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Actualité :
Journée internationale de la Femme
Richard Miller rend hommage à Germaine de Staël :
« Une femme aux origines du libéralisme »
8 mars 2005
L'Histoire a retenu de Germaine de Staël
(1766-1817) son œuvre littéraire composée de
plusieurs romans et essais. On sait également qu'elle est
la fille de Necker, ce haut responsable des finances de France,
réformateur apprécié par Louis XVI et réclamé
par le peuple quelques jours encore avant que la Révolution
ne sombre dans la Terreur. Par contre sont méconnus l'engagement
politique, au prix de sa liberté, de Mme de Staël
ainsi que l'apport essentiel qui fut le sien aux origines des
idées libérales.
Pourquoi cette méconnaissance ? Outre
le fait que les auteurs libéraux (Constant, Guizot, Tocqueville…et
Mme de Staël), qui ont tenté de préserver les
acquis de la Révolution en les insérant au sein
d'Institutions démocratiques, ont été condamnés
par des décennies d'idéologie marxiste, celle qui
en 1793 publia de façon anonyme des Réflexions sur
le procès de la Reine, par une femme où elle en
appelait à « Vous, femmes de tous les pays, de toutes
les classes de la société… », était
une femme politique en un temps où ces deux mots étaient
inconciliables. Y compris, telle est l'efficacité des préjugés
inoculés, dans l'esprit même de cette femme exceptionnelle.
Elle avait l'intelligence, le talent, le savoir,
l'aisance matérielle. Elle pouvait écrire, publier,
faire valoir un projet politique, assumer une charge et des responsabilités.
Il n'en fut rien. Les troubles révolutionnaires et la haine
que lui vouait Napoléon ne suffisent pas à rendre
compte de son effacement politique alors que, depuis quelques
années à peine, au fil des publications, on découvre
que ses Considérations sur la Révolution française
est un ouvrage clé de philosophie politique et libérale.
Dans cet esprit, l'Association française des Constitutionnalistes
vient d'étudier la façon dont autour d'elle, le
Groupe de Coppet, dont notamment Sismondi, fut le « creuset
de l'esprit libéral ». Davantage encore l'édition
critique des Circonstances actuelles qui peuvent terminer la révolution,
permet de distinguer ce qui fut écrit de sa main de ce
qui le fut de celle de Benjamin Constant. Sur cette base, et sans
enlever à Constant l'importance qui est la sienne bien
qu'il publia sous sa seule signature des textes écrits
à deux, il n'est plus permis aujourd'hui de réduire
le rôle de Mme de Staël à celui de simple inspiratrice,
ou de muse du « grand homme ». Ce rôle d'inspiratrice
est d'ailleurs un des plus perfides qui ait été
inventé pour clicher le « deuxième sexe ».
Prenons un seul exemple. Parmi les textes
fondateurs du libéralisme, aux côtés de La
richesse des nations d'Adam Smith, figure celui par lequel Constant
établit la distinction entre la liberté des anciens
et la liberté des modernes laquelle est « pour chacun
le droit de dire son opinion, de choisir son industrie et de l'exercer,
de disposer de sa propriété, d'aller et venir sans
en obtenir la permission…le droit de se réunir…de
professer le culte que lui et ses associés préfèrent…
». Il s'agit d'une conférence prononcée en
1819. Or, dès 181O Constant lui-même reconnaît
dans ses Principes politiques que c'est Germaine de Staël
qui est à l'origine de cette distinction sur laquelle va
se construire l'esprit de la démocratie libérale.
Pourquoi dès lors, cet effacement,
ce retrait volontaire derrière la figure de l'homme ? Proust,
se référant à Mme de Staël, posera la
question : y avait-il « une loi dont le texte ne nous est
pas parvenu et qui défendait aux femmes d'écrire
? ». L'ampleur cynique de ce qu'un autre libéral,
James Stuart Mill, qui fut un des premiers à le combattre,
appelait « l'asservissement des femmes », est telle
que cette loi nous est même parvenue sous la forme écrite
!
Etre libéral c'est aussi refuser que
l'on construise sa propre liberté sur le dos des autres.
Le combat pour l'émancipation féminine et l'égalité
des sexes est un combat authentiquement libéral et réformateur
: « Eclairer, instruire, perfectionner les femmes comme
les hommes, écrivait Mme de Staël, c'est encore le
meilleur secret pour tous les buts raisonnables, pour toutes les
relations sociales et politiques auxquelles on veut assurer un
fondement durable » .
Richard Miller
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