme importante, dont près de cinq cent mille euros sont destinés à l'Université nationale du Rwanda. Des bourses sont également offertes par la Commission universitaire pour le développement (CUD) pour des étudiants rwandais désireux de venir étudier dans nos universités.
Le Rwanda, qui est membre fondateur de l'Organisation internationale de la Francophonie, n'a jamais manifesté l'intention de remettre en cause son statut de membre à part entière. Le président Kagame avait évoqué à un certain moment que son pays rejoigne le Commonwealth. Ce projet n'a pas été concrétisé à ma connaissance.
Il appartient à la Francophonie d'exercer une force d'attraction suffisante et d'engendrer la perception que le français est une valeur pour le développement de tous les pays, et en particulier du Rwanda.
La Communauté française restera attentive à ce que la promotion de la langue française soit présente dans le programme de travail qui sera élaboré lors des négociations d'un accord de coopération avec notre partenaire rwandais. Conformément à la note de politique internationale, je souhaite que nous continuions à collaborer avec le Rwanda et à nous impliquer dans l'Afrique des Grands Lacs. Pareille présence est essentielle pour la stabilité et le développement de cette région et de l'Afrique en général.

M. le président. - Je vous informe que le Rwanda a officiellement demandé son intégration au Commonwealth. Mais je pense qu'il n'a pas encore reçu de réponse.

Richard Miller - Je remercie la ministre pour sa réponse très complète. Il y a bien longtemps que je ne l'ai plus critiquée, et cela commence à m'inquiéter. . .