Jeudi 8 mai 2008
Au Parlement de la Communauté française, en Commission de la Culture, de la Jeunesse, de l'Audiovisuel, de l'Aide à la Presse et du Cinéma : Question de M. Richard Miller à Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel, relative au " maintien des indicatifs de fin sur le petit écran "
Richard Miller - Au Québec, au Canada, en France et probablement dans d'autres pays, des sites internet spécialisés sensibilisent les téléspectateurs et les mobilisent contre la disparition progressive des génériques de fin sur le petit écran.
On constate en effet une tendance au raccourci, initiée à l'occasion des séries américaines " Lost ", " Grey's Anatomy ", " Desperate Housewives " et " 24 Hours Chrono ". Pour éviter le zapping, le but est de rogner sur la durée des indicatifs afin de placer un spot publicitaire entre deux émissions. Les génériques de fin se limitent de plus en plus à un simple " carton ", et la liste des noms défile à toute vitesse.
Les opposants de plus en plus nombreux à cette façon d'agir déplorent que l'intégrité des oeuvres télévisuelles ne soit plus respectée et que le téléspectateur n'ait plus la complète maîtrise de choisir à la fin d'un programme de cesser de regarder la télévision ou de zapper.
Enfin, plusieurs oeuvres cinématographiques et télévisuelles prévoient un générique de fin spécial qui fait partie intégrante d'un ensemble voulu par le créateur du film ou de la série télévisée.
Quelles sont les règles en vigueur en Communauté française ? Et pour la RTBF en particulier ?
Existe-t-il des exemples de ce type de raccourcis ?
Mme Fadila Laanan, ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Monsieur le président, je suis très impressionnée par M. Miller qui goûte enfin aux séries télévisées américaines, tant et si bien qu'il regarde aussi les génériques de fin !
Richard Miller - Je ne regarde que les génériques de fin !
Mme Fadila Laanan,
ministre de la Culture et de l'Audiovisuel. - Pour en revenir au sujet, je vous
signale que les pratiques de coupure totale ou partielle via l'accélération
ou la réduction de format des génériques de fin de films
et de séries ne sont pas récentes. Elles sont abondamment mises
en oeuvre par la plupart des chaînes commerciales belges ou étrangères
distribuées en Belgique. On constate ces pratiques partout en Europe.
Les éditeurs de service sont en effet demandeurs pour abréger
le temps entre la fin d'une fiction et le début du programme suivant
pour éviter les pertes d'audience. Les distributeurs n'y sont généralement
pas hostiles. De plus, la plupart des téléspectateurs n'y portent
pas un grand intérêt, comme on peut le constater dans les salles
obscures où rares sont ceux qui assistent à la totalité
du générique final. L'exception concerne les génériques
de fin où l'intrigue, les dialogues ou l'action se poursuivent. Il est
donc excessif d'affirmer, comme vous le faites, que ces pratiques altèrent
la capacité du téléspectateur de cesser de regarder la
télévision ou de zapper. Sur le plan juridique, les coupures totales
ou partielles de générique sont généralement interdites
dans les contrats de droits de diffusion conclus entre les éditeurs de
services et les distributeurs. Il n'en est pas de même pour les pratiques
d'accélération ou de réduction de format. Ils sont généralement
autorisés - ou ne sont pas interdits - explicitement, ce qui permet une
marge d'interprétation. Ceci relève donc en définitive
de la liberté contractuelle des distributeurs de fiction et des éditeurs
de service. On constate de plus en plus fréquemment que les producteurs
de fiction, notamment américains, ont tendance à raccourcir voire
à supprimer les génériques de fin. Ils placent désormais
les éléments relatifs à l'identité du producteur,
du réalisateur, des auteurs du scénario, des dialogues ou de la
musique et des artistes interprètes dans le générique de
début. Ils respectent ainsi le droit de paternité de ces auteurs
et des titulaires de droits voisins sur leurs oeuvres et leurs prestations.
Les génériques de fin ne comportent généralement
que des noms de collaborateurs à la production n'ayant pas le statut
d'auteur ou de titulaire de droits voisins ainsi que des mentions de remerciement
aux différents partenaires à la production. Je vous rappelle que
la Communauté française a adapté sa législation
sur les écrans partagés dans les génériques de fin
de fictions par le décret du 19 juillet 2007, modifiant celui de 2003.
Dorénavant, la publicité et l'auto-promotion par écrans
partagés sont autorisés sur les génériques de fin
de programmes, notamment pour les films, télé- films, séries,
feuilletons et documentaires, et sous certaines conditions. Le décret
précise que la publicité et l'auto-promotion par écrans
partagés ne peuvent pas porter atteinte à l'intégrité
et à la valeur du programme dans lequel elles sont insérées
et que l'espace qui leur est attribué doit être raisonnable et
le rester. Il doit en outre permettre au téléspectateur de suivre
le programme. La RTBF affirme n'avoir jamais opéré de telles coupures
de génériques dans le souci du respect de ses contrats. Par contre,
elle a accéléré - mais dans de rares occasions - certains
génériques, comme ce fut le cas pour les séries "
Rome ", " The Unit " et " Sleeper Cell ". Mais elle
a toujours respecté les contrats.
Enfin, dans les prochains mois, la RTBF a l'intention, lorsqu'elle en a la capacité
contractuelle et dans le respect du cadre décrétal précité,
de réduire le format des génériques de fin par écran
partagé afin d'éviter les pertes d'audiences. Pour donner deux
exemples, le film Harry Potter, qui a été diffusé le 24
mars 2008 sur la Une, a réuni 327 816 téléspectateurs,
c'est-à-dire 7,9 % d'audience et 20,3 % de parts de marché. À
la fin du générique, il ne restait plus que 67 523 téléspectateurs,
soit 1,6 % d'audience. Le film Les Frères Grimm, diffusé le 14
avril, a rassemblé 208 435 téléspectateurs, soit 5 % d'audience
et 12,8% de parts de marché. Alors qu'on comptait 185 681 spectateurs
au début du générique à 22 h 06, il n'en restait
plus que 54 974 à la fin, à 22 h 14, soit une défection
de sept personnes sur dix. C'est très préjudiciable au service
public, d'autant que le programme était suivi de l'émission d'éducation
aux médias, " Intermédia ", d'Alain Gerlache. On peut
comprendre que le service public cherche à conserver ses téléspectateurs
en utilisant les procédés légaux qui sont à sa disposition.
Richard Miller - En vous interrogeant, madame la ministre, je ne me doutais pas du tout de l'ampleur du problème. Je suis très heureux d'apprendre que tout cela est très surveillé.
Vous avez bien montré qu'il y a une perte d'audience durant ce court laps de temps consacré au générique. Je vais donc relire votre réponse avec beaucoup d'attention, et je reviendrai sur le sujet.