Mercredi 8 octobre 2008
Au Parlement de la Communauté française, en commission des Relations internationales et des Questions européennes, Question de Richard Miller à Mme Marie-Dominique Simonet, viceprésidente et ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales, relative à " l'absence d'accord avec le Québec "
Richard Miller - Madame la ministre, si le programme Erasmus est bien ancré dans le monde étudiant, il ne constitue pas le seul système favorisant la mobilité des étudiants. Lors de l'université d'été organisée par le MR et consacrée à cette question, j'ai été très surpris d'apprendre que la Communauté française n'avait pas concrétisé les accords nécessaires avec le Québec qui est pourtant un de nos partenaires privilégiés.
N'était-il pas l'invité d'honneur des dernières fêtes de la Communauté française ?
La conséquence de cet état de fait est que le coût d'inscription dans une université québécoise est nettement plus élevé pour un étudiant de la Communauté française que pour les autres étudiants étrangers. Pouvez-vous me confirmer cette information. Le cas échéant, quelles mesures envisagez-vous pour y remédier ?
Mme
Marie-Dominique Simonet, vice-présidente et ministre de l'Enseignement
supérieur, de la Recherche scientifique et des Relations internationales.
- La Communauté française et le Québec ont noué,
pour de multiples raisons, des liens étroits concrétisés
par de nombreux échanges liés à la recherche, à
l'enseignement supérieur et à la culture.
En 1999, un nouvel accord général de coopération entre
la Communauté française, la Région wallonne et le Québec
a remplacé les accords précédents de 1980, 1982 et 1989.
Il porte sur une série de coopérations dans les secteurs des sciences,
des technologies, de la culture et du tourisme. Il est exact que la Communauté
française n'a signé aucun accord spécifique avec le Québec
pour l'enseignement supérieur.
La réciproque est vraie. Le Québec n'a pas non plus d'accord spécifique
avec la Communauté française. Pourquoi ? La réponse n'est
pas simple.
Tout d'abord, la loi québécoise exige que les étudiants
étrangers possèdent une assurance médicale valable au Québec.
Or, dans notre pays, la sécurité sociale relève de la compétence
de l'État fédéral et je ne peux donc pas conclure un tel
accord.
Les étudiants québécois bénéficiant d'une
de nos bourses sont remboursés chez nous de leurs frais médicaux.
Il n'existe donc pas d'accord de réciprocité en la matière.
Ensuite, la Communauté française ne peut répondre favorablement
à la demande pré-requise d'automaticité de la reconnaissance
des diplômes faite par le Québec. Cette demande se heurte d'ailleurs
aussi au Québec aux différents ordres professionnels. Les architectes,
les médecins, les vétérinaires, les ingénieurs exigent
un examen supplémentaire, voire imposent aux requérants étrangers
de reprendre un cycle universitaire au Québec. La situation n'est donc
pas évidente.
En outre, au-delà des programmes européens Erasmus Mundus , la
Communauté française offre des bourses au Québec par le
biais de la Commission mixte permanente et en échange, le Québec
accorde des bourses à nos étudiants. Ainsi, pour l'année
académique 2007-2008, le Québec offre vingt bourses d'exemption
de frais majorées, et de notre côté, nous offrons soixante
mensualités par année scolaire aux étudiants québécois
désireux d'étudier chez nous. Il existe donc des possibilités.
Les bourses québécoises sont accessibles aux étudiants
de deuxième et troisième cycles. Outre les cas prévus dans
le cadre de la Commission mixte permanente, les universités peuvent signer
de leur propre initiative des accords de réciprocité permettant
la levée des droits d'inscription et d'autres mesures favorisant la mobilité
étudiante.
Je citerais à ce propos l'entente conclue entre l'UCL et l'École
polytechnique de Montréal qui permet l'exemption de frais majorés
dans les deux universités et un récent accord de même type
entre l'ULg et l'université de Sherbrooke. Les universités peuvent
donc s'accorder des exemptions mutuelles. Le minerval demandé en Communauté
française est particulièrement bas, ce qui ne manque pas de surprendre
les Québécois chez qui c'est l'inverse, comme vous pouvez l'imaginer.
Le programme Cursus de l'Office Québec Wallonie-Bruxelles pour la jeunesse
contribue aussi à l'amélioration de la mobilité étudiante
entre la Communauté française et le Québec en octroyant
des allocations de 800 euros à nos étudiants pour leur frais de
déplacement. Il reste que, comme je le disais à l'instant, en
vertu des lois québécoises, tout étudiant étranger
doit être titulaire d'un contrat d'assurance maladie et hospitalisation
valable au Québec ou être couvert par une entente de réciprocité
en matière de santé et de sécurité sociale. En attendant
la conclusion d'un éventuel accord entre l'État fédéral
et le gouvernement québécois, les étudiants belges doivent
souscrire à l'assurance Desjardins de sécurité financière
qui coûte environ 100 à 120 euros par an, ce qui n'est pas insignifiant.
Mais la réglementation québécoise l'exige.
Lors de ma prochaine mission au Québec, outre ma participation au Sommet
de la Francophonie, et malgré les chamboulements dus aux élections,
je prévois de rencontrer ma collègue pour essayer d'obtenir certaines
avancées dans le dossier. Vous constatez qu'il existe des obstacles très
importants qui compliquent les choses et compromettent certains progrès
même si nous avons déjà engrangé des résultats.
Richard
Miller- Je remercie la ministre pour sa réponse.